chronique

L'Inde, 70 ans après l'émergence de la plus grande démocratie au monde

Stéphanie Heng

L'Inde repose sur le consensus : un consensus autour d'une idée simple, celle selon laquelle il n'est pas réellement nécessaire, dans une démocratie, d'être toujours d'accord sur tout tant qu'il y a un accord sur les règles par lesquelles le désaccord sera exprimé.

Ayant vécu la décolonisation et devenue indépendante en 1947, l’Inde fêtera ses 70 ans cette année. De par sa culture, notamment, l’Inde dispose d’un potentiel important en matière de soft power, une capacité d’influence et de persuasion qu’elle exerce de manière croissante dans le monde depuis quelques années. Ainsi et par exemple, via la discipline ancestrale du yoga, le pays étend progressivement son influence internationale.

Cependant, l’Inde est encore assez mal connue. Pays aux multiples facettes, l’Inde suscite à la fois fascination et rejet, eu égard, entre autres, aux inégalités et à l’épineuse question des castes, ou encore à la problématique des violences faites aux femmes. Cette tension entre une Inde imaginaire et une Inde émergente est particulièrement marquée en Europe.

Au-delà de la somme de ses contradictions

Union de 29 états et de sept territoires, l’Inde est davantage que la simple somme de sa diversité et de ses contradictions. Selon les mots du premier Premier ministre de l’Inde, et figure clé de la politique indienne d’avant et d’après l’indépendance, Jawaharlal Nehru, le pays est uni par des liens tant forts qu’invisibles: "strong but invisible threads… a myth and an idea, a dream and a vision, and yet very real and present and pervasive".

©AFP

L’Inde, c’est une civilisation ancienne, unie par une histoire commune et basée sur une démocratie pluraliste. L’idée même de l’Inde et sa définition reposent sur une nation forte de l’ensemble de ses différences: des différences de castes, de couleurs, de cultures, de langues (l’Inde en compte une vingtaine, y compris l’hindi), mais aussi des différences de traditions.

Sans compter la question des religions: une majorité écrasante de la population pratique l’hindouisme (quelque quatre cinquièmes des Indiens). Environ 15% des Indiens sont musulmans. L’Inde est la deuxième (ou troisième, selon certaines sources) population musulmane au monde, derrière l’Indonésie mais pratiquement à égalité avec le Pakistan.

Les chrétiens représentent, quant à eux, environ 2% de la population, tout comme les sikhs. Ensemble, bouddhistes, jaïns, parsis, entre autres, comptent pour un peu moins des 2% restants de la population du pays.

Mais l’Inde repose également sur le consensus: un consensus autour d’une idée simple, celle selon laquelle il n’est pas réellement nécessaire, dans une démocratie, d’être toujours d’accord sur tout tant qu’il y a un accord sur les règles par lesquelles le désaccord sera exprimé.

Célébration de la diversité

L’Inde repose sur le consensus: un consensus autour d’une idée simple, celle selon laquelle il n’est pas réellement nécessaire, dans une démocratie, d’être toujours d’accord sur tout tant qu’il y a un accord sur les règles par lesquelles le désaccord sera exprimé.

L’Inde pourrait être comparée à un thali, cet assortiment de plats indiens, de l’entrée au dessert, dont chacun comporte des goûts différents. Ils ne se mélangent pas forcément les uns avec les autres, mais ils appartiennent à un même et unique plat. Ils sont complémentaires tout en contribuant à la qualité du repas. Cette diversité, cette richesse, ce sont celles également du pays.

 

Quant à l’idée d’une Inde en tant que nation moderne, basée sur une certaine conception des droits de l’Homme et de la citoyenneté, reconnaissant la diversité du pays et reposant sur un respect scrupuleux de la loi et sur l’égalité de tous devant la loi, elle est encore relativement récente.

 

Future grande puissance?

Longtemps gouvernée par des membres de la famille Nehru-Gandhi, du parti du Congrès national indien, et aujourd’hui par les nationalistes du Bharatiya Janata Party (BJP), dirigé par Narendra Modi, l’Inde vit de profonds changements depuis quelques années, et notamment récemment avec la réforme de la TVA dans le but d’ouvrir la voie à un marché unique dans le pays, ou encore la démonétisation de billets à haute valeur faciale contre la corruption, qui a fait couler beaucoup d’encre dans la presse. Le pays est en perpétuel mouvement.

Marquée par un certain "non-alignement", la politique extérieure de l’Inde a réalisé ces dernières années des avancées conséquentes (réunions au sommet avec des dirigeants mondiaux, etc.).

Le chemin est long et l’Inde doit continuer à améliorer la situation dans de nombreux domaines tels que la pauvreté, la corruption, le niveau de développement socio-économique relativement faible, les inégalités en tous genres dans le pays, ou encore les problèmes d’infrastructures.

Néanmoins, avec la deuxième plus grande population au monde et une économie très active, l’Inde a les atouts pour devenir à plus ou moins long terme une grande puissance.

Par Stéphanie Heng et Dr. Shashi Tharoor,
respectivement politologue franco-belge, experte en communication, Visiting fellow Observer Research Foundation (New Delhi) et député indien, ex-secrétaire général adjoint des Nations unies et ex-ministre des Affaires étrangères

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content