Le capitalisme de "connivence" à l'origine de la crise

Hayek et Schumpeter: les deux maîtres de Corentin de Salle. ©RV DOC

À ceux qui affirment que la crise financière de 2008 a été causée par les excès d'un capitalisme devenu soudainement "sauvage", Corentin de Salle, docteur en philosophie et licencié en droit, répond que c'est au contraire un certain "capitalisme de connivence", fait d'excès de réglementation, d'interventionnisme étatique et d'érosion de la notion de responsabilité, qui a mené l'économie de la planète au bord du gouffre.

Il s'exprimait ainsi en marge de la présentation, vendredi, du troisième tome de sa trilogie sur la pensée libérale, un projet ambitieux (financé par le Centre Jean Gol et le Forum libéral européen) qui l'a conduit à synthétiser 10.000 pages de doctrine libérale des origines en 1820 à nos jours. Dans ce dernier tome, qui couvre la période allant de la crise de 1929 à la crise de 2008-2009, l'auteur règle son compte à "l'imposture intellectuelle" qu'est le néolibéralisme, jugé responsable de tous les maux actuels. "Le néolibéralisme n'existe pas. C'est un agrégat de propositions caricaturales et d'idées déformées, de citations tronquées, mensongèrement attribuées aux auteurs libéraux."

Le capitalisme de connivence, par contre, n'est pas mort puisque le secteur bancaire et financier n'a toujours pas été responsabilisé. "Les fameux too big to fail, qui sont en fait too big to exist, sont toujours là et causent des dégâts à l'économie en raison de leur position de cartel."

La meilleure réponse à la crise serait, selon Corentin de Salle, de retourner aux fondamentaux du libéralisme. Parmi ses auteurs de chevets, il cite Friedrich Hayek et Joseph Schumpeter. "Ayant vécu la période funeste des années 30, tous deux ont cru que le capitalisme allait s'effondrer sous les coups de boutoir du nationalisme et du socialisme."

Ce libéralisme des origines se trouve plutôt bien représenté, selon lui, au sein d'un parti comme le Mouvement réformateur. "Le poids électoral du MR reste un sujet d'étonnement dans les autres pays européens où les partis libéraux sont souvent de petites formations centristes, coincées entre socialistes et conservateurs."

Les dissidences du MR que sont le parti libertarien (dirigé par Patrick Smets et Christophe Goossens) et le Parti Populaire (de Modrikamen) peuvent revendiquer une filiation libérale mais pêchent par "une méconnaissance de l'importance de la règle de droit" pour le premier et par "une obsession anti-islam" pour ce qui est du second. Quant à la N-VA, "elle a certes de quoi séduire un électeur libéral, mais le nationalisme qui découle du sentiment d'appartenance à une communauté est aux antipodes de la défense des droits individuels propre au libéralisme". Tout aussi "malsain" selon lui est le "culte du chef" pratiqué par les militants de la N-VA.

"La tradition de la liberté, tome III: splendeurs et misères du capitalisme", Corentin de Salle, 566 pages, disponible sur simple demande au Centre Jean Gol.

Corentin de Salle chercheur au centre jean gol

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content