Le fabuleux destin de la famille Opinel

"L'Opinel? Les enfants ont fait sa connaissance en taillant des bâtons ou des sifflets dans les branches de noisetier. Il a participé, avec eux, aux bricolages avec grand-père, aux confitures avec grand-mère. Il a gravé en douce des initiales pour immortaliser un amour naissant, un souvenir... Plus tard, on l'a vu accompagner les casse-croûte sur la route des vacances, les randonnées en montagne, les camps de scouts..." (Maurice et Denis Opinel) ©IMAGEGLOBE

Il se place dans la poche, le sac à dos, le tiroir de la cuisine. C'est un objet culte du patrimoine français, universel aussi. Depuis 120 ans, plus de 300 millions de couteaux Opinel ont été vendus dans une septantaine de pays. Un phénomène loin de s'essouffler.

Lorsqu'en 1890, Joseph Opinel invente le couteau de poche portant son nom, imaginait-il le succès futur de cet objet devenu intemporel, traversant les poches des bricoleurs, agriculteurs, artisans, randonneurs, amoureux de la nature? Tout comme il ne se figurait guère que sa création allait être sélectionnée par le Victoria et Albert Museum de Londres comme l'un des "100 objets les mieux dessinés du monde" (à côté de la montre Rolex et de la Porsche 911), être cité dans le catalogue du Musée d'art moderne de New York et entrer dans le dictionnaire Larousse en 1989.

Aujourd'hui, l'entreprise est basée à Chambéry. Toujours en Savoie, où le fondateur avait créé sa manufacture, dans un petit village de Maurienne, Albiez le Vieux, au coeur des Alpes françaises. Elle engage une centaine de personnes dont 60% à la production. L'endroit est moderne et a été conçu, voici dix ans, pour être davantage fonctionnel que l'ancien site de fabrication. À l'accueil, un énorme couteau (pièce unique) est suspendu à un mur.

"Nos matières premières sont toujours les mêmes: les lames, principalement aujourd'hui en inox car plus faciles à entretenir, sont achetées chez Sandvik en Suède. Le bois, surtout du hêtre car très résistant, provient des forêts jurassiennes. Mais nous produisons aussi des couteaux issus de noyer, chêne, ébène, charme et olivier", explique Françoise Detroyat, directrice marketing de cette manufacture toujours familiale, qui avait inventé la célèbre girolle, en 1955, cette bague tournante sur le couteau, permettant d'assurer la sécurité de l'utilisateur. Si Opinel représente encore le petit couteau cher aux agriculteurs français, dont beaucoup le glissent encore dans la poche avant d'aller travailler, la marque a considérablement diversifié sa gamme ces dernières décennies.

Étonnamment calme est l'ambiance des différents ateliers. Dans celui du bois, à partir de carrelets, on fabrique les manches avec des machines façonneuses, avant vernissage. On passe ensuite à l'atelier de l'acier, où les lames (carbone et inox) sont travaillées dans des machines de meulage-polissage entièrement robotisées. Ensuite, on assiste au montage lame-bois, ainsi que la célèbre girolle appelée "virobloc", avant la dernière opération d'affilage, s'effectuant encore à la main, "un geste unique assurant le bon coupant du couteau", explique notre guide.

180 références

"Nous offrons maintenant une gamme très diversifiée. Des couteaux en bois précieux avec un manche en marqueterie. Des couteaux de table, un autre adapté à la pratique sportive, en montagne et en mer, avec une zone crantée pour les cordages et un démanilleur, auquel on a intégré un sifflet, et même des couteaux pour enfants à la lame arrondie", nous présente la responsable marketing. Et le manche en bois traditionnel se décline aussi, depuis quelques années, en différentes couleurs. "Une volonté de rendre l'offre plus ludique, plus joyeuse. Et aussi un profil plus urbain, plus jeune et davantage féminin." Au total, Opinel c'est aujourd'hui un catalogue de 180 références. On est loin de l'unique petit couteau de poche pour le casse-croûte du matin. De quoi également élargir la cible traditionnelle, l'acheteur de sexe masculin d'une quarantaine d'années. "Notre usine est équipée de machines construites par nous et pour nous. Et depuis les années septante, elle est chauffée pour 80% par les déchets du bois de la fabrication de nos couteaux", aime ajouter Françoise Detroyat. Tout comme le rappel d'une vieille complicité entre l'Opinel et quelques-unes des grands chefs de l'Hexagone. "On retrouve Opinel dans les cuisines de Paul Bocuse et d'Alain Ducasse. Et pour célébrer les 150 ans de la Savoie française, nous avons publié un livre autour de 25 chefs étoilés, en majorité des Savoyards, et de 25 de leurs recettes. Un hommage amical et gourmand de ces chefs qui, en utilisant ces couteaux pour l'élaboration de leurs plats, sont ainsi nos ambassadeurs."

Repères

Opinel SAS est une entreprise familiale présidée par Maurice Opinel, le petit-fils du fondateur. La direction générale est assurée par Denis Opinel, son arrière-petit-fils.

Chiffre d'affaires: 15 millions d'euros dont 45% réalisés à l'export dans une septantaine de pays, majoritairement européens (Italie, Espagne). Un chiffre d'affaires qui a doublé en cinq ans.

Avec sa lame de 8,5 cm, c'est le N°8 en tradition inox et son manche en hêtre, qui reste l'Opinel le plus vendu.

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