L'arrivée du fait syndical dans l'entreprise

©doc

La toute première installation de représentants syndicaux dans une entreprise laisse peu d'employeurs indifférents et elle peut générer chez ces derniers de l'inquiétude.

Que ce soit en termes de délégation syndicale ou d'élections sociales, la toute première installation de représentants syndicaux dans une entreprise laisse peu d'employeurs indifférents et elle peut générer chez ces derniers de l'inquiétude ou encore être ressentie comme une remise en cause de leur action voire de l'immixtion.

Notons dès à présent qu'en matière de délégation syndicale, dans tous les cas, les conditions et modes de désignation résultent d'accords entre interlocuteurs sociaux et sont donc également validés par des représentants des entreprises au sein des commissions paritaires. Ceux-ci, contraignants pour toutes les parties, déterminent divers critères d'installation, les modalités, procédures et délais imposés notamment, le cas échéant, en matière de contestation du processus initié.

Avant de spéculer sur les avantages et inconvénients de l'introduction du fait syndical dans l'entreprise, initiative qui n'appartient par ailleurs qu'aux organisations syndicales représentatives, il est opportun de s'interroger sur le facteur ou, le plus souvent, la conjonction de facteurs qui a provoqué son émergence.

La présentation de représentants du personnel a pour origine des éléments déclencheurs qui peuvent schématiquement dépendre de l'entreprise elle-même, du ou des candidats et enfin, des organisations syndicales.

Au niveau de l'entreprise, toute situation qui engendre chez les salariés de l'inquiétude, un malaise, un mécontentement est potentiellement générateur de tensions sociales et est dès lors susceptible d'amorcer le mécanisme d'introduction de représentants syndicaux. Outre le non-respect des obligations légales, parmi les agents anxiogènes dont certains sont parfois inévitables dans la vie d'une entreprise, nous pouvons citer: les problèmes techniques, d'organisation ou économiques, les changements de toute nature, les difficultés relationnelles entre le personnel et la hiérarchie ou une de ses composantes mais également entre différentes catégories de membres du personnel, etc.

Vocation

Ces éléments ne suffisent cependant pas, par eux-mêmes, à expliquer l'apparition soudaine de candidats. Ils servent de révélateurs à une volonté individuelle jusque-là latente soit de réagir à un vécu personnel, soit de concrétiser un idéal, soit de jouer un rôle actif dans la société au sens large ou encore plus prosaïquement, à une volonté de se dégager des contraintes quotidiennes, de compenser un travail aliénant ou sans responsabilité, de conforter sa position dans l'entreprise par rapport à sa hiérarchie voire même par rapport à ses pairs.

Enfin, les organisations syndicales donnent simplement suite à ces vocations spontanées mais elles peuvent également les susciter, cette dernière activité faisant partie intégrante de la politique de chacune d'elles afin d'accroître leur présence sur le terrain, leur représentativité effective mais aussi le nombre de leurs affiliés. Leur dynamisme dans cette démarche sera par ailleurs encore exacerbé par un objectif d'implantation dans un secteur ou une catégorie d'entreprises de ce dernier où elles sont peu ou pas présentes.

Quelles que soient les circonstances, la seule volonté de l'organisation qui a pris l'initiative d'introduire le fait syndical dans l'entreprise ne suffit pas pour aboutir, son apparition est rarement fortuite. Elle répond généralement à un besoin des salariés de se faire représenter parce qu'existaient un ou des problèmes, une ou des inquiétudes qui n'ont pas trouvé de solution.

Passé le cap de l'implantation, chaque syndicat va tenter de faire progresser son influence et ce, pour favoriser l'aboutissement de ses objectifs. Il existe entre eux une concurrence qui n'est pas seulement idéologique sur ce que l'on pourrait considérer comme un marché: l'ensemble du personnel. Chacun va dès lors tenter de renforcer son influence au détriment des autres par un marketing spécifique en s'adressant avec un discours idoine aux plus modérés ou aux plus radicaux, en s'attribuant le mérite de l'une ou l'autre démarche fructueuse, par des propos ou des actions privilégiant telle catégorie du personnel qui n'a pas nécessairement l'occasion de s'exprimer,...

Fatalité ou nécessité?

L'installation d'instances formalisées telles qu'une délégation syndicale ne devrait-elle concerner que les entreprises qui ont atteint une certaine taille parce que cela entraîne des coûts "intolérables" pour les petites unités ou parce que l'encadrement doit aussi prendre en charge les problèmes même autres que techniques de ses collaborateurs, ce qui rendrait inutile le recours au délégué? Volonté dissimulée d'éviter les désagréments que représente un contre-pouvoir? S'il n'y a pas de réponse définitive, cette façon d'envisager les rapports sociaux ne peut avoir qu'un impact négatif sur ceux-ci.

Patrick Namotte

Consultant indépendant en management des ressources humaines

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés