Même pas peur d'un dollar fort

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Fin juin, le taux de change dollar/euro s’établissait à 1,36. Début octobre, il tournait autour de 1,25, soit une baisse de 8% de la monnaie européenne par rapport à la devise américaine en un peu plus de trois mois.

Cette variation ne reste évidemment pas sans conséquence pour les entreprises américaines exportatrices. Le potentiel bénéficiaire des vendeurs américains, dont les bilans sont calculés en dollars, s’est amenuisé dans des proportions plus ou moins similaires. La fermeté du billet vert ne s’est pas limitée à l’euro, elle s’est généralisée contre toutes les monnaies (en particulier la livre sterling, le yen et un sommet historique vis-à-vis du rouble). Aussi, depuis peu les études de brokers américains consacrées à ce phénomène foisonnent. Elles vont à peu à peu près toutes dans le même sens, celui d’une réduction des estimations de bénéfices de sociétés américaines, proportionnelle à l’importance de leurs opérations hors USA, mais nuancée selon leurs activités. Les entreprises de haute technologie, principalement de l’information et communication (IT), de l’interconnexion et des réseaux informatiques pourraient compter au nombre des victimes potentielles d’un dollar fort. Si elles sont particulièrement exposées à l’international, elles disposent néanmoins d’armes pour se défendre, notamment et surtout la maitrise de ces technologies hypersophistiquées en évolution rapide et constante.

Princing power

Certaines de ces sociétés sont peu connues du grand public. C’est le cas de Extreme Networks (EXTR, NASDAQ), spécialiste des équipements Ethernet et de l’informatique en nuage (cloud). 30 à 35% de ses revenus proviennent d’Europe. Pour l’exercice 2015, un analyste a (légèrement) réduit ses estimations de chiffre d’affaires de 624 à 620 millions de dollars, et de bénéfice de USD 0,42 à 0,40 cents par action. Quant aux prévisions 2016, l’étude estime même inutile de les abaisser. Le taux de change aurait donc un impact finalement assez limité. L’exemple de EXTR paraît très représentatif, car si ce type d’entreprise semble exposé aux aléas des fluctuations monétaires, en revanche elle peut en minimaliser les effets par un "pricing power". Son avancée technologique la rend en effet difficilement contournable et lui permet d’augmenter ses prix en devises locales. Du moins tant que la concurrence ne l’aura pas rattrapée ou que des innovations plus pointues encore seront trouvées.

Bien d’autres "high tech" se retrouvent dans une position similaire. Par exemple, le fabricant de matériel informatique Western Digital (WDC, NASDAQ), mais sa place de leader avec 50% de parts de marché lui offre une certaine protection. On peut également citer Premier Global Services (PGI, NYSE), parmi les principaux fournisseurs mondiaux de solutions de conférence et de collaboration virtuelle, dont 38% des revenus sont générés hors USA. Également Garmin (GRMN, NASDAQ), leader mondial de la navigation GPS ou encore Harman Intl. (HAR, NASDAQ), spécialiste des équipements audio dont la moitié du chiffre d’affaires se réalise en Europe (pour bonne part avec les constructeurs d’automobiles allemands). En général, les analystes maintiennent leur conseil d’acheter les actions des secteurs mentionnés ci-dessus. Leur très haute spécialisation et la position dominante qu’elles occupent dans leur créneau constituent des atouts déterminants. De plus, nombre de ces entreprises pratiquent des stratégies de couverture en recourant aux marchés monétaires à terme. Les études mettent toutefois en garde contre l’accroissement de la volatilité de ces actions que les fluctuations de change pourraient entraîner.

Pas la première fois

 Depuis le début de la reprise économique en 2009, ce n’est pas la première fois qu’en raison de la fermeté du dollar des analystes se livrent aux pronostics d’une révision à la baisse des bénéfices des exportateurs américains. Jusqu’à présent, ces avertissements s’avérèrent vains, car les manifestations de force de la monnaie américaine furent passagères et n’eurent aucun impact durable. Cette fois-ci semble différente. On assiste en effet à un certain consensus sur la continuité d’un dollar fort, entretenu notamment par une remontée des taux déjà bien entamée et appelée sans doute à se poursuivre.

 

Jean-Claude Seynave

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