"L'homme qui ne voulait plus être roi"

Joan Condijts, rédacteur en chef de L'Echo. ©Sofie Van Hoof

Joan Condijts, le rédacteur en chef de L’Echo, publie son premier roman "L’homme qui ne voulait plus être roi". Pour critiquer l’ouvrage, il nous fallait une personne réputée pour son indépendance de ton. Nous l’avons trouvée en la personne d’Etienne de Callataÿ qui est bien sûr économiste, mais qui connaît aussi le monde politique pour avoir travaillé dans différents cabinets ministériels.

Et si le roi prenait la fuite? Non pas comme certains vont à Varennes et d’autres à Baden-Baden, pas même pour suivre une soubrette, simplement par lassitude d’un pays en délitement, d’un rôle factice, d’une vie où la naissance a tout décidé. Car on peut en avoir marre de tout, même d’être roi.

Thelma et Louise avaient pris le volant, notre roi, lui, enfourche sa moto et se met en route, mais sans plan bien préparé, sans avoir ni fait le plein, ni emmené de carte routière. Alors, pour le monarque plus encore que pour le commun des mortels, l’aventure va commencer au coin de la rue, celui de la Rue Royale.

Ainsi, cette dame qui rôde autour du Palais et à qui il demande la route et se révélera ne pas être qu’une inconnue. Ainsi, ces policiers qui l’abordent sur l’autoroute quand il tombe à court de carburant et qui, ne le reconnaissant pas, le placeront directement dans cette condition d’homme ordinaire à laquelle il a soudainement aspiré. Ainsi, cette dépanneuse qui l’embarque avec la moto et, nouvelle version de la panne d’essence qui fait carburer les sens, lui apportera relation d’égalité, introspection et, bien entendu, tendresse.

Un Roi qui disparaît, c’est aussi un événement politique. Le monde politique étale son amateurisme, les médias leurs fantasmes vendeurs et les séparatistes leur romantisme, qui s’agitent, cherchant à saisir l’occasion de "hâter le cours de l’histoire", un cours qui mènera enfin à l’indépendance de la Flandre.

Un Roi qui disparaît, c’est aussi un événement politique. Le monde politique étale son amateurisme, les médias leurs fantasmes vendeurs et les séparatistes leur romantisme…

Car le royaume qui a perdu son roi n’est pas celui d’Ubu mais notre plat pays. C’est ici qu’un Roi roule à moto, que le Premier Ministre originaire d’Ypres s’appelle Yves Lefin et la Vice-Première Ministre Arlette Bollewinkel, que les indépendantistes du Nord sont emmenés par un historien ayant une drôle de relation à la nourriture.

"L’homme qui ne voulait plus être roi" n’est pas un exercice de politique-fiction. Il s’agit d’un roman qui est d’abord drôle et pétillant. Joan Condijts n’hésite pas devant une truculence qui associe Toine Culot et les fables de Pitje Schramouille, pas plus qu’il n’est avare en allusions à peine voilées aux acteurs de la rue de la Loi.

C’est aussi un roman très habilement construit, en développements parallèles, où les histoires des gens ordinaires s’entremêlent avec celles de ces autres gens ordinaires que sont nos représentants politiques. Car si les autorités n’y gagnent pas en intelligence, elles apparaissent simplement plus humaines, ce qui, incidemment, rappelle l’importance de l’intelligence émotionnelle pour gagner l’après-élections.

Car, comme dans tout bon roman, il y a bien plus que ce qui est écrit. Ainsi en va-t-il d’interrogations sur la fuite, qui est un mauvais départ, ou sur les affres d’une vie préprogrammée. On naît roi plus qu’on est roi. Et ce qui est vrai du roi l’est aussi quand joue le conditionnement social ou quand le talent individuel dans un domaine donné ne peut pas ne pas être exploité, au prix du libre choix de sa destinée.

Pour Simon Leys, la meilleure manière de comprendre le stalinisme n’était pas de lire une somme académique sur le sujet mais une œuvre de fiction, en l’occurrence le fameux 1984 de George Orwell. Joan Condijts, par la bande, éclaire la vie politique, avec la liberté qu’offre la licence du romancier mais aussi comme un caricaturiste dressant un portrait, avec des exagérations assumées, tel ici le jour sous lequel est peint le parti séparatiste flamand, son leader et ses sbires. Le réel dépasse la fiction mais la fiction le lui rend bien!

Un Roi qui disparaît, c’est aussi un événement politique. Le monde politique étale son amateurisme, les médias leurs fantasmes vendeurs et les séparatistes leur romantisme… ©GENESE EDITION

"L’homme qui ne voulait plus être roi", par Joan Condijts, Genèse Edition, 160 pages, 21 euros.

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