Investir dans une start-up ou du besoin de la notation

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La notation et la détection des start-ups les plus brillantes sont un enjeu majeur pour tous les acteurs du marché.

Il est généralement estimé que 90% des start-ups échouent. CB Insights, un fournisseur de bases de données pour de grands groupes, investisseurs et fonds de capital-risque aux États-Unis, a publié en août 2015 une étude examinant la raison précise de l’échec d’une centaine de start-ups qui avaient toutes levé en moyenne près de 1,3 million de dollars.

Le constat est quelque peu surprenant: 42% des start-ups échouent parce que leur offre ne rencontre tout simplement pas la demande attendue, le besoin des consommateurs étant mal identifié ou mal cerné.

Thibault Verbiest

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Autre leçon: pas moins de 23% des start-ups font faillite principalement pour des problèmes de compétence, de leadership ou de management au sein de l’entreprise. L’équipe, au cœur de la réussite d’une start-up, peut aussi être la cause principale de son échec.

Néanmoins, ces facteurs d’échec sont pour autant identifiables avant que la start-up lève ses fonds. Comment les investisseurs peuvent-ils prévenir ce risque?

La solution du marché: les agences de notation

Prenons le problème plus globalement: toute organisation, qu’il s’agisse d’un État, d’un grand groupe ou d’une PME, cherche à asseoir sa crédibilité lorsqu’il s’agit de lever des fonds ou de la dette.

A l'heure où tout le monde peut investir dans une start-up, que ce soit en souscrivant dans un fonds ou via crowdfunding, la notation et la détection des start-up les plus brillantes sont un enjeu majeur pour tous les acteurs du marché.

Généralement, la valeur de ces entités repose à la fois sur des actifs tangibles et intangibles, qu’il s’agisse d’un brevet, d’une équipe ou d’une marque. Elles peuvent ainsi s’adresser à des agences de notation qui donneront un signal plus ou moins positif aux investisseurs. Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch ratings (les "big three") sont connus du grand public pour avoir joué un rôle important durant la crise des dettes souveraines européennes en 2011.

Pour les PME aussi, de nouveaux acteurs ont fait leur apparition: Scope Ratings en Allemagne et Spread Research en France, par exemple.

Dans le cas des start-ups, la gestion du risque est différente: leurs actifs sont souvent exclusivement intangibles et leur réussite se joue sur leur créativité, capacité d’exécution et d’itération.

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Si l’expérience de l’investisseur est un atout majeur pour évaluer la fiabilité d’une jeune pousse, elle ne peut le rendre spécialiste dans tous les domaines. À ce titre, tous les investisseurs ne sont pas sur un même pied d’égalité: la désintermédiation des investissements et les dangers de disruption ont vu apparaître de nouveaux acteurs tels que les plateformes de crowdfunding ou les fonds de Corporate Venture Capital.

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Ces derniers sont les bras armés financiers des grands groupes et ETI: ils sont nés de leur prise de conscience qu’il serait nécessaire de prendre les devants en investissant dans les start-ups et entreprises qui changeraient leurs industries. Il s’agit pour elles à la fois d’amorcer leur transformation digitale en investissant dans un nouvel acteur.

Durant le premier trimestre 2015, ce sont 2,2 milliards de dollars qui ont été investis dans les start-ups par les acteurs du Corporate Venture Capital aux États-Unis, soit près de 20% du total des investissements dans les jeunes pousses sur cette période. À la fois des acteurs de veille stratégique et des investisseurs au service d’une entreprise, leur travail est vital dans un environnement en constant changement.

Nouveaux acteurs

C’est pour répondre aux demandes de ce type d’acteurs non spécialistes qu’a par exemple été créé en France EarlyMetrics, première agence de notation pour start-ups. La société, forte de sa connaissance de l’écosystème entrepreneurial, se propose de noter les start-ups sous un angle pertinent, intégrant quatre piliers de la valeur ajoutée des jeunes pousses: l’équipe, le projet, le marché et ses états financiers.

La nécessité de voir émerger des acteurs tels qu’EarlyMetrics est aujourd’hui évidente: la complexification digitale et la désintermédiation des modes de financement entraînent un besoin accru d’analyse indépendante.

À l’heure où tout le monde peut investir dans une start-up, que ce soit en souscrivant dans un fonds ou tout simplement sur une plateforme de crowdfunding, la notation et la détection des start-ups les plus brillantes sont un enjeu majeur pour tous les acteurs du marché, même les PME et les ETI. C’est maintenant devenu, pour toutes les entreprises, une condition essentielle pour engager leur indispensable transformation digitale.

Par Thibault Verbiest, avocat honoraire, associé Largillière Finance

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