De l'Écosse à la Flandre

©CORALIE CARDON

La stratégie de la Flandre n'est pas celle de la révolution violente. Il s'agit d'atteindre l'objectif final - l'indépendance -, pas à pas.

L'organisation du référendum écossais sur l'indépendance a donné lieu à des comparaisons avec ce qui se passe en Catalogne et en Flandre. Les situations, d'une région à l'autre, sont cependant bien différentes. De même, le système fédéral présente de multiples variantes et est appliqué dans des pays présentant, chacun, des évolutions historiques distinctes.

On peut parler de "Nations" lorsqu'au fil du temps, un sentiment d'appartenance collective finit par souder les populations concernées. C'est le fameux plébiscite de tous les jours, dont parlait Ernest Renan et qui, dans certains pays de l'Union européenne, est aujourd'hui écorné par l'affirmation du sentiment identitaire de diverses régions. Il y a deux ans, le Parlement flamand a adopté, à l'unanimité de ses membres, cette "Charte pour la Flandre", dont le préambule parle expressément de "nation". On est ici clairement "vlaamsvoelend", avant d'être démocrate-chrétien, libéral ou socialiste.

Dans une récente tribune de l'hebdomadaire "Knack", Ludo Abicht, philosophe flamand et membre du Gravensteengroep, explique que l'on peut tout à fait être de gauche et flamingant.

La "nation flamande" est née d'une longue lutte d'émancipation à tous les niveaux: linguistique, culturel, social et politique. Rien de régressif ni de conservateur dans tous ces efforts visant à s'affranchir d'un cadre étatique mal ficelé, à rectifier les bévues de ce que l'ancien Premier ministre Yves Leterme a qualifié d'accident de l'histoire.

Lors de sa dernière conférence de presse, le président français François Hollande n'a pas été bien inspiré en suggérant qu'avec la N-VA, premier parti de Flandre, l'extrême droite était également présente en Belgique, d'une autre façon.

Si la formation de Bart De Wever n'était pas démocratique, respectueuse des institutions, Yves Leterme ne l'aurait pas associée en cartel au CD & V en 2004 et les démocrates-chrétiens n'auraient pas choisi de gérer avec elle la Flandre pour la seconde fois consécutive ni de s'embarquer avec elle dans les négociations pour la constitution d'une coalition fédérale "suédoise".

La vérité, c'est que, comme l'a souligné récemment l'ancien ministre CD & V Stefaan De Clerck, la relation entre le nationalisme et la démocratie-chrétienne est profondément ancrée dans l'ADN flamand.

Le président Hollande a-t-il oublié qu'en 2011, la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française a chargé deux de ses membres, l'un de la majorité, l'autre de l'opposition, de se rendre en Belgique afin de s'informer de la situation intérieure du pays? Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend sa viabilité de moins en moins probable. La France n'ignore donc pas qu'un phénomène de balkanisation est en train de se dessiner à sa frontière nord.

À l'occasion des Fêtes de Wallonie, André Antoine, le nouveau président du Parlement wallon, a insisté sur le respect de la loyauté fédérale.

Stap voor stap

Mais, pour la Flandre, le fédéralisme a depuis longtemps atteint ses limites, pour reprendre une autre expression d'Yves Leterme. Dès le début des années 1990, le ministre-président flamand CD & V Luc Van den Brande prônait ce confédéralisme en faveur duquel le Parlement flamand s'est nettement prononcé en 1999.

La stratégie de la Flandre, nous l'avons souvent écrit, n'est pas celle de la révolution violente. Il s'agit d'atteindre l'objectif final - l'indépendance - stap voor stap, pas à pas. Le jour où le Parlement flamand sera constitué d'une majorité absolue de représentants nationalistes, qui pourrait l'empêcher, fort de sa légitimité démocratique, de proclamer l'indépendance de la Flandre? Une Flandre qui serait prospère - création de 20.248 PME au cours du premier semestre 2014 (+2,14%) contre 9.859 en Wallonie (- 11,2%) -, ouverte sur le monde, et n'aurait aucune peine à se faire reconnaître sur le plan européen et international.

Nous sommes prêts à en faire le pari.

Jules Gheude Essayiste politique

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