Améliorer la force d'intervention de la politique monétaire

Des taux d’inflation plus élevés engendreraient une série d’inconvénients. Pourtant, quand Olivier Blanchard (FMI) a proposé un objectif de taux d'inflation à 4%, il avait de bons arguments. Analyse par Bernard Delbecque, professeur d'économie à l'UCL.

Ne faudrait-il pas que les banques centrales se donnent un objectif de taux d’inflation de 4 pour cent pour pouvoir mieux faire face à la prochaine crise économique grave? En posant cette question, Olivier Blanchard, l’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), avait lancé un débat qui avait surpris tous les observateurs avertis.

Cet événement confirme l’évolution du FMI depuis l’arrivée de Dominique Strauss-Kahn à sa tête. Même si la question posée par Blanchard n’engage pas officiellement le FMI, il est clair que Strauss-Kahn a autorisé son éminent économiste à lancer son idée. Que faut-il en penser?

Surprenant… mais réfléchi

Une révision à la hausse de l’objectif d’inflation se répercuterait immédiatement sur les taux d’intérêt. Même si cela peut paraître surprenant à première vue, c’est précisément l’effet recherché par Blanchard. En effet, avec des taux d’intérêt plus hauts, les banques centrales disposeraient d’une marge de manœuvre plus importante pour les réduire à l’avenir pour soutenir l’activité économique en cas de besoin. De fait, en période d’inflation très basse et de taux d’intérêt correspondant peu élevés, la baisse maximale des taux d’intérêt nominaux est limitée étant donné que ceux-ci ne peuvent pas descendre en dessous de zéro. C’est cette contrainte qui inquiète Blanchard parce qu’elle limite l’efficacité de la politique monétaire et contraint par conséquent les gouvernements à laisser filer les déficits budgétaires en période de récession.

Blanchard est le premier à reconnaître que des taux d’inflation plus élevés engendraient une série d’inconvénients. L’inflation représente en effet une taxe qui crée des distorsions notamment en raison de la non-indexation des barèmes fiscaux.

Par ailleurs, un taux d’inflation plus élevé pourrait encourager un plus grand nombre de pays d’adopter un mécanisme d’indexation automatique des salaires. En général, un tel mécanisme n’est pas bien vu par les économistes parce qu’il limite la flexibilité des salaires réels et amplifie l’inflation en période d’augmentation importante des prix des matières premières.

Enfin, la victoire sur l’inflation n’est pas venue sans peine. Il faudrait donc éviter que les marchés financiers, les entreprises et les ménages ne perdent confiance dans la détermination des banques centrales de respecter la nouvelle limite retenue pour le taux d’inflation.

Trichet n’avait pas le choix

Jean-Claude Trichet n’avait pas tardé à rejeter la proposition de Blanchard en évoquant le renchérissement du coût du crédit et la perte de crédibilité dont souffrirait la Banque centrale européenne (BCE). Trichet pouvait difficilement réagir autrement à un moment où le retour de la croissance économique n’est pas encore assuré en Europe.

Si les marchés devaient douter de sa résolution à maintenir l’inflation en dessous de 2 pour cent à moyen terme, les taux d’intérêt à long terme augmenteraient aussi tôt, ce qui compliquerait davantage la sortie de crise.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne faille pas prendre au sérieux les réflexions de Blanchard. C’est l’un des économistes les plus brillants de sa génération, qui a derrière lui une longue carrière académique au célèbre Massachussetts Institute of Technology de Boston. Force est de reconnaître avec lui que l’économie mondiale est soumise à des chocs importants de plus en plus fréquents.

Par ailleurs, une pandémie ou une attaque terroriste majeure pourraient entraîner de graves incertitudes et une nouvelle récession. Si cela devait se produire dans les années à venir, compte tenu de la hausse très importante récente des déficits budgétaires et des dettes publiques, les pays industrialisés ne disposeraient plus que de marges de manœuvre très limitées pour soutenir l’activité économique sans provoquer une nouvelle explosion de la dette publique.

Les incontournables

Ces observations fournissent une raison supplémentaire pour que les gouvernements s’engagent résolument dans une politique de réduction des déficits budgétaires afin de pouvoir laisser jouer les stabilisateurs automatiques lorsque l’économie mondiale entrera à nouveau dans une période de ralentissement conjoncturel. Elles justifient également que les banques centrales examinent comment elles agiront à l’avenir pour contrecarrer la prochaine récession étant donné que les gouvernements ne pourront plus laisser filer les déficits budgétaires comme ils l’ont fait en 2009. Pour ce faire, elles devraient notamment comparer les effets de deux stratégies: celle qui consisterait à recourir à des mesures comparables à celles prises depuis 2007 pour juguler la crise actuelle, et celle qui consisterait à suivre la recommandation de Blanchard afin de pouvoir recourir à des baisses de taux d’intérêt plus fortes en cas de besoin.

Trop souvent dans le passé on a critiqué le FMI pour avoir été complaisant par rapport aux déséquilibres et aux risques menaçant l’économie mondiale. Cette fois-ci, on ne pourra pas lui reprocher d’avoir lancé un avertissement in tempore non suspecto.


Bernard Delbecque, UCL

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés