Du courage et un leadership fort

Luc De Bruyckere

Pour reprendre un cliché gros comme une maison: les élections fédérales ont provoqué un séisme politique en Flandre. Certains le redoutaient, d’autres l’appelaient de leurs vœux. En Flandre, en tout cas, on a conscience depuis longtemps que les choses doivent changer.

par Luc De Bruyckere, président du Voka, la fédération patronale flamande

Notre société est devenue vulnérable. Sur le plan socio-économique, une redistribution des cartes s’impose. Il faut, de toute urgence, procéder à une série d’interventions structurelles pour s’attaquer aux handicaps fondamentaux de notre pays: la perte de compétitivité, les performances médiocres du marché de l’emploi, le déficit budgétaire et le financement des pensions. Le modèle de société même de la Belgique demande à être revu en profondeur. Et si ces exemples prouvent bien une chose, c’est que les problèmes pointés ici n’ont pas été gérés.

C’est nécessaire

Et cela explique en grande partie l’issue du scrutin: la nécessité de prendre des mesures drastiques, combinée à la déception engendrée par l’immobilisme de ces trois dernières années.

Le courant politique de fond qui grandissait depuis des années s’est exprimé ouvertement lors de ces élections fédérales. Je l’avais dit à maintes reprises à mes collègues francophones et je le répète: de plus en plus de Flamands modérés se radicalisent.

L’électeur s’est prononcé à présent, le résultat du scrutin est clair. Il offre l’avantage d’être sans équivoque. La Flandre a voté pour le changement. Et je me réjouis de constater qu’Elio Di Rupo a entendu le signal, d’emblée. Le bilan de la première semaine qui a suivi les élections me donne d’ailleurs bon espoir. En dépit des programmes et visions idéologiques divergents, en effet, les protagonistes s’avèrent au moins capables de travailler dans un climat de confiance.

Et il y a urgence en la matière. Car, même si les rapports politiques sont modifiés, les problèmes, eux, sont restés les mêmes. Ils sont énormes, comme ils l’étaient déjà il y a trois ans. Le problème le plus crucial de notre pays? Son modèle entrepreneurial obsolète qui date encore des années 50-60 du siècle passé. Ses caractéristiques? Toute une carrière de travail au service du même employeur, accroissement massif de la productivité passant par le remplacement du travail par le capital, protection sociale sans responsabilisation suffisante, appareil étatique développé, mais inefficient.

Le modèle a bien fonctionné pendant un temps, mais il n’offre plus de réponse aux grands défis d’aujourd’hui. Autrement dit, à défaut d’un nouveau modèle entrepreneurial, il nous sera impossible de nous mesurer aux pays les plus performants de l’Union monétaire européenne. Des pays où orthodoxie budgétaire, flexibilité des conditions salariales et de travail, développement des compétences, allongement du temps de travail et amélioration drastique de l’efficacité publique sont aujourd’hui à l’ordre du jour.

Quatre objectifs

Les nouveaux leaders de notre pays se doivent de trouver une réponse aux quatre grands thèmes que voici:

Premièrement, il faut restaurer la compétitivité des entreprises. Il est de notoriété publique qu’en termes de coûts salariaux, nous accusons par rapport à nos pays voisins un handicap de 11 pour cent et que notre taux d’occupation, de 62%, est beaucoup trop faible. Nous devons implémenter un nouveau modèle de carrière, basé sur la "flexicurité". Autrement dit, en combinant disponibilité et mobilité, nous pourrons donner du travail à beaucoup plus de citoyens. Il nous faudra en même temps réformer l’impôt des sociétés et le rendre compétitif à l’échelle internationale.

Deuxièmement, il faut rétablir l’équilibre budgétaire. Or, au cours de cette dernière campagne électorale, l’assainissement des finances publiques en Wallonie n’a pour ainsi dire pas été abordé. Ce constat est inquiétant. Sous la nouvelle législature, en effet, il faudra réaliser des économies structurelles de l’ordre de 4 à 5 milliards d’euros par an, si l’on veut atteindre, d’ici à 2015, les 20,2 milliards d’euros d’économies fixés par le Bureau du Plan.

Troisièmement, il faut examiner à fond le dossier des pensions. Toute la clarté doit être faite sur le financement et la constitution des pensions. Les choix à opérer doivent préserver la génération à venir des effets de la politique à court terme pratiquée par la génération actuelle. D’ailleurs, Voka a formulé, en la matière, une série de recommandations. Ainsi, nous optons clairement pour le développement du deuxième pilier et pour la pension complémentaire comme garants de la prospérité. Il est temps également d’aligner davantage le régime des pensions des fonctionnaires sur celui des travailleurs.

Tous ces défis ne pourront être relevés que moyennant une réforme profonde des institutions. Une réforme de l’État qui améliorera drastiquement l’efficacité de l’appareil public, qui responsabilisera les Régions financièrement et fiscalement et qui, enfin, homogénéisera aussi les compétences.

J’ai conscience qu’il s’agit là d’un programme particulièrement ambitieux: rétablir la compétitivité, assainir les finances publiques, sauvegarder notre sécurité sociale, implémenter la réforme de l‘État… Pour réaliser ce programme, nous recherchons une coalition de braves; c’est-à-dire une coalition de leaders responsables qui sont foncièrement préoccupés par l’avenir de nos régions. Des leaders, intègres et raisonnables, qui opteront pour le changement avec courage et énergie. Et je ne vise pas seulement les politiques, mais aussi les employeurs, les syndicats et les leaders d’opinion.

Seul un changement courageux nous assurera un avenir à long terme. En tant qu’entrepreneur, je suis convaincu que ces choix nous permettront de réaliser notre objectif ambitieux qui est de redevenir une région de premier plan en Europe, offrant prospérité aux entreprises et à ses citoyens.

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