chronique

Les premiers pas vers un soft power nord-coréen?

Stéphanie Heng

Visant principalement à faire l'apologie du régime et de son leader, force est de constater que les médias nord-coréens se modernisent dans leurs formes, mais également dans leur portée.

Dans un message de vœux présenté en français et diffusé dans une vidéo officielle de "La Voix de la Corée" il y a quelques jours (vidéo rediffusée récemment par Le Petit Journal sur la chaîne française Canal +), deux présentateurs nord-coréens mettent en exergue une situation et un avenir prometteurs pour le pays tout en présentant aux auditeurs francophones leurs vœux pour la nouvelle année.

Désignant les moyens mis en œuvre par des États dans le but de diffuser des messages s’appuyant sur des éléments notamment idéologiques, l’objectif du soft power est de développer une influence sur la scène internationale en s’appuyant, notamment, sur le pouvoir des médias de masse.

Divers pays ont mis en place, depuis de nombreuses années, des stratégies de communication internationale, s’appuyant sur des médias financés par l’État. La maîtrise des flux d’information au niveau international présente en effet une importance réelle en termes d’image pour les pays, mais également en matière de positionnement sur la scène mondiale et, de fait, d’influence géopolitique.

Plusieurs pays, y compris en Asie, ont ainsi compris les enjeux qui sous-tendent de telles stratégies (la Chine en est un exemple probant*). La Corée du Nord s’essaie-t-elle à un soft power via ses canaux médiatiques?

Un service de radiodiffusion internationale nord-coréen

Créé en 1945, le service de radiodiffusion nord-coréen "La Voix de la Corée" appartient à l’État nord-coréen. Véritable chaîne d’informations, diffusant aujourd’hui, en dehors du coréen, en plusieurs langues étrangères, dont l’anglais, l’allemand, l’espagnol ou encore le français, "La Voix de la Corée" cible ainsi de plus en plus les publics étrangers pour diffuser des messages favorables au régime nord-coréen.

©AFP

Le site reprend entre autres, je cite le site web, les "grandes réalisations sous la direction du maréchal Kim Jong Un", qui, je cite à nouveau, "conduit le peuple coréen à la victoire finale". L’objectif vise évidemment à redorer l’image du pays sur la scène internationale, à diffuser des messages favorables au régime.

D’autres canaux de communication sont utilisés par le gouvernement nord-coréen, comme par exemple l’agence centrale de presse nord-coréenne KCNA (Korean Central News Agency), dont les dépêches quotidiennes sont transmises non seulement en coréen mais également dans d’autres langues (en particulier l’anglais).

Une part importante des informations destinées à une audience internationale provient de cette agence. C’est d’ailleurs via cette agence officielle que la Corée du Nord a annoncé, le 6 janvier dernier, le succès de son premier lancement de bombe à hydrogène.

Modernisation progressive de la communication

Visant principalement à faire l’apologie du régime et de son leader, force est de constater que les médias nord-coréens se modernisent dans leurs formes, mais également dans leur portée. Les moyens techniques ont évolué et la couverture satellite s’est étendue à de nouveaux pays. KCTV (Korean Central Television) est ainsi aujourd’hui accessible sur plusieurs continents, dont l’Europe.

Visant principalement à faire l’apologie du régime et de son leader, force est de constater que les médias nord-coréens se modernisent dans leurs formes, mais également dans leur portée.

La modernisation de la communication du régime est également visible sur internet. Rodong Sinmun, le journal du parti unique, dispose depuis quelques années d’un site web. La portée des messages dépasse donc aujourd’hui largement les frontières nord-coréennes.

Si les efforts en matière de communication internationale sont réels, la visibilité, l’efficacité voire la cohérence et la crédibilité des messages du régime restent un autre débat…

Par Stéphanie Heng | Experte en communication, membre du PReCoM (Pôle de Recherches sur la Communication et les Médias) - Université Saint-Louis de Bruxelles.

* Lire L’Echo du 10/02/15 "Offensive médiatique de la Chine et paradoxes du soft power chinois"

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content