chronique

La Belgique, État grotesque

Drieu Godefridi

Des mesures radicales et novatrices doivent être prises pour réformer cet Etat dont l'inefficacité et l'incompétences seraient comiques, s'il n'y avait du sang sur les murs.

Quand on met bout à bout les éléments d’information qui font suite aux attentats du 22/3, on mesure que la faillite des pouvoirs publics belges est généralisée. Jugez-en:

- Recel, pendant des mois, d’une information capitale (sur le logement dans lequel S. Abdeslam sera finalement capturé) par la police locale;

- Libération anticipée d’un criminel (Ibrahim El Bakraoui) qui ne se repent en rien de ses actes, contre l’avis de l’administration pénitentiaire;

- Parti sans être inquiété vers la Syrie, Ibrahim El Bakraoui est arrêté et signalé comme terroriste islamiste par la Turquie, l’information est signifiée aux services des affaires étrangères belges, qui la conservent soigneusement pour eux-mêmes;

- Expulsé par la Turquie, Ibrahim El Bakraoui atterrit tranquillement aux Pays-Bas, sans être inquiété;

- Le tribunal d’application des peines met plusieurs semaines avant de révoquer sa libération conditionnelle;

- Le frère (Khalid El Bakraoui) du précédent, autre repris de justice et kamikaze du 22/3, ne respecte pas davantage les conditions de sa libération: le tribunal d’application des peines décide néanmoins de le laisser en liberté;

- La "logeuse" de S. Abdeslam, complice objective au sens du Code pénal, est relâchée immédiatement après son arrestation;

- Depuis les attentats du 13/11, à Paris, le discours et la politique du gouvernement belge sur les "returnees" ont connu trois états: d’abord "tous en prison", ensuite "on ne peut quand même pas tous les mettre en prison", enfin "tous en prison";

- Entre son arrestation le 18/3 et les attentats du 22/3, S. Abdeslam n’a fait l’objet d’aucun interrogatoire sérieux, se cantonnant à déclarer deux ou trois bricoles manifestement contre-factuelles aux enquêteurs, avant d’être ramené dans sa cellule et d’exiger son transfert en France, etc.

La Belgique ouverte à tous les vents

©REUTERS

Il est probable que, dans les jours à venir, certaines de ces informations seront amendées et précisées, et que d’autres éléments viendront à la surface, attestant que la faillite des pouvoirs publics belges, du local au fédéral, de l’exécutif au judiciaire, est, en effet, généralisée.

Bien sûr, rien de tout cela n’aurait été possible sans la politique qui a consisté, depuis trente ans, à ouvrir la Belgique et sa nationalité à tous les vents, créant ex nihilo d’importantes communautés musulmanes qui, radicalisées ou non, fondamentalistes ou pas, pacifiques ou non, éprouvent objectivement certaines difficultés à accepter de "vivre en commun" avec des cultures et des normes qui ne sont pas conformes à leur credo politico-religieux.

Une étude du WZB Social Science Center (Berlin), parue l’an dernier dans le "Journal of Ethnic and Migration Studies", indique que plus de la moitié des musulmans français, belges et autrichiens sont fondamentalistes, c’est-à-dire qu’ils considèrent que les musulmans doivent revenir aux racines de la foi, qu’il n’y a qu’une seule interprétation du Coran, et que les règles religieuses sont plus importantes que les lois ("Religious Fundamentalism and Hostility against Out-groups. A Comparison of Muslims and Christians in Western Europe", Journal of Ethnic and Migration Studies, vol. 41, n°1, pp. 33-57). Cette vision de la société est radicalement inconciliable avec les fondements même de nos démocraties, et il n’est plus temps de le nier. Prétendre que la doctrine islamique — qui est beaucoup plus qu’une religion, n’en déplaise aux idéologues — ne joue aucun rôle dans les attentats qui se commettent actuellement en Europe relève d’un déni psychotique de la réalité.

Pour expliquer la débâcle des pouvoirs publics, le discours convenu, à tous les niveaux de l’État belge, est celui d’un "manque de moyens": il ne s’agirait ni d’incompétence, ni d’irresponsabilité, seulement d’un manque cruel de moyens financiers.

De tous les peuples d’Europe, les Belges sont les plus taxés ("Taxing Wages", OCDE, 2015). Les prélèvements obligatoires sur le travail sont de 60% en moyenne — en réalité, le record est mondial — et il y a en Belgique plus de 800.000 fonctionnaires, ce qui ne paraît normal pour un pays de 11 millions d’habitants que du point de vue français. En dépit de cette profusion de moyens humains et financiers, l’État belge, dans ses différentes composantes, échoue à assumer ses missions les plus fondamentales: la sécurité des personnes, l’application de la loi pénale. Les Belges, peuple travailleur et industrieux s’il en est, sont en droit de se demander si le fameux "contrat social", qui justifie l’impôt par la sûreté des personnes et des biens (John Locke), ne serait pas devenu quelque peu léonin.

L’héritage du passé est tel, l’abcès est maintenant si énorme, que des mesures radicales et novatrices doivent être prises pour réformer cet Etat dont l’inefficacité et l’incompétence seraient comiques, s’il n’y avait du sang sur les murs.

Par Drieu Godefridi
Docteur en philosophie, juriste

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