Bernard Delbecque sur les scénarios de sortie de la zone euro

Et si la Grèce décidait de sortir de la zone euro? Ou si elle y était forcée? Bernard Delbecque, professeur d'économie à l'UCL envisage les différentes possibilités qui pourraient émailler l'avenir de la Grèce.

Certains observateurs continuent de penser que la Grèce devrait quitter la zone euro, ou pourrait être forcée de le faire, pour retrouver plus facilement le chemin de la croissance. Ce raisonnement s’oppose à la logique qui a présidé à la création de la zone euro, à savoir assurer la pérennité de la stabilité monétaire. Cela étant, la situation difficile dans laquelle se trouve aujourd’hui la Grèce justifie d’examiner les circonstances éventuelles qui pourraient conduire à sa sortie de la zone euro.

Un retour en arrière n’est pas inutile pour planter le décor. L’histoire du Système monétaire européen (SME) a été émaillée de nombreuses dévaluations. En général, ces dévaluations étaient prises à l’initiative des pays concernés pour redresser leur compétitivité. La dévaluation du franc belge en 1982 suivit cette approche. Dans d’autres cas, ce sont les marchés financiers qui forcèrent certains pays à dévaluer leur monnaie, ou à quitter le SME.

On se souviendra notamment des attaques spéculatives menées par George Soros, qui poussèrent la livre sterling hors du SME en septembre1992. Cette victoire sur la Banque d’Angleterre révéla la vulnérabilité des régimes de taux de change fixe et déboucha sur une période d’instabilité monétaire qui culmina avec la crise asiatique en 1997.

Cette crise força de nombreux pays à adopter un taux de change flottant; elle confirma également le bien-fondé du projet d’union monétaire européenne. Comment se fait-il dès lors que l’hypothèse d’une sortie de la Grèce de la zone euro soit envisagée comme une conséquence possible de la crise actuelle? Est-ce que la protection offerte par l’union monétaire est imparfaite?

Trop de pressions

Les événements des derniers mois ont montré que la zone euro n’immunise pas complètement ses membres contre la pression des marchés financiers sur lesquels ils doivent emprunter. Plus les investisseurs doutent de la capacité des pays de les rembourser, plus ils exigent des primes de risque élevées. Comme il y a une limite aux taux d’intérêt auxquels un pays peut raisonnablement emprunter, il y a un moment où la pression des marchés s’apparente à une attaque spéculative.

La Grèce s’est retrouvée dans cette situation il y a quelques semaines, et sans le soutien de ses partenaires européens, elle aurait été contrainte d’arrêter de servir sa dette. En s’accordant sur un plan d’aide à la Grèce ainsi que sur un mécanisme européen de stabilisation financière, les responsables européens ont donc confirmé leur volonté de protéger les pays membres contre les attaques spéculatives.

Sortie volontaire

Cela ne garantit toutefois pas que la Grèce ne finira pas par sortir de la zone euro. En effet, son gouvernement pourrait décider de sortir pour éviter une longue période de déflation. Ce serait une opération très difficile à réaliser, qui impliquerait sans doute la conversion forcée en drachme de tous les comptes bancaires, des dettes et des avoirs financiers, et des salaires et des prix. La mesure pourrait être étendue aux dettes contractées auprès d’investisseurs étrangers pour réduire le fardeau de la dette, quand bien même cela poserait des problèmes juridiques majeurs. Même si la perspective d’un retour plus rapide à une croissance positive pourrait être attrayante, il semble peu probable que les autorités grecques empruntent cette voie volontairement étant donné que cette décision représenterait un terrible retour en arrière pour la Grèce.

Départ forcé

Un autre scénario de crise pourrait voir le jour si le gouvernement grec ne parvient pas à tenir le cap de la rigueur budgétaire. Dans ce cas, on pourrait assister à des sorties massives des dépôts bancaires. Cette situation placerait une nouvelle fois la BCE devant un choix difficile: prêter aux banques grecques la liquidité nécessaire pour rembourser en espèces leurs clients ou fermer le robinet du crédit.

La première solution (des prêts de la BCE aux banques) permettrait d’arrêter l’hémorragie tout créant de nouveaux risques pour la BCE. La deuxième solution, l’arrêt des crédits, signerait l’arrêt de sortie de la Grèce de la zone euro et la faillite du système bancaire grec. Elle provoquerait aussi un mouvement de panique dans d’autres pays de la zone euro et des pertes importantes pour de nombreuses banques, fonds de pension et compagnie d’assurance. Ce serait une décision en dernier ressort que la BCE ne pourrait prendre que si elle était convaincue de la mauvaise volonté des autorités grecques et de leur incapacité à redresser leur économie.

En conclusion, plusieurs batailles ont été gagnées par les responsables européens au cours des dernières semaines, mais la tempête n’est pas encore terminée. Même si on a atteint la limite des efforts budgétaires que les États sont prêts à consentir pour défendre la zone euro, la BCE dispose encore de moyens supplémentaires pour aider les pays membres. La Grèce devrait donc pouvoir rester dans la zone euro à condition toutefois de pouvoir résister à la tentation du saut dans l’inconnu ainsi qu’à la pression de la rue.

 

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