Inutile de parier sur l'euro!

Le niveau actuel de l’euro reflète les informations disponibles sur l’ensemble des facteurs censés influencer sa valeur. Entre aujourd’hui et demain, des informations inattendues peuvent confirmer ou infirmer les anticipations des investisseurs, et provoquer ainsi un réajustement du taux de change. Une analyse de Bernard Delbecque, professeur d'économie à l'UCL.

Qui eût cru au début de l’été que l’euro retrouverait la forme par rapport au dollar aussi rapidement? La crise grecque avait ébranlé la confiance des investisseurs dans l’avenir de l’union monétaire et de sa monnaie. Cette situation et des perspectives économiques moroses pour la zone euro avaient amené l’économiste Nouriel Roubini à prédire, au début du mois de juin, lors d’un passage remarqué à Bruxelles, que le taux de change de l’euro pourrait bien retrouver la parité par rapport au dollar. Toutes les entreprises exportatrices qui avaient souffert de la force de l’euro au cours des dernières années espéraient bien voir se réaliser cette prédiction. Malheureusement pour celles-ci, l’euro a rebondi au cours de l’été.

Prévisions difficiles

Cet épisode confirme qu’il est difficile de faire des prévisions sur l’évolution des taux de change à court terme. Comme pour les actifs financiers en général, le niveau actuel de l’euro reflète les informations disponibles sur l’ensemble des facteurs censés influencer sa valeur. Entre aujourd’hui et demain, et a fortiori entre aujourd’hui et une date plus éloignée dans le futur, des informations inattendues sont susceptibles de confirmer ou d’infirmer les anticipations des investisseurs, et de provoquer ainsi un réajustement du taux de change de l’euro, dans un sens qu’il est impossible de prévoir a priori.

On notera toutefois que des situations peuvent se présenter où il est possible de prévoir l’évolution d’un taux de change à long terme, en raison de l’accumulation de déséquilibres structurels importants se traduisant en une surappréciation ou sous-appréciation du taux de change réel d’une monnaie. Typiquement, un excès de confiance ou de pessimisme dans les perspectives économiques d’un pays peut conduire à de telles situations en provoquant des mouvements exagérés d’appréciation ou de dépréciation d’un taux de change nominal.

De ce point de vue, on pouvait s’attendre, en mai dernier, à ce que la glissade de l’euro se poursuive pendant un certain temps dans la mesure où les marchés financiers ont tendance à prolonger excessivement les mouvements de taux de change c’est le phénomène souvent observé d’overshooting. Le fait que la dépréciation de l’euro se soit inversée inopinément confirme la difficulté de faire des prévisions en matière de taux de change.

Surévalué?

Même s’il est possible de diagnostiquer des situations de faiblesses ou de forces excessives d’un taux de change, il est très difficile d’anticiper le moment où la correction attendue se produira. Parfois, les patrons des banques centrales concernées donnent le signal de la fin de la récréation, mais ils attendent, en général, que la situation soit devenue extrême afin de maximiser leur chance de pouvoir convaincre les marchés financiers d’accepter une correction du taux de change concerné. On n’est pas dans cette situation aujourd’hui. Même si le cours de change actuel de l’euro pèse sur les entreprises en concurrence avec la zone dollar, il n’est pas possible de démontrer que l’euro est foncièrement surévalué. Si prévoir l’évolution future de l’euro est difficile, on peut analyser ses mouvements ex-post en utilisant un modèle théorique explicatif de l’évolution des taux de change. En règle générale, une appréciation de l’euro signifie que les perspectives de la zone euro se sont améliorées, par rapport à celles des Etats-Unis. Différents développements peuvent être à l’origine de cette évolution, notamment une accélération de la croissance en Europe, un ralentissement économique aux Etats-Unis, ou une détérioration de la situation économique plus prononcée aux Etats-Unis qu’en Europe.

Beaucoup d’explications

L’interprétation des mouvements d’un taux de change passe donc par une analyse économique fouillée. En ce qui concerne l’appréciation récente de l’euro, on peut avancer qu’elle reflète notamment la prise de conscience, par les marchés financiers, de la volonté de l’Allemagne et de la France de défendre coûte que coûte l’intégrité de la zone euro, l’émergence de doutes sur la vigueur de la reprise économique aux Etats-Unis, et en corollaire, le renforcement du sentiment que les taux d’intérêt américains resteront très bas plus longtemps que prévu.

En conclusion, il vaut mieux se réjouir du retour en forme de l’euro. C’est le signe que les perspectives économiques se sont améliorées au sein de la zone euro plus rapidement qu’aux Etats-Unis.

Certes, un euro moins fort apporterait davantage de soutien à la reprise économique en cours, mais il est inutile d’espérer pouvoir influencer la main invisible qui détermine la valeur de l’euro. Dans ces conditions, plutôt que de spéculer sur l’évolution de l’euro à court terme, il est préférable de se couvrir par rapport au risque de change, et de trouver le moteur de la croissance de son entreprise et de sa profitabilité dans la qualité de ses produits, l’innovation et l’accroissement de sa productivité.

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