carte blanche

Faut-il avoir peur de Donald Trump?

Président WCI Ltd, Israël

Quand une partie importante de la population est négligée au point de ne plus faire partie de la vie économique et sociale du pays, le véritable risque est de refuser le changement.

Par Marc Weissberg, Président, WCI Investment Bankers *

 

Rarement une élection américaine aura provoqué un tel engouement, rarement le niveau des candidats à cette élection aura été aussi critiqué, rarement aussi tant d’opinions fausses sur les Etats-Unis auront été aussi répandues. En y regardant de plus près, ces opinions ne se basent que sur des peurs et des faux procès.

Tout d’abord le niveau a été exceptionnel, et ceci grâce à un homme, Bernie Sanders qui est parvenu dans un environnement des plus critiques à défendre des idées sociales-démocrates totalement contraires à la culture traditionnelle américaine. Il l’a fait avec tact, intelligence et talent. Le candidat le plus âgé des primaires démocrates a recueilli un support exceptionnel des votants les plus jeunes et a donc prouvé la soif de changement des jeunes démocrates et leur méfiance en leur propre establishment.

Marc Weissberg, président de WCI investment Bankers ©doc

Du côté républicain, Trump s’est lui aussi fait le champion du changement, bousculant frontalement son establishment et recueillant l’investiture contre la totalité des caciques de son parti. Autre signe d’une volonté de changement.

Sourde aux demandes de la population Hillary Clinton s’est enfoncée dans la promesse d’une continuité visiblement insatisfaisante pour l’électeur.

Candidat rebelle

Nous avons donc assisté à une exceptionnelle victoire de la démocratie où le peuple américain a choisi le candidat rebelle, sans doute seul à croire à son destin; celui que tous ont voulu boycotter, mais celui qui a résisté contre vents et marées. C’est ce genre de profil que les Américains recherchent pour les guider: un champion, un leader, une figure. À charge de Trump, à présent, de s’entourer des bonnes personnes.

Quels changements peut-on attendre?

©Photo News

Première remarque: Trump va gouverner avec une double majorité républicaine. Il pourra donc engranger les réformes.

"America First". Slogan souvent détourné ou mal compris en Europe. Trump va s’attacher à reconstruire les Etats-Unis. Quiconque connaît un peu ce pays est au courant de son déficit d’infrastructures. L’industrie a aussi été trop longtemps laissée pour compte.

Dans un tel pays d’immigration, trop peu de jobs sont offerts, trop peu de sociétés sont créées. Les petites et moyennes sociétés ne trouvent pas de financement correct et l’activité industrielle n’a plus été valorisée depuis trop longtemps. Les conséquences sur la consommation, la sécurité et les finances publiques sont énormes et ont créé un déficit public abyssal. Il est temps de s’attacher aux besoins des véritables entrepreneurs et à ceux des travailleurs (actifs et non-actifs) tant que les taux d’intérêts sont bas. Après ce sera trop tard.

Les Etats-Unis ne peuvent plus être le gendarme du monde

Dans le domaine extérieur, la situation devra être éclaircie, mais on peut s’attendre à moins d’implication des Etats-Unis dans les conflits extérieurs. Trump continuera à soutenir les pays amis et ignorera les autres tant qu’ils ne s’attaquent pas à son pays.

Vision simple; les Etats-Unis ne peuvent plus être le gendarme du monde tant qu’ils ne renforcent pas leur situation intérieure. Ce ne sera d’ailleurs pas la première fois que les Etats-Unis viendront à décider de se concentrer sur leur continent et donc de mettre entre parenthèses leur présence mondiale.

Doit-on avoir peur du changement?

Quand une partie importante de la population est négligée au point de ne plus faire partie de la vie économique et sociale du pays, le véritable risque est de refuser le changement.

Certainement pas! Les Etats-Unis sont un pays où les contre-pouvoirs et systèmes de contrôle sont nombreux. Aucun Président ne pourra agir à sa guise sur l’avenir du pays. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un candidat venant de nulle part endosse la charge suprême. Ronald Reagan avait été quasi dans ce cas; il fut par ailleurs réélu pour un second mandat et est considéré aujourd’hui par les connaisseurs de Washington comme un des grands Présidents de l’après-guerre!

D’une manière identique, Trump a été choisi pour son charisme et ses capacités de leader. Il sera jugé sur ses résultats qui dépendront de l’équipe qu’il mettra en place et de la qualité des personnes qu’il nommera. À charge pour ces équipes de brider les côtés les plus excessifs de sa personnalité, d’oublier pudiquement les parties outrancières de son programme et de mettre en lumière sa vision et capacité de décision.

Trop souvent, nous sommes immobilisés par le changement, l’inconnu nous fait peur. Toutefois quand une société ne fonctionne plus de manière optimale, quand une partie importante de la population est négligée au point de ne plus faire partie de la vie économique et sociale du pays, le véritable risque est de refuser le changement. Comme le disait F.D.Roosevelt, un autre grand Président, "The only thing we have to fear is fear itself". (La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même).

 

* Auteur de "La Guerre du Chômage" (2016) et "Les Opportunités de la Crise" (2014).

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