Ombres et lumières du crowdfunding

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En raison du futur paysage bancaire en Europe, le crowdfunding continuera à croître. Et comme l'économie commence à reprendre, de plus en plus de PME vont avoir besoin de financement et se dirigeront vers le P2P, accroissant le besoin des prêts et investissements.

Les nouvelles et récentes régulations du secteur bancaire poussent les banques européennes à réduire la taille de leur bilan tout en accroissant leurs fonds propres. En conséquence, les PME (en particulier les jeunes) ont un accès de plus en plus limité au financement, puisque les banques se soucient actuellement plus de leur désendettement que de la quantité de fonds prêtés à l'économie. Cette situation n'est pas sans risque pour la reprise naissante de l'économie européenne, qui émerge de la récession.

L'équation posée aux régulateurs est délicate. D'une part, il est impératif de tout mettre en œuvre afin d'éviter un nouveau sauvetage bancaire financé par les contribuables, alors qu'il est fondamental, d'autre part, de fournir des ressources financières aux PME, moteur essentiel de la croissance et de l'innovation en Europe.

Si le tandem "banques-croissance" ne fonctionne pas efficacement, la solution est un arbitrage de la régulation. Il consiste en un déplacement du financement de l'économie réelle par les banques vers des institutions non-bancaires, également reprises sous le nom générique de "banques parallèles" (de l'anglais "shadow banks"), celles-ci étant assujetties à moins de régulations. Le Financial Stability Board (FSB), le garde-fou de la stabilité et des institutions financières, définit le système bancaire parallèle comme "le système d'intermédiation du crédit impliquant des entités et des activités extérieures au système bancaire régulier". Le terme "shadow" est péjoratif, vu l'impression d'opacité qu'il donne, de même que les produits CDO avant 2008. Aujourd'hui, les "investment trusts" chinois soulèvent des inquiétudes parmi les régulateurs mondiaux.

Plateformes

Malgré sa mauvaise réputation, le système bancaire parallèle, s'il est utilisé et régulé correctement, fournit des bénéfices significatifs à l'économie réelle. Un domaine important de ce système est le prêt "pair-à-pair" (peer-to-peer ou P2P).

Il s'agit d'une forme de finance participative (ou de "crowdfunding") liant les déposants avec des individus ou des sociétés cherchant à emprunter. Le prêt "P2P" a débuté aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne vers 2005, en s'étendant vite à d'autres pays.

La Belgique n'est pas restée étrangère à ces progrès financiers (lire aussi L'Echo du 17 août). Look & Fin, MyFirstCompany et MyMicroInvest sont trois exemples. Ces sociétés agissent comme des plateformes intermédiaires entre prêteurs et emprunteurs, mais avec des cibles différentes. Look & Fin fonctionne sur base de prêts: les prêteurs prêtent à des jeunes sociétés - ayant un bilan sain - en retour d'intérêts. Au contraire, MyFirstCompany (qui n'accepte plus de projets, NDLR) et MyMicroInvest fonctionnent sur base d'investissements dans les fonds propres des start-ups, les prêteurs devenant ainsi actionnaires.

Bien que les bénéfices de ces activités soient clairs, celles-ci sont encore en demi-teinte. Premièrement, les prêts et les investissements restent non garantis, sans collatéraux ou protection gouvernementale. En d'autres termes, si une entreprise fait faillite, l'investisseur ou le prêteur perd tout. Deuxièmement, dans le cas des prêts P2P, l'échéance se situe souvent entre 3 et 5 ans. Les crédits sont très peu liquides, le manque de marché secondaire les rend presque inéchangeables. Troisièmement, les plateformes ne prennent aucun risque ni aucune responsabilité. Comme elles ne gardent pas les fonds, elles n'agissent pas comme des courtiers ou des caisses de trésorerie. Enfin, il y a un risque que l'évaluation des emprunteurs faite par les intermédiaires ne reflète pas la performance future. L'importance de ces inconvénients dépend de l'appétit pour le risque des prêteurs et investisseurs, les sociétés P2P actives ayant le feu vert de la FSMA.

Innovation financière

En raison du futur paysage bancaire en Europe, le crowdfunding continuera à croître. Et comme l'économie commence à reprendre, de plus en plus de PME vont avoir besoin de financement et se dirigeront vers le P2P, accroissant le besoin des prêts et investissements. Dès le moment où cette croissance sera trop rapide pour les petits prêteurs, les investisseurs institutionnels et publics rentreront dans le marché.

En effet, en Grande-Bretagne, la banque espagnole Santander envisage un rapprochement avec Funding Circle pour financer des prêts P2P. Aux Etats-Unis, ce canal de financement alternatif a connu une croissance telle que les crédits sont échangés sur un marché secondaire à travers une contrepartie centrale. Ces tendances seront également observées en Belgique.

Les mêmes besoins d'innovation financière seront nécessaires. Les banques et autres institutions financières vont intervenir, offrant des investissements et des prêts plus liquides (soit par une maturité plus courte ou par un marché secondaire). Cette croissance du système bancaire parallèle appelle naturellement à une régulation stricte. Il est dès lors primordial pour la FSMA de garder un œil vigilant sur ce développement.

David Veredas

Professeur de Finance quantitative

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