Les planteurs d'huile de palme malaisiens prêts à attaquer Delhaize

©Thierry du Bois

Des distributeurs (Delhaize ou Colruyt) et des fabricants belges (Galler) indiquent sur leurs étiquettes que leurs produits ne contiennent pas d'huile de palme. Pour les planteurs malaisiens, il s'agit d'une pratique discriminatoire.

Plusieurs groupes belges et français de distribution appliquent des étiquettes "sans huile de palme" ou "ne contient pas d'huile de palme" sur une série de produits alimentaires qu'ils vendent en rayon. Dans notre pays, Delhaize et Colruyt en font partie. Certains producteurs, tel le chocolatier Galler, ont également adopté cette stratégie. Les planteurs malaisiens d'huile de palme, qui sont les principaux producteurs de cette huile végétale avec les Indonésiens, n'apprécient guère cette pratique qu'ils considèrent comme trompeuse et discriminatoire parce que, dans l'esprit du consommateur, ce mode d'étiquetage jette le discrédit sur les produits contenant de l'huile de palme.

Le Malaysian Palm Oil Council (MPOC, Conseil malaisien de l'huile de palme), qui représente 300.000 planteurs malaisiens, est venu hier à Bruxelles, où son président-directeur général Yusof Basiron a rencontré des responsables du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. Il leur a expliqué que, selon ses conseillers juridiques, cet "étiquetage négatif" est illégal. Il contreviendrait à la loi belge sur les pratiques de marché, à l'arrêté royal sur l'étiquetage des denrées alimentaires, mais aussi à plusieurs directives européennes sur l'étiquetage, les allégations nutritionnelles et de santé, la publicité et les pratiques commerciales déloyales.

Belgique et France seules visées

En clair, le MPOC demande à nos gouvernants d'agir "pour faire respecter la loi". Il envisage aussi d'attaquer les principales entreprises concernées en justice. Le lobby des planteurs malaisiens fourbit également ses armes contre la France. La Belgique et la France sont en effet les seuls pays d'Europe où l'huile de palme est stigmatisée dans l'opinion via un étiquetage spécifique, selon le MPOC.

Quel est le problème? Au plan environnemental, l'huile de palme est régulièrement critiquée parce que les plantations sont susceptibles de contribuer à la déforestation et de menacer la survie de certaines espèces tels que les orangs-outans. À cela, les Malaisiens répondent que leur pays s'est engagé dès la conférence de Rio, en 1992, à maintenir au moins 50% de la surface de leur pays boisée (60% actuellement). Ils ont renouvelé cet engagement en 2009. Accessoirement, ils rappellent qu'il n'y a aucun orang-outan sur leur territoire (ils sont localisés à Sumatra et Bornéo, en Indonésie). Leurs principaux producteurs sont en outre certifiés "durables" (reboisement). Reste le cas des petits planteurs, très nombreux, qui n'ont pas les moyens de payer le processus de certification. "La certification est une bonne chose, mais elle a aussi un impact discriminatoire sur un certain nombre de petits fermiers qui se voient ostracisés et ne peuvent fournir le marché européen alors qu'ils sont durables et qu'ils ont besoin de ces revenus", souligne Yusef Basiron. Des initiatives sont entreprises sur place pour tenter de les réunir en coopératives, afin de faciliter leur accès aux audits nécessaires à la labellisation.

L'huile de palme est aussi montrée du doigt pour ses éventuels effets négatifs sur la santé. Une question controversée. Pour Yusef Basiron, "diverses études scientifiques ont établi qu'elle est un produit sain". Il dénie qu'elle perde ses effets bénéfiques après transformation industrielle. "Contrairement à d'autres huiles végétales, elle n'a pas besoin d'hydrogénation et reste proche de son état originel durant les processus industriels. Elle est beaucoup plus stable que les autres huiles végétales." D'autres voix soutiennent le contraire. "Une mauvaise information", pour le patron du MPOC qui répète que, partout ailleurs en Europe, cette huile est utilisée sans restriction.

Mission belge

Prochainement, une mission économique belge va s'envoler pour la Malaisie. "La Belgique promeut le commerce en préparant cette mission. Nous sommes venus ici pour lui conseiller de résoudre ce problème avant la mission." Sous-entendu: peut-on en même temps défendre le commerce international et laisser des pratiques anti-commerciales, voire protectionnistes se développer dans son pays? Interpellé, le ministère des Affaires étrangères a répondu mercredi au MPOC qu'il faut "continuer à chercher une solution". Pas suffisant aux yeux de Basiron qui veut qu'on avance. "Nous explorons toutes les voies de droit pour résoudre ce problème, dit-il. Il s'agit d'une pratique anticoncurrentielle et inéquitable, qui n'est pas acceptable à nos yeux."

Parmi les "options légales" envisagées, figure une action contre Delhaize, Colruyt et/ou Galler. "Nous avons approché Delhaize. Ils souhaitent en rester pour le moment à leur étiquetage négatif." Basiron et son équipe décideront "dans un futur proche" s'ils passent à l'action.

Jean galler: "Quel discrédit?"

En apprenant le point de vue du MPOC, Jean Galler a failli tomber de sa chaise hier. Pour le président du conseil du chocolatier belge, cette offensive est "aberrante". "On peut faire des produits sans sel, sans sucre ou sans gluten, mais on ne pourrait pas faire de produits sans huile de palme! s'étonne-t-il. Sur nos produits, il n'est pas mentionné que l'huile de palme ne serait pas bonne, mais simplement qu'il n'y en a pas: c'est juste une information au consommateur." Quant à l'accusation selon laquelle l'étiquetage négatif jetterait le discrédit dans l'opinion, il la retoque également: "Nous faisons douze tablettes de chocolat différentes, dont deux sans sucre: cela ne veut évidemment pas dire que nous jetons le discrédit sur les dix autres tablettes!" Le fondateur de la chocolaterie précise qu'à partir du premier janvier 2015, plus aucun de ses produits ne contiendra de l'huile de palme. M.Lw.

Contenu sponsorisé

Partner content