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La Belgique n'a pas besoin d'un nouvel opérateur mobile

Attribuer une quatrième licence de réseau mobile pourrait avoir des répercussions sur le déploiement de la 5G et sur la compétitivité à long terme du marché mobile.

Daniel Pataki. ©doc

Pendant que la Belgique se dirige enfin vers une mise aux enchères 5G en 2022, ses voisins européens prennent de l'avance en matière de connectivité ultrarapide. Cette situation était clairement évitable mais les incertitudes persistantes concernant les conditions de la vente aux enchères ont eu pour conséquence d’entraver le déploiement de la 5G malgré l'attribution provisoire de licences en 2020.

La principale explication à cette incertitude réside dans la question non résolue de l’entrée d’un quatrième opérateur sur le marché.

Toutefois, l'étude d'impact commanditée par l'IBPT, connue sous le nom de "rapport Axon", montre que le déploiement d'un réseau mobile par un nouvel entrant, sur le marché de la téléphonie mobile en Belgique, n'est ni durable ni bénéfique pour les consommateurs.

Cette étude montre également que d'autres formes d'entrée par le biais d'un accord de partage de réseau obligatoire entraîneraient des coûts supplémentaires importants pour le marché ainsi que des avantages très incertains et limités, voire inexistants.

L’argumentation en faveur des consommateurs

Les défenseurs de l’attribution d’une quatrième licence mobile mettent en avant une hypothèse du rapport Axon selon laquelle un nouvel entrant disruptif ayant conclu un accord de partage de réseau pourrait entraîner une réduction de 10 à 15% des prix de détail.

Un quatrième opérateur de réseau pourrait entraîner une augmentation des prix ainsi qu’une réduction des investissements.

Il est cependant important de noter que cette conclusion repose sur des déductions tirées d'autres études et ne tient absolument pas compte des caractéristiques du marché belge alors même que ce rapport reconnait la complexité d'une telle analyse. La réalité est qu'un quatrième opérateur de réseau pourrait entraîner une augmentation des prix ainsi qu’une réduction des investissements ; le rapport estime en effet que les coûts globaux du marché pourraient augmenter de 5 à 15% et que la rentabilité pourrait diminuer de 30 à 60%.

La relation entre le nombre d'acteurs sur le marché mobile et les performances - telles que la qualité, l'innovation et les prix - est complexe. Les marchés comptant un plus grand nombre d'opérateurs peuvent affaiblir les économies d'échelle, faire grimper les coûts et réduire les marges. Cela peut réduire les incitants à investir dans l’innovation et la qualité du réseau, ce qui se traduirait par des performances moins bonnes pour les consommateurs sur le long terme.

Fossé générationnel

Les conséquences sont donc de moins bonnes performances pour les consommateurs belges ainsi qu'un retard croissant de la Belgique en matière de développement de la 5G. Cela peut constituer de réels risques pour les ambitions de la Belgique en matière de 5G ainsi que pour l'opportunité économique de parvenir à une plus grande compétitivité et prospérité grâce à une meilleure connectivité.

Le rendement des capitaux déployés pour de nombreux opérateurs mobiles en Europe est faible et un tel impact sur les recettes, les coûts et les rendements pourrait causer un immense préjudice au déploiement de la 5G en Belgique.

Il faut savoir que les dépenses d'investissement nécessaires au déploiement de la 5G sont nettement plus élevées que celles des générations précédentes. Le GSMA estime qu’un investissement trois fois plus important par rapport à l'ère pré-5G serait nécessaire pour réaliser le plein potentiel de la 5G.

En réalité, le seul domaine où le marché belge dispose d’un faible score est celui de la préparation à la 5G.

Les opérateurs belges doivent évidemment investir dans de nouvelles fonctionnalités 5G, mais comme les retours sur investissements restent incertains, il y aura peu de volonté de la part des marchés financiers à soutenir un déploiement local.

La situation actuelle en Belgique

Hormis la question de la 5G, le marché mobile belge fonctionne très bien et offre un niveau élevé de service et de qualité aux consommateurs. La Belgique score bien en matière de couverture et d'adoption du mobile ; le revenu moyen par utilisateur en Belgique est comparable à celui des autres marchés européens et a diminué à un rythme similaire au cours de ces cinq dernières années.

Malgré ces prix bas et des revenus en baisse, les vitesses de téléchargement moyennes en Belgique sont plus rapides que dans la plupart des autres grands marchés européens, notamment en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie ainsi qu’au Royaume-Uni.

En réalité, le seul domaine où le marché belge dispose d’un faible score (selon l'indice européen de l'économie et de la société numérique) est celui de la préparation à la 5G, et cela est dû au retard dans la conduite des enchères 5G.

La Belgique présente une structure de marché similaire à celle de nombreux autres marchés européens. Elle compte en effet trois opérateurs de réseaux mobiles compétitifs qui possèdent chacun leur infrastructure, ainsi que plusieurs concurrents qui offrent des services de détail mobiles compétitifs supplémentaires par le biais de ces infrastructures.

Réserver des fréquences à un nouvel opérateur n'est pas nécessaire pour maintenir une concurrence effective.

En résumé, la Belgique dispose déjà d'un marché mobile qui fonctionne parfaitement et qui a prouvé sa capacité à fournir des services et produits de qualité aux consommateurs.

Lever les incertitudes

Au vu des informations existantes, il est plus que probable que les conséquences à long terme de l’attribution de fréquences à un quatrième et nouvel opérateur de réseau mobile seront préjudiciables pour les consommateurs mobiles en Belgique. Réserver des fréquences à un nouvel opérateur n'est pas nécessaire pour maintenir une concurrence effective. Au contraire, cela risque même d'entraver les investissements dans les infrastructures mobiles et de retarder la concrétisation des avantages de la 5G. 

La Belgique devrait plutôt fournir des garanties sur l’investissement aux opérateurs mobiles pour déployer la 5G et rattraper son retard, pour le plus grand bénéfice des consommateurs mobiles et de la prospérité économique du pays.

Daniel Pataki
Directeur Europe de la GSMA

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