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La fiscalité des personnes physiques en 2025

©Bruno Colmant

Demain, l'impôt devrait idéalement être réparti plus harmonieusement sur la vie des contribuables. La fiscalité épousera donc les cycles de vie de chaque individu, et reflétera une prise en charge plus individuelle.

L’architecture fiscale du pays est stabilisée depuis près de 15 ans. Il est, dès lors, utile de s’interroger sur les lignes directrices qui pourraient conditionner la fiscalité des personnes physiques au cours des prochaines années. L’exercice exige de la circonspection car il se greffe sur de nouvelles réalités institutionnelles.

Comme dans d’autres pays européens fédéraux, les deux balises du paysage fiscal seront l’européanisation et la régionalisation de l’impôt. Pour toutes les matières fiscales fluides, tels les revenus du capital, les impulsions européennes conditionneront l’impôt, tandis que la fiscalité des assiettes plus stables (revenus professionnels et immobiliers) sera, au moins pour partie, régionalisée et donc différenciée selon les points cardinaux du pays.

Entre ces balises, le facteur qui conditionne tous les scénarios socio-économiques est le vieillissement de la population, puisque le coefficient de dépendance (c’est-à-dire la proportion des plus de 65 ans dans la population active) devrait dépasser 44% en 2050.

Stimulants fiscaux

Cette contrainte limitera le champ de la taxation des revenus professionnels, mais posera celle de l’imposition des revenus différés, que ces derniers découlent de l’épargne personnelle ou des transferts sociaux (pensions, etc.). Il s’impose donc d’utiliser les deux prochaines générations fiscales pour anticiper cette réalité.

Le vieillissement des contribuables conduira aussi à développer les stimulants fiscaux à l’épargne individuelle de précaution. Cela facilitera aussi l’extension des déductibilités pour les aînés à charge, plutôt que les confiner aux enfants. On pourrait ainsi imaginer des allocations familiales inversées, destinées aux seniors.

D’autres déductions seront envisageables pour se préparer à la dépendance de l’âge. Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, des déductions pour l’épargne-dépendance, à l’instar de l’épargne-pension?

Par ailleurs, la mobilité des personnes altère fondamentalement l’équation fiscale. En effet, la fiscalité du travail reflète un contrat implicite négocié entre un contribuable et l’État.

Ce contrat tacite suppose, bien sûr, que les différents cycles de la vie professionnelle soient géographiquement centriques, c’est-à-dire que l’impôt sur le revenu professionnel soit prélevé dans le même pays que l’attribution des avantages sociaux. Si cette superposition n’est plus assurée, comme c’est progressivement le cas, cela doit immanquablement conduire à une baisse simultanée des avantages sociaux et de l’impôt professionnel.

Une autre tendance concerne la confusion grandissante qu’on constatera entre la fiscalité et la parafiscalité. La fiscalité est fondée sur l’obligation de chacun de participer au financement des charges de l’État selon ses revenus.

Dans la même perspective, la charge fiscale se déplacera aussi latéralement pour taxer la consommation (c’est-à-dire un flux) plutôt que la constitution d’épargne. Cette orientation est, entre autres, fondée sur la constatation que les impôts à large assiette provoquent moins de distorsions et permettent une collecte plus efficace. Cette évolution sera accompagnée d’un rôle incitatif de l’impôt.

La fiscalité locale se développera

La fiscalité locale (régionale, communale, etc.) se développera aussi inéluctablement. Cette tendance reflète elle-même trois axes: la décentralisation des pouvoirs politiques, la capacité accrue des collectivités territoriales à valoriser les services publics de proximité (gestion des déchets, sécurité, etc.) et la taxation de la consommation, dont l’acte est local.

En résumé, les prochaines années verront un changement de polarité de la fiscalité. La fiscalité est aujourd’hui horizontale, c’est-à-dire égalitaire entre contribuables placés dans une meilleure situation.

Demain, l’impôt devrait idéalement être réparti plus harmonieusement sur la vie des contribuables. La fiscalité épousera donc les cycles de vie de chaque individu, et reflétera une prise en charge plus individuelle. Cette orientation conduira à des déductions élargies pour s’auto-assurer et se constituer une pension. Elle entraînera aussi de plus grandes déductions intergénérationnelles, au bénéfice des personnes âgées.

La fiscalité sera donc altérée car elle devra s’adapter à d’autres cycles biologiques et familiaux. Les rôles de la fiscalité et la parafiscalité en seront altérés. La parafiscalité se verra confirmée dans son rôle redistributif, mais dans une mesure nettement moins large qu’aujourd’hui. La fiscalité aura, quant à elle, un rôle plus incitatif en matière de création et d’allocation d’épargne.

Par Bruno Colmant, Docteur en Économie Appliquée (Solvay-ULB) et membre de l'Académie Royale de Belgique

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