Il est grand temps que le Pacte énergétique passe à la vitesse supérieure

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Quel que soit le sort réservé au Pacte énergétique dans les prochains mois, Agoria Wallonie insiste sur le fait qu’une politique cohérente en faveur des énergies renouvelables se doit de saisir pleinement trois opportunités technologiques.

Par Thierry Castagne, Directeur général d'Agoria Wallonie

 

Au niveau politique belge, le Pacte énergétique, après avoir perturbé la traditionnelle trêve des confiseurs, continue d’animer pas mal de discussions en ce début d’année. Petit rappel: le 14 décembre dernier, le gouvernement wallon adoptait le Pacte énergétique qui trace les grandes lignes de la politique énergétique et climatique de la Belgique d’ici 2050, avec comme objectif principal l’accélération du déploiement des énergies renouvelables. Il en est de même pour le gouvernement bruxellois. Seuls les gouvernements flamand et fédéral n’ont pas encore adopté le Pacte. Les raisons? Le manque de garanties portant sur trois conditions indispensables à l’occasion de cette transition énergétique: la sécurité d’approvisionnement, le prix supportable et la réalisation des objectifs climatiques.

Indépendamment du nucléaire

La pierre d’achoppement porte sur la sortie du nucléaire, confirmée en 2025 dans le Pacte. Sans rajouter de l’huile sur le feu, rappelons que fin novembre, Agoria s’était déjà exprimée en faveur d’une sortie du nucléaire plus étalée dans le temps, avec le maintien temporaire d’au moins deux réacteurs après 2025, faute de garanties sur les trois conditions susmentionnées.

Quoi qu’il en soit, et dans l’attente d’une confirmation d’un calendrier précis de sortie du nucléaire, Agoria Wallonie prend acte du volontarisme du gouvernement wallon envers les énergies renouvelables. Mais face au risque d’attentisme typique du méli-mélo institutionnel belge, nous l’invitons à saisir à bras-le-corps trois opportunités technologiques et à lever sans tarder des freins tantôt juridiques, tantôt opérationnels, qui ralentissent le déploiement des énergies renouvelables depuis des années. Il en va de la cohérence même de l’engagement wallon envers le renouvelable.

Sécuriser le cadre juridique de l’éolien on-shore

Il est indispensable de sécuriser le cadre juridique qui entoure le déploiement des éoliennes sur le sol wallon. En effet, bien que les Wallons soient dans leur grande majorité favorables à l’éolien(*), l’insécurité juridique actuelle permet à une minorité d’opposants de déposer systématiquement des recours au Conseil d’État et ainsi de bloquer le déploiement dans les faits.

C’est ainsi qu’en septembre dernier, des permis éoliens octroyés pour un total de 369 MW (correspondant à environ 120 éoliennes) étaient encore bloqués au niveau du Conseil d’État. Ce blocage engendre d’importants coûts pour un secteur dont les perspectives de développement restent prometteuses avec plus de 1,1 GW de projets éoliens (correspondant à environ 360 éoliennes) actuellement à l’étude ou en demande de permis.

Rappelons que pour atteindre ses objectifs en matière de production d’énergie renouvelable à partir d’éoliennes, la Wallonie doit installer de l’ordre de 30 éoliennes par an d’ici 2030 et ainsi augmenter sa production annuelle de plus de 100 MW. Un tel taux de croissance annuel n’a rien de farfelu puisqu’il était encore de mise entre 2009 et 2011 en Wallonie. Soit dit en passant, la Flandre, avec une installation annuelle plus importante encore (215 MW en 2017), a désormais largement dépassé la Wallonie en nombre d’éoliennes, avec un territoire pourtant plus exigu et plus densément peuplé.

Stimuler le photovoltaïque industriel

Le monde industriel a une part essentielle à jouer dans l’émergence d’une Wallonie bas carbone et est prêt aussi à prendre ses responsabilités. Nombre d’acteurs, encouragés par un cadre juridique et administratif favorable, comprendront spontanément l’intérêt d’autoproduire de l’énergie renouvelable en plaçant des panneaux sur les toits de leur site de production. Pour les plus hésitants, nous pensons qu’il est aujourd’hui envisageable d’opter pour une incitation de déploiement d’énergies renouvelables pour les sites industriels qui participeront à la troisième génération d’accords de branche (post-2020). Nous sommes par ailleurs convaincus que cet encouragement win-win pourrait être étendu à tous les grands espaces (surfaces commerciales, bâtiments publics, halls logistiques,…) propices à un vaste déploiement photovoltaïque. Le secteur des énergies renouvelables estime ainsi que, pour la période de 2021 à 2030, une puissance annuelle moyenne de l’ordre de 150MW/an permettrait de donner de réelles perspectives à la filière PV en Wallonie.

Déployer des réseaux intelligents (Smart Grids)

Parallèlement à l’augmentation des capacités de génération d’énergie renouvelable, il est indispensable de déployer des réseaux de distribution de l’électricité intelligents (Smart Grids), ainsi que des solutions de stockage de l’électricité, et ce afin de pallier au caractère intermittent de la production d’énergie verte. En effet, le soleil et le vent n’étant pas toujours disponibles, il est impératif d’être en mesure de synchroniser au mieux la consommation électrique et la production énergétique renouvelable. En clair, être capable de faire en sorte que les pics de consommation correspondent aux pics de production éolienne et photovoltaïque.

Pour ce faire, les pouvoirs publics, en étroite collaboration avec les entreprises technologiques, devront miser sur des solutions numériques (intelligence artificielle, compteurs intelligents, réseaux intelligents,…) qui permettent de maintenir consommation et production en adéquation, tenant compte des contraintes de disponibilité d’approvisionnement et des tarifs. À cet égard, la récente décision du gouvernement wallon d’imposer aux gestionnaires de réseaux d’équiper 80% des ménages wallons en compteurs intelligents d’ici 2034 (accompagnée d’un budget de 500 millions d’euros dans le cadre du Plan Wallon d’Investissement pour la période 2019-2024) va dans le bon sens.

Ces trois axes de développement nous paraissent essentiels pour que la Wallonie puisse tenir ses engagements énergétiques et climatiques internationaux à l’horizon 2050, tout en garantissant une sécurité d’approvisionnement, des prix abordables pour les entreprises et les citoyens, et une réduction drastique des émissions de CO2.

(*) Selon un sondage effectué en octobre 2013 par l’Institut IPSOS à la demande d’EDORA (la Fédération des énergies renouvelables), plus de quatre Wallons sur cinq sont favorables à l’éolien. En outre, les Wallons qui ont une expérience avec l’éolien sont significativement plus favorables à une installation d’éoliennes dans leur commune (82 %) que ceux qui n’ont pas une telle expérience (73 %).

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