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L'éducation comme garde-fou contre la barbarie

L’éducation est sans doute le meilleur rempart contre l’obscurantisme et la bêtise. © Belgaimages ©BELGAIMAGE

Au-delà du côté réconfortant des manifestations, de l’émotion, du tsunami quasi mondial de soutien et de sensibilisation, au besoin de se serrer les coudes et s’unir contre le mal absolu, peut-on voir les choses avec un éclairage analytique qui dépasse les étiquettes des uns et des autres? Le premier rempart contre l’obscurantisme n’est-il pas constitué par un combiné d’éducation et de civisme?

On objectera que des nations éduquées, il y a à peine plus de 70 ans, ont sombré quelquefois dans les dérives et errements les plus terribles mais n’était-ce pas le fait d’une minorité de pervers souvent incultes et tentant de trouver des solutions simplistes à la complexité du vivre ensemble, qui alors, et vu l’apathie fréquente de la "majorité" silencieuse, ont pris le pouvoir? Ah, la majorité silencieuse, elle a bon dos!

Ne nous trouvons-nous pas dans une situation assez parallèle aujourd’hui? "Hitler, connais pas" est un film de Bertrand Blier de 1963. Mais aujourd’hui, combien ne savent pas ou ne savent que ce qu’on a bien voulu leur dire, avec une objectivité toute relative, ce que furent mai 68, 9/11, la guerre d’Algérie, le colonialisme, leurs vices et vertus?

Cerveau reptilien

Combien maîtrisent encore leur langue maternelle au-delà d’un vocabulaire utilitaire d’un millier de mots, et encore, suffisant pour le quotidien du cerveau reptilien?

Quant au civisme, les petites incivilités, le règne du "moi d’abord!", du "j’ai l’droit!", en oubliant allègrement les devoirs, sans compter les violences verbales, n’aident pas vraiment à établir un climat serein de communication.

L’éducation, ce n’est pas que le savoir mais aussi le savoir-faire, le savoir être et donc le savoir-vivre, préférentiellement, ensemble.

Une éducation qui donnerait au plus grand nombre une langue riche, vecteur de communication nuancée, une intelligence des chiffres et des sciences, avec la rigueur y afférant et des repères historiques, géographiques, artistiques et philosophiques, bref "la culture" ne serait-elle pas un certain garde-fou contre l’obscurantisme et la bêtise, quelquefois si méchante, comme on vient de le voir?

Une exposition éclectique et sans parti pris aux différentes approches de la spiritualité: religieuse, philosophique, artistique, émotionnelle, psychologique, bref "la tolérance" ne serait-elle pas un référentiel qui relativiserait les théories les plus extrémistes des uns ou des autres?

Un entraînement à l’esprit critique, sans haine de l’autre mais sans complaisance pour les idées avec lesquelles on n’est pas d’accord ainsi que la liberté de débattre de tout ne serait-elle pas, comme une gymnastique régulière, une manière de garder "mens sans" et pas seulement "corpore sano"?

Davantage de vulgarisation, de bon niveau mais flirtant avec le gai savoir, une initiation ludique aux romans, au théâtre, aux films à la musique du monde entier, avec sa diversité, ne vaudrait-elle pas mieux qu’un espace médiatique occupé plus que de raison par des séries policières où la surenchère entre "serial killers", psychopathes et autres tueurs de tout poil donnerait à penser à un Martien, en visite furtive sur notre planète, que la violence est notre mode de vie?

Si le jeu a été l’apanage de l’homme depuis la nuit des temps et que des jeux de combat symboliques ou de stratégie sont sans doute une catharsis et une transposition sans risque du besoin de gagner, faut-il pour autant que bien des jeunes, et des moins jeunes passent des heures chaque jour à des jeux vidéo où la violence, la torture et la mort la plus cruelle sont totalement banalisées, à telle enseigne qu’il existe aujourd’hui des cures de désintoxication pour addiction aux jeux sur la toile?

Les dogmes de l’intolérance

Notre monde est plus complexe suivant au moins trois axes:

1) La diversité: nous sommes dans le "village global" de Mc Luhan et nos sociétés sont de plus en plus multiculturelles. Pour y vivre en harmonie, des clés sont nécessaires et il vaut mieux les trouver dans les nuances de la connaissance plutôt que dans les dogmes de l’intolérance.

2) L’interaction: dans un monde comme le nôtre, on est amené à interagir avec toutes les croyances, toutes les langues, toutes les cultures, toutes les coutumes et l’on sait combien souvent les usages des uns peuvent être la barbarie des autres, si on n’est pas un tant soit peu prudent et réfléchi et non stupidement à l’emporte-pièce.

3) La sélection: si nous sommes tous des agents sociaux, nous interagissons sur tous les plans: économique, sociologique, philosophique… Toutes les stratégies ne conduisent pas au "succès", c’est-à-dire à la meilleure qualité de vie pour le plus grand nombre et il faut donc choisir. Cela demande de l’intelligence, de la réflexion, du doigté et surtout une immense bienveillance réciproque.

L’éducation en guise de prévention de la barbarie est une clé fondamentale car la répression, si elle est parfois nécessaire, est toujours un échec. Et l’éducation, ce n’est pas que le savoir mais aussi le savoir-faire, le savoir être et donc le savoir-vivre, préférentiellement, ensemble. Dès lors, "Y a pu ka", pour nos pouvoirs politiques.

Mais comme disait Kipling et comme aurait pu dire Charlie: "Cela, c’est une autre histoire".

Michel Judkiewicz
Ingénieur civil et chef d'entreprises

Par Michel Judkiewicz, ingénieur civil et chef d'entreprises

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