Comment sauver le web du spectre de l'implosion?

©Gerard Til / Hollandse Hoogte/Hollandse Hoogte

Des experts du monde entier étaient récemment rassemblés à Londres pour discuter du fameux problème de capacité de l’internet.

À peu près au même moment, le Professeur Andrew Ellis de la Aston University de Birmingham signalait que d’ici huit ans nous aurions atteint la capacité maximale de notre internet. Et je crains qu’il n’ait raison. Tout simplement parce que les opérateurs de télécommunications disposent de peu de moyens pour maintenir à moyen terme l’autoroute numérique à un niveau performant. Nous devons donc réfléchir d’urgence à des moyens financiers alternatifs pour le secteur.

Prenons au hasard une soirée à Bruxelles: des dizaines de milliers d’habitants communiquent via leur smartphone et regardent leurs séries favorites sur leur tablette. Sans oublier, le concert d’un groupe mondialement connu: des milliers de fans sont en train de filmer le groupe pour télécharger leur vidéo sur les réseaux sociaux. Le flux d’informations transitant sur internet au cours de cette soirée est gigantesque. Ainsi, une étude réalisée par Idate a montré que le trafic des données serait multiplié par onze d’ici 2020 en raison du nombre sans cesse croissant de vidéos téléchargées sur le net.

La saturation menace

"Je suis persuadé que la perception de la valeur de notre internet serait tout autre si tout à coup nous nous retrouvions sans Facebook pendant 24 heures."

En outre, notre consommation mondiale de données double tous les deux ans. Si nous voulons que les autoroutes numériques puissent résister à cette hausse exponentielle, nous devons prévoir de continuer à investir dans les réseaux de câbles et de fibres optiques ainsi que dans les réseaux mobiles. Mais, nous n’en avons pas les moyens. Les opérateurs de télécommunications voient leurs revenus régresser d’année en année. Si rien n’est fait pour remédier à ce problème, il ne faudra pas huit ans pour que notre internet soit saturé.

Or les entreprises qui ont fondé leurs activités sur l’internet gagnent des fortunes avec l’économie numérique. La valeur en capital des économies collaboratives innovantes telles que Uber et Airbnb s’est multipliée au cours de ces dernières années. Leur rétribution aux opérateurs qui construisent, exploitent et entretiennent le réseau, est une goutte d’eau par rapport au chiffre d’affaires réalisé par ces entreprises.

©Gerard Til / Hollandse Hoogte/Hollandse Hoogte

La raison principale est qu’aucune règle n’a été fixée pour les entreprises qui utilisent l’internet pour commercialiser leurs produits et services, ni d’ailleurs aucune forme de rémunération. Ce qui contraste grandement avec tous les autres services d’approvisionnement, tels que la fourniture d’eau, de gaz et d’électricité, pour lesquels de telles règles existent bel et bien.

Si nous voulons qu’internet demeure stable et performant, il est grand temps que nous recherchions des formes alternatives de financement pour les opérateurs qui doivent construire et gérer le réseau. Hélas, en ces temps d’hyperconsommation, nous ne réalisons que trop peu l’importance d’un réseau performant et à quel point notre participation financière est faible. Une étude réalisée en Suisse a montré que les ménages étaient prêts à dépenser jusqu’à un cinquième de leurs revenus pour leurs communications. Actuellement, il ne s’agit en Europe que d’une fraction. Je suis persuadé que la perception de la valeur de notre internet serait tout autre si tout à coup nous nous retrouvions sans Facebook pendant 24 heures.

L’exemple américain

Je comprends que ni l’Europe, ni les gouvernements locaux ne souhaitent défendre l’idée de l’augmentation des tarifs des télécommunications car d’un point de vue électoral, ce genre d’affirmation ne passe pas.

La guerre impitoyable des prix, soutenue par les pouvoirs publics nationaux et européens a été bénéfique pour les consommateurs mais a été faite au détriment des opérateurs et de leur capacité d’investissement dans le futur. Prenons l’exemple des Etats-Unis: les prix qui y sont pratiqués sont quatre à cinq fois plus élevés, la législation y est moins stricte et, par conséquent, davantage de moyens financiers sont disponibles pour les investissements sans porter atteinte à la neutralité du net.

Comment éviter dès lors que notre internet ne sature et ne crashe? La technologie peut nous y aider, notamment grâce à l’implémentation du fameux Software-Defined Networks qui permet de surveiller le réseau de manière centralisée et ainsi de détecter tout problème de capacité du réseau. En outre, nous allons devoir envisager d’introduire des restrictions de téléchargement sur internet, associées à différentes catégories de prix. Mais il est avant tout essentiel de mettre en œuvre des mesures permettant aux opérateurs d’investir dans l’augmentation de la capacité du net et de recouvrer suffisamment leurs investissements.

Il est clair qu’il faut trouver rapidement des solutions pour éviter le spectre d’une implosion du web à l’échelle mondiale. Et il est grand temps de s’y mettre!

Par François Barrault, Président d'Idate, Institut de l'audiovisuel et des Télécommunications en Europe.

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