Les labos américains en Belgique assurent un tiers des investissements privés en R&D

La Chambre de commerce américaine appelle le gouvernement à ne pas sacrifier les incitants sur l'autel des restrictions budgétaires, au risque de voir ces investissements quitter le pays.

Quels sont les deux points communs entre le Sprite au Stevia, les dosettes Ariel "3-en-1" et le Sirturo, le seul nouveau médicament contre la tuberculose multirésistante à avoir été développé ces 40 dernières années? Ces produits sont vendus par des multinationales américaines et ils sortent tous de laboratoires situés en Belgique.

Une innovation "belge" rendue possible grâce aux incitants fiscaux mis en place dans notre pays pour attirer les investissements en recherche et développement, explique la Chambre de Commerce américaine en Belgique dans un rapport publié jeudi. Et l'AmCham d'appeler le gouvernement à ne surtout pas sacrifier ces incitants sur l'autel des restrictions budgétaires, au risque de voir ces précieux investissements quitter le pays.

Une multitude d'incitants

L'innovation américaine en Belgique, c'est 5.000 emplois directs et un tiers des investissements privés dans la R&D, soit 1,86 milliard d'euros en 2012, explique la chambre de commerce. Il n'en a pas toujours été ainsi. En 2004, les dépenses en R&D des entreprises américaines situées en Belgique ne représentaient que 7,4% du total des investissements privés en la matière. En huit ans, ces investissements ont bondi de 550%.

Qu'est-ce qui explique un tel attrait? Des travailleurs hautement qualifiés et polyglottes, mais surtout des régimes fiscaux particulièrement intéressants. C'est du moins ce qui ressort d'une enquête réalisée cet été par l'AmCham auprès de plus de 400 entreprises américaines présentes sur notre territoire.

D'après la chambre de commerce, si le poids des investissements américains en R&D a doublé entre 2008 et 2009 (passant de 18,5% des investissements privés à 36,3%), c'est probablement grâce à l'introduction de l'exonération partielle de précompte professionnel pour les chercheurs en 2009. Mais il n'y a pas que cela. Les entreprises interrogées citent également les intérêts notionnels, le système spécial d'imposition pour les cadres étrangers travaillant temporairement en Belgique, la déduction pour investissement et le crédit d'impôt pour les actifs favorisant la R&D, comme éléments ayant pesé lourd dans les choix stratégiques de leur maison-mère.

Des nouveautés en cascade

Et les résultats sont là. Coca-Cola lançait l'année dernière son Sprite au Stevia, qui a été développé dans son laboratoire bruxellois. C'est dans ses locaux de Strombeek-Bever que P&G a élaboré la dosette "3-en-1" de sa marque de produits de lessive Ariel.

Plus près, le 6 mars dernier, la Commission européenne octroyait à Janssen une autorisation de mise sur le marché conditionnelle pour son nouveau traitement de la tuberculose pulmonaire multirésistante, le médicament Sirturo, développé chez nous par une équipe franco-belge.

On peut encore citer d'autres exemples. L'imperméabilisant Scotchgard Fabric Protector de 3M est sorti il y a dix ans des laboratoires belges du groupe américain. Idem pour les sacs de nutrition intraveineuse à trois poches (3CB) de la firme Baxter et pour le lecteur de cartes Digipass 870 de Vasco, développés chez nous, eux aussi.

Mais à l'heure où la concurrence fait rage entre pays de l'Union européenne en matière de R&D et où ils rivalisent tous d'inventivité fiscale, l'AmCham met le gouvernement belge en garde. Détricoter ces incitants fiscaux ou adopter de nouvelles mesures qui seraient moins avantageuses pour les entreprises serait une très mauvaise idée. Notre pays pourrait alors très vite perdre son attrait.

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