chronique

Quelles perspectives pour les relations entre l'UE et l'Otan après l'élection de Trump?

Stéphanie Heng

Tant qu'il existe un ennemi commun (Daech), il existe une certaine unité au sein de l'Union, mais quid de l'après-Daech ?

Force est de constater que Donald Trump, qui prendra ses fonctions à son investiture le 20 janvier prochain, dispose d’une certaine méconnaissance de l’importance de l’Otan vis-à-vis du sujet européen en particulier. Il existe pourtant un lien d’intérêt et d’amitié, un lien social et politique fort entre l’UE et les Etats-Unis. UE et Otan doivent dès lors être envisagées dans une même perspective.

Certains propos du futur 45e président américain sur l’Otan ont suscité nombre de craintes et préoccupations dans l’UE. Il avait notamment qualifié, il y a quelques mois, l’Alliance atlantique d’"obsolète".

Une diminution de l’investissement des Etats-Unis voire une fin d’investissement (pour rappel, les Etats-Unis contribuent à hauteur de près de trois quarts des dépenses de l’Otan), ou un rôle moins important de l’Otan ne seraient pas souhaitables.

Bref, et comme l’a récemment rappelé le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg à Donald Trump, l’Alliance atlantique, qui unit les Etats-Unis et l’Europe depuis 1949, a un rôle important. Plusieurs dirigeants européens ont, encore très récemment, eux aussi rappelé l’importance de l’Otan. Mais l’UE doit également s’adapter, évoluer dans un contexte de plus en plus difficile et terni par la menace terroriste.

Définir une politique commune de l’Union européenne en matière de prévention des conflits.

Transformer l’ADN européen

Si à ce stade, il n’est pas possible de parler d’une réelle politique commune de l’UE en matière de prévention des conflits, force est de constater que des efforts ont été faits ces dernières années et notamment par la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. L’objectif est de transformer l’"ADN" européen, de l’adapter dans le but de mettre les questions de défense, y compris la défense européenne aux frontières de l’UE, à l’ordre du jour. Cet objectif peut apparaître aujourd’hui comme une nécessité tant les peuples qui constituent l’UE placent les préoccupations sécuritaires au cœur des enjeux actuels et futurs.

Tant qu'il existe un ennemi commun (Daech), il existe une certaine unité au sein de l'Union, mais quid de l'après-Daech?

Un point essentiel est de s’assurer que l’Union européenne, en tant que communauté de nations, adopte une approche commune. Des problématiques telles que l’après-Daech doivent être pensées au niveau européen, de manière concertée. L’Europe doit parler d’une seule voix.

Le Service européen pour l’action Extérieure (SEAE) est ainsi appelé à devenir un véritable interlocuteur en matière de politique extérieure de l’Union et de stratégie de défense commune. Tant qu’il existe un ennemi commun (Daech), il existe une certaine unité au sein de l’Union, mais quid de l’après-Daech?

Et comment aider des peuples, notamment ceux d’Irak et de Syrie, à gérer les suites des actions lancées par les coalitions? L’UE aura un rôle nécessaire à jouer dans la reconstruction de ces Etats durement éprouvés et devra participer à la mise en place réfléchie et adaptée d’un processus démocratique.

Des actions conjointes entre les Etats-Unis et l’UE devront également être envisagées pour gérer la dissémination des foyers terroristes qui découleront immanquablement de l’anéantissement du califat. Point certes difficile mais essentiel: il faut renforcer toutes les coopérations dans le renseignement.

Une collaboration entre l’Union et les Etats-Unis sur ce type de dossiers est primordiale, mais pas seulement. D’autres questions deviennent de plus en plus sensibles, notamment celle de la Russie. La Pologne et les pays baltes s’inquiètent de la politique internationale menée par leur voisin russe.

La réunion des chefs d’Etats européens en décembre devra clairement se saisir du dossier de la défense. Et, dans quelle mesure Donald Trump pourra-t-il ou voudra-t-il négocier avec Vladimir Poutine? Cette négociation ne risque-t-elle pas de menacer nos intérêts européens en générant par exemple une divergence de vues entre les pays du flanc est et ceux du flanc sud?

Par Stéphanie Heng,
Politologue franco-belge, Commandant de la Réserve citoyenne de défense et de sécurité - Armée de Terre (France)

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