Rodrigo Rato Les casseroles d'un ex-patron du FMI

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Rodrigo Rato, tombé en disgrâce après son inculpation dans les scandales de la banque nationalisée Bankia, fait l'objet cette fois d'une enquête pour blanchiment d'argent. Il avait démissionné du FMI en 2007, laissant la place à Dominique Strauss-Kahn qui allait connaître d'autres ennuis.

C'est sous les insultes d'une dizaine de manifestants et sous le regard des caméras de télévision que Rodrigo Rato est rentré vendredi dans son bureau, dans le très huppé quartier de Salamanca, à Madrid, pour constater la perquisition menée la veille par les agents du fisc espagnol. Pour éviter de possibles incidents, il a dû parcourir en voiture, sous escorte de la police, les quelque 500 mètres qui le séparent de son domicile.

Jeudi, il a été détenu pendant sept heures dans le cadre de l'enquête qui pourrait mettre définitivement fin à sa carrière.

L'ancien directeur du Fonds monétaire international (de 2004 à 2007) est soupçonné de "blanchiment, fraude et dissimulation d'actifs".

Il aurait notamment reçu 6,2 millions d'euros de la banque Lazard en 2011, pour laquelle il a travaillé pendant trois ans.

L'ancien ministre de l'Économie du gouvernement de José Maria Aznar pendant ses deux mandats (1996-2004), n'en est pas à ses premiers démêlés avec la justice: il est aussi inculpé d'escroquerie, de détournements de fonds et de falsification de compte commis à l'occasion de l'entrée en bourse de la banque Bankia qu'il a dirigée de 2010 à 2012.

Il est aussi poursuivi pour utilisation frauduleuse de cartes de crédit de Caja Madrid ("tarjetas black"), l'une des caisses d'épargne qui compose Bankia et qui avait frôlé la faillite en 2012, ruinant des centaines de milliers de petits actionnaires.

Expulsé du parti

Rodrigo Rato, 66 ans, n'est pas au bout de ses peines. Il ne lui reste plus beaucoup d'amis. Fin octobre 2014, le Parti populaire, dont il était l'un des piliers, l'a expulsé de ses rangs.

Rato avait demandé une suspension temporaire, le temps de gérer la tempête Bankia. Mais le gouvernement de son ancien adversaire, Mariano Rajoy, a voulu prendre ses distances.

Selon la presse espagnole, l'ex-ministre est désormais persuadé d'avoir été lâché par ses camarades de parti, soucieux de démontrer, en année électorale, qu'ils sont engagés dans la lutte contre la corruption.

Il y eut un temps où Rato était pourtant considéré comme l'un des hommes politiques les plus prometteurs de sa génération.

Il était le "superministre" qui avait su gérer la spectaculaire amélioration de l'économie espagnole. Emilio Botin, le patriarche de la Banque Santander, chantait alors ses louanges. Rato avait fait de l'équité fiscale l'un de ses chevaux de bataille.

En juillet 1996, lors de ses premières interventions, il promettait de "renforcer les lois pour lutter contre la fraude" pour que "ce ne soit pas toujours les mêmes qui payent leurs impôts".

Grâce à l'appui du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, il devient directeur général du Fonds Monétaire international en juin 2004. Il est à son apogée.

"À partir de cette date" souligne le quotidien "El País" "se produisent une série de décisions désordonnées qui déçoivent une grande partie de ses sympathisants" notamment celle de démissionner de son poste en juin 2007, avant la fin de son mandat, sans avoir vu la gigantesque crise financière internationale qui était sur le point d'éclater.

Rodrigo Rato est issu de deux riches familles des Asturies. Son père, Ramón Rato, a profité de ses accointances avec le régime de Franco pour acheter plusieurs banques et créer l'une des principales stations de radio d'Espagne "Cadena Rato". En 1967, il est accusé d'évasion fiscale en Suisse, arrêté par la police en plein mariage de l'une de ses filles (avec un neveu d'Emilio Botin) et passe trois ans en prison.

Son fils pourrait maintenant affronter le même destin.

Il se défend

Rodrigo Rato s'est borné à dire au journal "El País" qu'il était "à la disposition de la justice" et qu'il avait "activement coopéré avec les enquêteurs". Il a défendu son innocence dans de brèves déclarations au quotidien en affirmant qu'il n'avait "aucune société dans des paradis fiscaux ni en dehors de l'Union Européenne".

Démission du FMI inexpliquée

C'est pour des "raisons personnelles" que Rodrigo Rato a quitté son poste de directeur général du FMI en 2007. Il avait déclaré vouloir être plus près de ses trois enfants, restés en Espagne. Le gouvernement de Madrid n'avait pas caché sa déception. Dans un rapport de 2011, le FMI critiquera sévèrement sa gestion.

CV EXPRESS

Né le 18 mars 1949 à Madrid au sein d'une riche famille des Asturies. Divorcé, père de trois enfants.

Études de droit à Madrid

MBA à Berkeley (Californie)

1982: devient député pour Madrid d'Alianza Popular (qui deviendra le Parti populaire)

1996-2004: ministre de l'Économie durant les deux mandats de José María Aznar.

Mars 2004-Juin 2007: directeur général du FMI.

Président de Caja Madrid (janvier 2010) puis de Bankia (décembre 2010), la banque qui naît de la fusion de la Caja et de six autres caisses d'épargne. Il démissionne en 2012.

Octobre 2014: expulsé du Parti populaire

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