Ces technologies qui peineront à s'imposer

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Rares sont les prévisions technologiques qui prennent le risque du court terme, à échéance 12-18 mois avec, à la clé, un blâme l’année suivante si elles ont eu tout faux.

Et risquées sont celles qui adoptent le ton irrévérencieux du contre-pied des modes en prédisant pourquoi tel succès annoncé n’aura pas lieu. C’est l’exercice annuel auquel s’est livré cette année encore Deloitte.

Des drones plutôt pour les professionnels

Les drones, dont le premier salon belge s’est tenu début mars, ne seront pas un marché de masse même si le survol de Paris risque de faire des émules.

Oui, il y a un marché professionnel si louer un hélicoptère reste trop cher pour livrer des petits colis dans des zones reculées, isolées ou pour l’inspection des grandes structures (contaminées).

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Non, un drone, ce n’est pas pour tous. Les crashs ne sont pas rares au point qu’un moteur de rechange est toujours fourni. On en perd aussi vite le contrôle (vent, brouillard). Et une trajectoire programmée par GPS tourne au désastre à 50 km/h en cas d’interruption du signal GPS.

Les Etats-Unis interdisent, par ailleurs, toujours les drones commerciaux jusqu’en 2017 et, de toute façon, ils ne pourront y voler qu’à portée de vue, à 150 mètres maximum, à défaut de pouvoir survoler des humains.

De son côté, la France a créé une filière grâce à une réglementation libérale dès 2012 mais est victime de son succès (cf. les vols de drones sur Paris). Pour quelques centaines d’euros, préfère-t-on un drone avec lequel jouer de temps en temps en rase campagne ou un nouveau smartphone, utile tous les jours, se demande, Deloitte.

Pour quelques centaines d’euros, préfère-t-on un drone avec lequel jouer de temps en temps en rase campagne ou un nouveau smartphone, utile tous les jours?

Si les Amazon & Co font grand cas des drones, ce n’est pas lui qui recueillera votre signature…

Autre prédiction, dans le même esprit: un développement accéléré du click & collect pour l’e-commerce. Il revêt trois formes: au magasin même (répandu chez nous), chez un tiers même s’il faut accepter une dilution de la marque (650 magasins Argos sont des points de collecte e-bay) ou dans des casiers le long des routes de navetteurs.

Chercher le colis en magasin incite le client à se laisser tenter sur place mais la logistique doit suivre. Les préposés au comptoir ne peuvent dès lors pas vendre ou conseiller les autres clients. Les files en période de solde font peur et à force de prévoir des retours sans frais, sans date limite pour chercher son colis, on crée de la survente et on gonfle la bulle de l’e-commerce. Le Click & Collect devra vaincre ces écueils, dit Deloitte.

L’impression 3-D, c’est très bien pour les prototypes

L’impression 3-D n’a pas non plus les faveurs des prédictions de Deloitte. À quelques degrés près — et à 50 $ le kilo — le matériau coule vite, la précision dimensionnelle faillit et ce ne sont jamais des pièces fonctionnelles qui sont produites, au mieux des prototypes rapides…

Sait-on, rappelle Deloitte, que seules 348 imprimantes pour métal ont été vendues?

Il n’empêche, tout ingénieur qui a connu les affres du prototypage aura vite fait d’apprendre la programmation (très complexe) de l’imprimante mais fabriquer chez soi les petits objets du quotidien quand des Ikea & Co les offrent à tour de bras, oublions!

Changer de smartphone tous les 18 mois…

Plus risqué de la part de Deloitte est le pessimisme affiché à l’égard des batteries. Si celle de votre smartphone s’améliore, cela tient d’abord aux écrans dont la taille augmente et qui offrent ainsi de la place pour accueillir une plus grande batterie. Cela tient aussi aux logiciels qui contrôlent mieux (et mettent en veille) les différents composants de l’appareil. La technologie OLED, encore chère, réduira aussi la consommation des écrans. Quant à l’utilisateur, il se fait rappeler à l’ordre en évitant d’avoir les deux interfaces wifi-4G simultanément en fonctionnement.

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Et Deloitte de jouer sur notre irrationnel. Remplacer tous les 18 mois son smartphone sous le prétexte de sa lenteur, est-ce bien raisonnable (alors que "technologiquement", c’est au bout de quatre ans que les logiciels d’un Google Store commencent à le faire pédaler)? Mais il est vrai que les fabricants ont le chic pour nous faire désirer la fonctionnalité qui n’a (souvent) rien à voir avec les télécoms.

En 2015, prédit encore Deloitte, il y aura trois raisons d’échanger son smartphone: les progrès de l’appareil photo embarqué, la pression des enfants… et la fin du contrat avec son opérateur mobile.

Plus osée et moins crédible est sans doute la prédiction en forme de mise en garde de Deloitte à l’égard de la barrière à l’entrée du haut débit que l’on peut recevoir chez soi. Pourquoi, en effet, recevoir des centaines de Mbits/s chez soi si le câblage (électrique ou LAN pour les chanceux) ne peut amener que quelques dizaines de Mbits/s aux PC? C’est oublier la nouvelle norme wifi 802.1ac qui promet du 1 Gbit/s et qui se répandra vite.

Small is not always beautiful

Dans un tout autre registre, chacun aura-t-il son nanosatellite sur orbite, se demande également Deloitte. Las. Pour maintenir le satellite dans sa position, pour lui permettre de rayonner son signal vers le Terre ou d’observer des structures fines, il lui faut de l’espace pour loger instrumentation, moteur et carburant.

L’avantage des nanosatellites, leurs orbites basses, est également leur défaut avec une durée de vie d’autant réduite (de l’ordre de l’année). Bref, il ne faut pas imaginer que les nanosatellites feront demain tout mieux et moins cher.

Ceux qui prédisent depuis longtemps la fin (qui n’en finit pas) de la télévision ont beau jeu de mettre en avant la révolution du clip internet. Pourtant, le petit format ne génère que 5 milliards de dollars de publicité contre 210 pour le long format sur la télévision.

Les chiffres affolants du nombre de vues ne doivent donc pas nous aveugler. Ne vous est-il jamais arrivé de renoncer à visionner un clip de 1 minute (considéré alors comme vu jusqu’à un durcissement du critère) lorsque la publicité introductive dure 30 secondes? Deloitte n’a pas tort en considérant que le clip occupe une niche: celle des recettes de cuisine, des modes d’emploi, des "how to" pour lesquelles deux minutes en disent plus qu’un manuel de 100 pages.

Dernière prédiction: le décollage du paiement sans contact, sur lequel Apple et Google se cassent pourtant les dents. Si essor il y a, il viendra des Etats-Unis où les commerçants devront migrer vers la norme EMV et de toute façon changer leurs terminaux. Tous ceux qui font la file un samedi au self scan en égrenant les secondes interminables du paiement par carte de son prédécesseur devraient rapidement en être convaincus.

Par Charles Cuvelliez et Jean-Marie Dricot, Ecole Polytechnique de Bruxelles, ULB.

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