chronique

Faites de l'école une méritocratie

il faut récompenser les meilleurs "role models", les professeurs les plus créatifs, les directeurs les plus inspirés, et les éducateurs les plus innovateurs.

Méritocratie: société où le statut social est défini par les performances et les capacités des individus, et non par leur origine ethnique ou leur fortune.

"Qu’est-ce qui caractérise une bonne école?" Posez cette question en société, et vous obtiendrez souvent la même réponse.

Les critères importants cités le plus fréquemment sont le taux de réussite à l’université des anciens élèves, ou le pourcentage de ceux ayant réussi dans le monde des affaires. Pour nous, ce sont des écoles élitistes. Dans la pratique, ce sont des établissements scolaires qui excellent dans l’art d’attirer et de sélectionner les élèves les plus doués.

Les enfants qui proviennent d’un milieu aisé et dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur obtiendront souvent de bons résultats scolaires. Ainsi, il ne sera guère difficile de préparer un fils d’avocat à faire des études universitaires. Il dispose de nombreux "role models", d’un environnement stimulant, et de moyens financiers adéquats.

La Belgique mal classée

La situation est très différente quand il s’agit d’améliorer les performances des enfants plus "faibles". Préparer aux études supérieures une fille de migrants peu scolarisés est beaucoup plus compliqué.

Aujourd’hui, la Belgique est particulièrement mal classée dans le domaine de la formation des enfants issus de familles d’immigrés. Le fossé qui sépare les Belges autochtones et les migrants de troisième génération est le plus important de tous les pays de l’OCDE. Le nombre de jeunes qui terminent leurs études sans qualification est alarmant.

Il est hallucinant de constater que les progrès des élèves ne soient aucunement pris en compte dans le financement des écoles.

Pour beaucoup d’établissements "élitistes", il est aisé de sélectionner les meilleurs éléments, de laisser partir les élèves plus difficiles, pour enfin se targuer d’être d’"excellentes" écoles. En fait, ce ne sont plus des écoles, mais des entreprises de sélection. Une véritable école de qualité réussit à améliorer les performances de tous les élèves – faibles ou forts, pauvres ou riches. On n’y pratique pas la sélection mais la méritocratie.

Les écoles devraient être récompensées sur base des progrès qu’elles enregistrent avec leurs élèves. Quelles sont les origines sociales et quel est le niveau d’études des élèves au début et à la fin de leurs études?

Il est hallucinant de constater que les progrès des élèves ne soient aucunement pris en compte dans le financement des écoles. Les écoles dont les élèves proviennent de différentes origines ethniques ou sociales reçoivent aujourd’hui davantage de moyens financiers, mais hélas, sans aucun lien avec les résultats obtenus en matière de formation. Dans ce cadre, il semble qu’une obligation de résultats s’impose.

Il est impératif que les incitants financiers donnés aux écoles soient proportionnels aux résultats obtenus. Cela ne signifie pas que les moyens les plus importants seront donnés aux écoles qui ont le taux de réussite universitaire le plus élevé, mais bien aux écoles dont les élèves ont le mieux progressé. Et ce, qu’ils viennent d’un milieu riche ou pauvre, ou que leurs parents travaillent ou soient au chômage.

©© lev dolgachov

Il faut récompenser les écoles sur base de l’acquis des élèves, et publier les résultats. Les établissements scolaires qui réussissent à améliorer le niveau d’études des enfants par rapport à celui de leurs parents méritent que le grand public en soit informé.

A contrario, les écoles qui ne brillent que dans la sélection des meilleurs éléments devraient être identifiées comme telles. Par ailleurs, il faudrait permettre aux écoles d’appliquer une politique différenciée en termes de salaires et de recrutement.

La gestion du personnel des écoles est aujourd’hui tout sauf un exemple de méritocratie – les nominations à vie et les barèmes salariaux immuables sont aussi un reliquat des années collectivistes. Il faut au contraire récompenser les meilleurs "role models", les professeurs les plus créatifs, les directeurs les plus inspirés, et les éducateurs les plus innovateurs!

La méritocratie devrait être la pierre angulaire de l’enseignement. Un système d’organisation où celui qui travaille davantage obtient de meilleurs résultats, où les écoles dont les élèves enregistrent les meilleures progressions sont récompensées, et où les meilleurs enseignants et "role models" les plus performants sont promus.

Avec la vague de migration que nous connaissons aujourd’hui, il faut oser repenser l’enseignement. Le fait qu’un migrant sans qualification travaille chez nous comme balayeur de rues peut être considéré comme acceptable. Mais si nous ne pouvons offrir un avenir meilleur à ses enfants, nous sommes face à un énorme problème.

Par Peter de Keyzer, Chief economist BNP Paribas Fortis

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