Offensive médiatique de la Chine et paradoxes du soft power chinois

Les chaînes de la télévision chinoise CCTV (China Central Television), faisant partie intégrante de la stratégie médiatique chinoise, ouvrent des bureaux un peu partout dans le monde. ©IMAGEGLOBE

La Chine est aujourd’hui de plus en plus couverte dans la presse internationale. Le modèle politique chinois fascine. Mais le pays effraie toujours autant qu’il ne suscite l’admiration.

En quelque trente ans, la Chine est devenue la première puissance économique mondiale, dépassant désormais les Etats-Unis.

La Chine bénéficie depuis quelques années d’une certaine aura naturelle: sa croissance économique et son dynamisme séduisent, en particulier, les pays en voie de développement, dont les entreprises chinoises construisent les infrastructures. Après avoir usé et abusé du hard power, axé essentiellement sur les capacités militaires, l’intimidation et centré sur le continent asiatique, la Chine tente désormais de soigner son image pour obtenir une reconnaissance internationale.

En lutte contre le soft power occidental

Pour lutter contre le soft power (puissance douce, dans les relations internationales) occidental, la Chine a lancé diverses initiatives. Les autorités chinoises ont ainsi et notamment décidé de limiter les films étrangers (vingt par an), également de subventionner les entreprises chinoises créant des produits culturels.

La Chine est passée à l’offensive en développant son propre soft power, basé sur la persuasion et l’attractivité. La politique médiatique globale de la Chine, vecteur essentiel de son soft power, contrôlée par l’État, vise précisément à renforcer l’image du pays hors de ses frontières, à influencer les diasporas chinoises mais également les perceptions à l’intérieur même des frontières chinoises.

Politique culturelle globale

Le succès du soft power provient tant de la réputation d’un pays que du flux d’informations entre les différents pays et acteurs de ces pays.

Les médias sont identifiés comme des sources principales de soft power. L’importance du soft power a été facilitée par la montée de la mondialisation. Les sources du soft power peuvent être "élevées" (destinées aux élites) ou "basses" (ciblant des publics plus larges). La stratégie de soft power de la Chine suit cette problématique et vise principalement à contrer les perceptions considérées comme étant parfois erronées de la réalité de la Chine, telles qu’elles sont régulièrement relayées par les médias étrangers (non-respect par la Chine des droits de l’homme, problèmes environnementaux, etc.).

Les chaînes de la télévision chinoise CCTV (China Central Television), faisant partie intégrante de la stratégie médiatique chinoise, ouvrent des bureaux un peu partout dans le monde. ©IMAGEGLOBE

L’influence chinoise passe également par une politique culturelle globale, à l’instar des Etats-Unis.

Dès 2004, quelques centaines de centres Confucius ont été ouverts dans le monde, afin de promouvoir la langue chinoise et la culture du pays à l’étranger. Mais ils sont parfois vus comme un outil de propagande du gouvernement chinois.

En 2007, Hu Jintao, secrétaire général du Parti communiste chinois et président de la République populaire de Chine, a déclaré que la Chine devait investir davantage dans sa faculté de soft power. Une offensive de charme de grande ampleur est lancée. Elle représente plusieurs milliards de dollars et couvre divers domaines: l’organisation d’événements internationaux comme les Jeux Olympiques de Pékin (2008), l’Exposition universelle de Shanghai (2010), ou plus récemment, la participation du pays avec d’autres pays émergents à un projet de création d’une future banque de développement.

Le soft power chinois passe également par un pouvoir d’attraction marchand: la capacité d’approvisionner le monde en produits manufacturés bon marché, ou encore la réalisation de grands projets d’infrastructure rapidement et à relativement faibles coûts et les programmes chinois d’aide à des pays notamment d’Afrique et d’Amérique latine.

La "public diplomacy" conduite par la Chine vis-à-vis des peuples étrangers s’est développée non seulement à travers diverses relations culturelles et des réseaux humains au sein des élites, mais également au travers des médias.

Coup d’accélérateur en 2009

L’offensive médiatique globale de la Chine monte en puissance à partir de 2009. La première campagne de publicité est lancée cette même année par le State Council (le gouvernement chinois) sur la défense du "made in China". Des spots publicitaires sont même présentés sur des chaînes internationales comme CNN ou la BBC.

Au total, le New York Times a estimé ce travail de "publicité extérieure" à près de 9 milliards de dollars (plus de 7 milliards d’euros) pour la seule année 2009-2010, dont une grande partie (45 milliards de yuans ou 5 milliards d’euros) uniquement consacrée aux médias.

La Chine a en effet décidé de lancer des médias internationaux pour contrer les principaux médias occidentaux tels que Bloomberg et CNN, et favoriser l’expansion des grands médias chinois. Une chaîne câblée d’information continue, a été conçue sur le modèle d’Al-Jazira. Il s’agit d’un très grand effort visant tant à améliorer l’efficacité de la communication de masse comme moyen de soft power de l’État qu’à lutter contre la domination internationale des médias occidentaux de langue anglaise.

L’enjeu de la pluralisation de l’information

Les médias font partie des rapports de force mondiaux. Via l’"infosphère", les autorités chinoises renforcent le poids médiatique et diplomatique du pays sur la scène internationale en tant que puissance émergente. Les principaux médias chinois (notamment la télévision CCTV, l’agence Xinhua et le "People’s Daily") ont reçu des sommes importantes pour améliorer l’image du pays auprès des opinions publiques.

La pluralisation de l’information représente un enjeu clé pour le positionnement de nouvelles puissances telles que la Chine sur la scène internationale. Cela contribue à une politique d’influence: aux actions proactives lancées par le gouvernement chinois au niveau international correspond également une volonté de créer, dans le territoire, une image plus docile.

L’offensive médiatique chinoise vers l’extérieur se décline sur tous les types de médias:

- Xinhua, une agence de presse globale

Extension du pouvoir chinois, l’agence Xinhua (anciennement l’Agence Chine nouvelle) développe sa contribution aux flux mondiaux d’informations. Elle est au centre de la stratégie de diplomatie publique chinoise. L’agence est désormais présente un peu partout dans le monde, y compris à Bruxelles.

- CCTV, la Télévision centrale de Chine

En 2010, une station de télévision de nouvelles en continu 24 h sur 24 (CNC, China Xinhua News Network Corporation) et une chaîne de télévision nationale sur Internet (CNTV) ont été lancées.

Les chaînes de la télévision chinoise CCTV (China Central Television), faisant partie intégrante de la stratégie médiatique chinoise, ouvrent des bureaux un peu partout dans le monde. Outre l’anglais, CCTV est déclinée en arabe, en français, mais également en espagnol et en russe.

L’information est devenue un pouvoir et les médias un outil de montée en puissance au niveau non seulement national mais surtout international des pays émergents. La tendance est au renversement progressif du déséquilibre entre le nord et le sud présent dans les années 1980 concernant l’information internationale.

- La presse écrite et la radio

La stratégique médiatique chinoise se décline également dans la presse écrite. Le Global Times, journal influent dans le domaine international, s’est vu doté d’une version en anglais.

Le réseau Radio Chine Internationale fait, lui aussi, partie de cette politique médiatique globale de la Chine dans un but de promouvoir la compréhension de la Chine dans le monde.

Droits de l’homme et censure

Programmes de soutien économique massif aux pays de l’Asie du sud-est et de l’Asie centrale, aide à la lutte contre le terrorisme international, multiplication des rencontres bilatérales… Et avec l’arrivée du président Xi Jinping en mars 2013, la Chine continue d’œuvrer vers une reconnaissance d’un rôle de superpuissance mondiale.

Mais les efforts de la Chine en matière de "public diplomacy" et de soft power sont torpillés par les questions de non-respect des droits de l’homme, y compris quand le gouvernement s’en prend à Internet. Un constat partagé par The Economist: "Si la Chine veut influencer le monde, elle a besoin de réfléchir aux valeurs qu’elle promeut sur son territoire national."

Un autre aspect important: la liberté de la presse est essentielle pour l’économie internationale, fondée sur la connaissance. Un État impliqué dans le commerce international, mais qui cache l’information, présente un avantage comparatif injustifié.

La censure pratiquée par les autorités chinoises a un impact au niveau international. La faible transparence des données communiquées par la Chine lors de négociations internationales contraste avec l’information qui lui est donnée par les partenaires occidentaux, créant un déséquilibre manifeste et un partenariat faussé.

Tout cela contribue évidemment à affaiblir les efforts chinois pour redorer l’image du pays à l’étranger.

Par Stéphanie Heng, chercheuse-doctorante - Pôle de Recherches sur la Communication et les Médias (PReCoM), Université Saint-Louis - Bruxelles.

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