La crise grecque au service des intérêts russes?

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Le président russe Vladimir Poutine s’est en général abstenu de commentaires, notamment à la fin du mois de juin dernier en amont du référendum grec du 5 juillet relatif à la proposition faite par l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.

S’exprimer aurait pu être vu comme une manière pour la Russie de s’immiscer dans les questions intérieures de l’Union européenne. Si le président Poutine s’est relativement peu exprimé sur le sujet, les commentaires d’experts et d’analystes dans les médias russes ne manquaient quant à eux pas.

Soft power russe

S’appuyant sur des éléments idéologiques, parfois culturels, pour répondre aux intérêts d’un pays, le concept de soft power désigne l’ensemble des méthodes et des moyens mis en œuvre par certains États afin de diffuser des messages et de développer leur influence sur la scène internationale, sans pour autant utiliser la violence. Sous forme d’incitation, parfois de séduction, ce soft power passe notamment par les médias. Divers pays ont développé des stratégies affirmées en la matière, y compris parmi les pays émergents. *

La Russie n’aurait-elle pas à gagner d’un affaiblissement de l’Union européenne? Au-delà du dossier grec à proprement parler, il s’agit bien, au fond, du projet européen c’est-à-dire de l’avenir de l’Europe qui est en jeu.

La Russie ne fait pas exception en la matière: le pays dispose d’une stratégie de communication globale utilisant des canaux de communication contrôlés par l’État. Via les médias, les autorités russes renforcent le poids médiatique et diplomatique du pays sur la scène internationale. Les médias sont un élément clé des rapports de force mondiaux.

La Russie dispose, par exemple, d’un service d’information multimédia, Sputnik, lancé fin 2014 dans de nombreux pays, ainsi que d’une chaîne de télévision d’information continue RT (auparavant Russia Today) diffusant notamment en anglais et proposant un point de vue alternatif sur l’actualité internationale.

On notera d’ailleurs que des médias russes ont présenté début juillet la fin de l’Union européenne, amorcée par une sortie de la Grèce de la zone euro jugée inévitable voire même souhaitable.

Par exemple, l’agence Sputnik a publié un article le 13 juillet, intitulé "Beginning of the End: Collapse of Eurozone Has Started".

Main tendue

Le premier ministre grec Alexis Tsipras est allé à plusieurs reprises en Russie ces derniers mois. Selon Russia Today, dans un article paru le 30 janvier dernier, si la Grèce venait à demander un prêt à la Russie, Moscou n’excluait pas d’y répondre favorablement, selon le ministre russe des finances.

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Une question qui importe est cependant de savoir si le pays en a la capacité: force est de constater que la Russie fait face à une crise économique et fait face à une baisse sensible des prix des hydrocarbures (qui représentent une part importante du budget du pays). Sans compter le poids de la crise ukrainienne ou les sanctions de l’Union européenne à l’encontre de la Russie… Si le grand frère orthodoxe souhaitait tendre la main à la Grèce, en serait-il capable? La question mérite sans doute d’être posée.

Quant au référendum grec de juillet, le résultat était probablement en ligne avec ce qu’espérait le président russe: le "non" aux propositions faites à Athènes l’a emporté avec quelque 60% des suffrages. Mais le dossier grec étant encore très présent dans l’actualité et très frais, davantage de recul sera possible une fois les détails réglés.

La situation n’est pas simple…

La situation n’est pas simple, et l’est d’autant moins sous la pression implicite de l’aile gauche de Syriza et des résultats du référendum. En cas de remous, il pourrait y avoir des occasions pour le président Poutine de s’exprimer davantage.

La Russie n’aurait-elle pas à gagner d’un affaiblissement de l’Union européenne? Au-delà du dossier grec à proprement parler, il s’agit bien, au fond, du projet européen c’est-à-dire de l’avenir de l’Europe qui est en jeu.

* Voir "Offensive médiatique de la Chine et paradoxes du soft power chinois" dans L’Echo du 10 février 2015

Par Stéphanie Heng, chercheuse-doctorante. Pôle de recherches sur la Communication et les Médias (PReCoM) - Université Saint-Louis de Bruxelles.

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