Faut-il "flandriser" la Wallonie? Le plaidoyer de Geert Noels qui passe mal

Geert Noels ©Photo News

Si l’objectif de l’économiste était de provoquer, c’est réussi. Voici ce qu’en pensent Philippe Ledent et Étienne de Callataÿ.

Faut-il "flandriser" la Wallonie? Dans L’Echo ce week-end, l’économiste Geert Noels y est allé d’une carte blanche qui n’est pas vraiment passée inaperçue. "La Belgique reste un pays doté de deux économies séparées. S’il existe une convergence, c’est plutôt que la Flandre a aujourd’hui tendance à adopter les mauvaises habitudes des Wallons: davantage d’interventions des pouvoirs publics, détérioration de la qualité de l’enseignement, jalousie envers ceux qui réussissent, et moins de prises de risque de la part des entrepreneurs et des travailleurs. Alors que, enchaîne l’intéressé, ce dont nous avons surtout besoin, c’est de flandriser la Wallonie, en créant des emplois dans le secteur privé, en améliorant la qualité de l’enseignement et en réduisant l’immixtion des pouvoirs publics dans le privé." Si l’idée était de provoquer des réactions, c’est réussi.

"Voilà qui donne la part belle à la Flandre, réagit Philippe Ledent, senior economist chez ING Belgique. Qu’il y ait des choses à améliorer en Wallonie, c’est évident et tout le monde en est conscient. Il est en particulier indéniable qu’il faille améliorer le niveau de l’enseignement, que je vois comme la mère de toutes les variables. C’est notamment par l’éducation que se cultive l’esprit d’entreprise que la Wallonie aurait intérêt à développer."

"Rien de flamand en soi"

Mais, enchaîne aussitôt Philippe Ledent, "cela n’a rien de flamand en soi. Oui, il est intéressant de s’inspirer des bonnes pratiques en vigueur à l’étranger. Cet exercice est toujours bon mais, pas spécifiquement en Flandre. Au contraire, serais-je tenté de dire, vu la dimension industrielle historique de la Wallonie, je conseillerais plutôt de s’inspirer de la formation en alternance telle qu’elle est développée en Allemagne par exemple".


Ce qui importe, c’est que la Wallonie trouve son propre modèle, "le modèle qui lui convient, pas qu’elle importe tel ou tel modèle. Une région, un pays, ce sont aussi une géographie, une sociologie, une histoire, une culture. Ne pas en tenir compte est voué à l’échec".

Prenez la géographie, par exemple. Le port d’Anvers et l’aéroport de Zaventem sont les moteurs de la machine flamande mais ils le sont aussi parce qu’ils servent (et dépendent) d’une économie qui va bien au-delà des frontières régionales et même nationales.

"La version économique du discours de la N-VA"

"Non, il n’y a pas deux économies séparées", estime pour sa part Étienne de Callataÿ, chief economist d’Orcadia Asset Management. Celui qui est aussi chargé de cours à l’UNamur voit dans le développement de Geert Noels "la version économique du discours des deux démocraties de la N-VA. Mais où est Bruxelles? À quoi le Brabant wallon ressemble-t-il le plus, sinon à la Flandre? Que serait Zaventem sans Bruxelles et la Wallonie? En ignorant des éléments aussi importants que l’histoire ou la géographie, Geert Noels surestime la capacité d’action du politique et, a fortiori, des politiques régionales".

Parlons-en, du politique. Pour Geert Noels, "flandriser la Wallonie" se fait aussi "en réduisant l’immixtion des pouvoirs publics dans le privé". Et d’asséner sur ce terrain: "Je ne crois pas aux plans Marshall."

"C’est sévère, estime Philippe Ledent. Le plan Marshall a plutôt été une bonne nouvelle pour la Wallonie, il se justifiait parce que, justement, il a corrigé le saupoudrage qui prévalait auparavant. Qui plus est, les secteurs sélectionnés dans le plan Marshall (l’actuel ou le précédent) ne l’ont pas été par hasard: ils correspondent à des pôles de compétences développés dans les universités et à des secteurs d’avenir. Et puis, il n’a jamais empêché le développement d’autres activités. Encore une fois, il faut partir de la réalité, et non pas essayer de plaquer un modèle venu d’ici ou là, par principe."

Étienne de Callataÿ abonde: "Les invests publics ne sauveront pas la Wallonie mais dire qu’ils entravent le développement du secteur privé me semble inapproprié."

Jalousie envers les riches?

On notera encore qu’au passage, Geert Noels estime que la Wallonie "devra encourager l’esprit d’entreprise et accepter que les personnes qui réussissent deviendront peut-être riches". Cette "jalousie envers ceux qui réussissent" serait même une "mauvaise habitude des Wallons". Là encore, Étienne de Callataÿ "ne partage pas ce discours non étayé. Où et en quoi les Albert Frère wallons, par exemple, sont-ils pénalisés par un esprit ‘anti-réussite’?".

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