Combien de temps la Grèce va-t-elle encore jouer la partition européenne?

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On a l’impression d’avoir vécu une grande pièce de théâtre ces derniers jours, en ce qui concerne la politique européenne.

On a rarement écrit autant sur un sujet que celui de la Grèce et de ses dissensions avec l’Europe. Des médias spécialisés se sont mêmes créés autour de cette thématique. Et ce à raison, le sujet est d’importance.

Jusqu’à il y a quelques jours, toutes les possibilités étaient ouvertes, mais bon nombre de commentateurs avaient pronostiqué que l’accord, déjà dénommé accord de Bruxelles, ne se ferait pas… pour se conclure quand même. Le taux de référence des obligations grecques à 10 ans, qui avait dépassé les 11% le 25 janvier, s’est mis à refluer comme si les marchés avaient, eux, davantage de clairvoyance.

Depuis lors, tout ou presque semble rentré dans l’ordre. Chaque partie ou presque semble en apparence satisfaite. Mais aurait-il pu en être autrement? Un échec aurait coûté, aux Grecs et à l’Europe, beaucoup trop cher. Il n’était pas possible que la bande Tsipras et Varoufakis ne joue pas du tout en harmonie avec "l’Hymne à la joie".

Dire "oui" en pensant "non"

Syriza a été élu à une quasi-majorité. L’essentiel de cette majorité ne désirait pas un clash avec l’Union européenne. Ils ont donc dû présenter des solutions acceptables au maître de musique, dont la première fut rejetée et la seconde acceptée du bout des lèvres.

Express

On a l’impression d’avoir vécu une grande pièce de théâtre ces derniers jours en ce qui concerne la politique européenne.

Depuis l’accord trouvé entre la Grèce et la zone euro, tout ou presque semble être rentré dans l’ordre. Chaque partie ou presque semble en apparence satisfaite.

Mais combien de temps la Grèce sera-t-elle prête à jouer selon les canons de la musique néoclassique?

Le gouvernement grec se prépare à un "auto-Grexit" qui n’est pas "pricé" par les marchés.

Ils ont fait comme si l’Europe était démocratique, ils ont fait comme si leur parti nouvellement élu allait être considéré comme acceptable par le reste de l’Europe. Ils ont ainsi pu démontrer, à leur électorat, que les Draghi, Merkel, Schauble et autre Lagarde étaient bien décidés à continuer à mener la vie dure à leur pays.

Ces derniers n’ont néanmoins pas osé claquer définitivement la porte à la Grèce, ils ont accepté la liste de réformes proposées par le gouvernement grec à contre cœur, disant "oui" mais pensant "non", craignant les conséquences d’un refus catégorique.

Subir les "Men in black"

Varoufakis a eu la maestria de présenter une partition qui tout en suivant le tempo du programme de Thessalonique pouvait paraître douce ou à tout le moins ne pas trop écorcher les oreilles des professeurs du conservatoire. Combinant une mélopée populaire à la rigueur du chant lyrique. On peut même se demander si les hurlements discordants de l’aile gauche de leur parti ne faisaient pas partie de leur musicographie. Mais combien de temps ce nouveau groupe sera-t-il prêt à jouer selon les canons de la musique néoclassique?

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Même si Varoufakis, s’improvisant chef d’orchestre réussissait l’exploit de maintenir un surplus primaire de 4,5% et galvanisant son chœur obtenait de lui une croissance de 3% à rythme constant et annuel, il ne faudrait, à la Grèce, pas moins de 15 ans pour retrouver le "la" de la partition maastrichtienne, les fameux 60% du ratio dette sur PNB.

Même si Varoufakis réussissait l’exploit de maintenir un surplus primaire de 4,5% et obtenait une croissance de 3%, à rythme constant et annuel, il ne faudrait à la Grèce pas moins de 15 ans pour retrouver le "la" de la partition maastrichtienne.

Quinze ans pendant lesquels les Grecs seraient, trimestre après trimestre, soumis à contrôles, évaluations et notations. Quinze ans de plus à subir peut-être davantage les "Men in black", mais aussi des atteintes à leur souveraineté et leur dignité. Cela n’est tout simplement pas imaginable, Syriza ne sera vraisemblablement plus au pouvoir à cette échéance.

Les "New Kids on the Block" rêvent de jouer leur propre musique et de se défaire du maître von Karajan. Le groupe Tsipras & Varoufakis envisage donc plus que certainement d’adapter rapidement leur répertoire et d’effacer la note euro de leur papier à musique. Le gouvernement se prépare donc à un "auto-Grexit" et ceci n’est pas "pricé" par les marchés.

Par François Licoppe, CEO Eubage Laboratory.

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