La nouvelle bête noire des Marolles

©Dieter Telemans

Il faut être dotée d'un certain culot pour aller proposer aux habitants et aux commerçants du quartier des Marolles d'y construire un parking sous la Place du Jeu de Balle. La libérale flamande Els Ampe a osé!

Georges Remi, alias Hergé, n'aurait sans doute pas porté Els Ampe dans son coeur. Et il aurait peut-être même rejoint les manifestants de la Plateforme Marolles, dimanche, alors que ceux-ci battaient le froid pavé de la Place du Jeu de Balle. C'est que l'échevine de la Mobilité de la Ville de Bruxelles - Ô sacrilège! - veut y aménager un parking souterrain, dans le cadre de son grand projet de "piétonnisation" du centre-ville de la capitale. Et du coup, le sang des amoureux de ce quartier atypique de Bruxelles - ils vous diront paradoxalement qu'il est "typiquement bruxellois" - n'a fait qu'un tour. Habitants du quartier, commerçants et marchands des célèbres "Puces" tendrement immortalisées dans le Secret de la Licorne, tous se sont mobilisés contre ce projet qualifié d'"aberrant" et d'annonciateur de la mort de ce quartier qui est "l'âme de Bruxelles". Ils sont plus de 13.000 à avoir signé en une semaine une pétition en faveur de l'annulation du projet (lire aussi en page 6).

Culottée

Une chose est sûre: personne ne vous dira d'Els Ampe qu'elle manque d'audace. Car s'attaquer, en tant que Flamande de surcroît, à un quartier dont les habitants et les commerçants ont démontré maintes fois par le passé qu'ils étaient prêts à le défendre bec et ongles contre les envahisseurs, c'est pour le moins culotté! Ou inconscient? C'est ce qu'affirment les opposants au projet de parking: "Elle nous dit qu'on va juste faire quelques petits trous, que le quartier et son Marché aux Puces vont pouvoir continuer de vaquer à leurs occupations comme si de rien n'était. Comment peut-elle croire cela?", nous dit un des membres de Plateforme Marolles qui ajoute: "Je crois qu'Els Ampe ne comprend pas l'attachement des Bruxellois à ce quartier". Le Marché aux puces, pour mémoire, a été installé sur la Place en 1873.

Certes, Els Ampe n'a pas ses racines à Bruxelles - elle est née à Ostende, il y a 35 ans. Mais elle y vit depuis longtemps et mène auprès de l'opinion et de la classe politique flamande, depuis son entrée en politique, un combat pour promouvoir Bruxelles comme Région à part entière. Ce qui lui a valu de croiser régulièrement le fer avec la N-VA (voir ci-dessous). En 2012, elle a publié un manifeste au travers duquel elle entendait "faire des Bruxellois des Européens fiers de l'être et des expatriés de la capitale de vrais citoyens bruxellois."

Réformiste

Ses détracteurs lui reprochent un goût excessif pour la médiatisation de son action, au détriment parfois de son efficacité. Son tempérament fonceur la pousserait aussi trop souvent à éviter de passer par la case "concertation" et à défendre des dossiers trop "light". Mais Els Ampe est sans aucun doute une réformiste. Elle est de tous les combats susceptibles de moderniser Bruxelles - comme celui pour la 4G - ou de casser les codes ou les réflexes corporatistes - comme celui visant à faire une place à Uber dans le paysage de la mobilité bruxelloise. À propos de la construction des parkings, elle affirme, que c'est un "mal nécessaire pour faire bouger notre capitale", où elle veut attirer Flamands et Wallons pour faire du shopping. Et à propos d'Uber, le système de covoiturage controversé qui concurrence les taxis, Els Ampe déclarait récemment que "la législation doit être ouverte au progrès futur. Nous ne pouvons pas avoir peur du progrès". C'est une évidence, Els Ampe veut faire bouger les choses, et vite. Trop vite?

CV EXPRESS

Els Ampe est née le 18 janvier 1979, à Ostende.

Elle s'enracine à Bruxelles pendant ses études universitaires. Elle décroche à la VUB un diplôme d'ingénieur civil et complète sa formation avec un master en gestion intégrée à l'école de commerce Solvay.

Elle siège depuis 2004 au Parlement de la Région bruxelloise, où elle est chef de file Open VLD depuis 2009. En mai 2014, elle obtient le 2e meilleur score de son parti en termes de voix de préférence, derrière Guy Vanhengel.

Depuis 2006, elle siège également comme conseillère communale à la Ville de Bruxelles, où elle est actuellement échevine de la Mobilité. Lors des élections communales de 2012, elle obtient le meilleur score de son parti en termes de voix de préférence.

Elle est maman de quatre enfants et vit avec ceux-ci et son compagnon à Laeken.

"Madame Je ne doute de rien"

Il y avait déjà "Madame Non", alias Joëlle Milquet, qui, soit dit en passant, bataille à la Ville de Bruxelles contre le projet de parking sous la Place du Jeu de Balle. Els Ampe, pour sa part, a été rebaptisée "Madame Je ne doute de rien" par les opposants à ce projet. "Prétendre qu'un tel projet n'aura qu'un impact limité sur la vie du quartier, c'est vraiment ne douter de rien", nous confirme l'un d'entre eux.

Une "héroïne flamande"

Le 11 juillet 2010, le jour de la Fête de la Communauté flamande, Els Ampe se distinguait en interrompant bruyamment le président N-VA du Parlement flamand, Jan Peumans, en plein discours à l'Hôtel de Ville de Bruxelles: "Cela suffit, rugit-elle, vous salissez la réputation des Flamands avec votre nationalisme". Cette sortie fut saluée par le blogueur-essayiste Marcel Sel, qui consacra une de ses chroniques à la libérale flamande, intitulée "Els Ampe, héroïne flamande".

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