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La peur du grand méchant loup

©rv

La manière dont certains médias et groupes de pression communiquent au sujet de l’éventuel accord de libre-échange entre l’Europe et les Etats-Unis (TTIP) me fait penser à l’histoire du petit Chaperon rouge et du méchant loup.

L’Europe y est décrite comme la victime facile d’une grande puissance économique qui veut envahir et contaminer l’Europe avec les dérives de son capitalisme effréné. L’accord commercial conclu avec les Etats-Unis va-t-il vraiment faire souffler sur l’ancien continent un ouragan dévastateur qui minera nos principes de base en termes de protection des consommateurs, de sécurité alimentaire et de normes environnementales?

Culture de la peur

Les campagnes menées par les opposants au TTIP reposent sur la mise en place d’une culture de la peur. À force d’insister suffisamment sur l’impact destructeur de l’accord de libre échange sur nos normes européennes, nous ne pouvons finalement plus voir ce dossier que sous cet angle. Et il devient alors légitime de le condamner avant même qu’il soit conclu.

Les Etats-Unis ne sont pas le grand méchant loup et l’Europe ne peut endosser le rôle de la grand-mère du petit Chaperon rouge.

Les arguments sont faciles à trouver, car l’Europe a mené une lutte acharnée pour des normes à la pointe du progrès qui sont des fondements importants pour une protection des consommateurs, une sécurité alimentaire et une protection environnementale durables. Qualifier l’accord commercial de pire ennemi de ces normes suscite dès lors de vives réactions.

Pas un rôle secondaire

Si nous nous laissons toutefois aveugler par les scénarios catastrophes évoqués par les opposants au TTIP, nous commettons trois erreurs de jugement.

Primo, nous nous attribuons un rôle moins important que notre poids effectif dans ce dossier. L’Europe est un des deux principaux acteurs, avec un PIB d’ailleurs supérieur à celui des Etats-Unis. J’ai dès lors toute confiance en nos responsables politiques européens pour intervenir dans ces négociations comme des partenaires constructifs mais critiques qui défendent les intérêts de l’Europe et donc aussi l’importance de normes durables.

©MFN

Secundo, en condamnant d’emblée l’accord de libre-échange, nous sommes complètement aveugles à ses opportunités. Il est inconcevable que nous ne nous demandions pas au moins s’il peut engendrer une collaboration plus efficace également très avantageuse pour l’Europe en entraîner des flux d’échanges et d’investissements meilleurs marchés et plus aisés entre les deux économies et ainsi de nouvelles opportunités économiques. Allons-nous vraiment nous laisser effrayer et rester aveugles aux avantages d’un partenariat entre deux grandes puissances économiques, en ces temps où le centre de gravité économique se déplace vers l’Est?

Tertio, si nous nous cramponnons à la peur, nos normes seront-elles à l’abri? Non. Rien n’est moins vrai. La mondialisation suit un rythme effréné. Si l’Europe décide de quitter la table des négociations, les autres grandes puissances en profiteront précisément pour déterminer les normes futures et l’Europe sera reléguée au second plan. Nous devons donc rester à table pour exercer pleinement notre rôle principal et modeler la mondialisation selon nos propres valeurs et normes.

La grand-mère du petit Chaperon rouge

Les Etats-Unis et l’UE représentent les deux plus grosses économies au monde. Ils sont respectivement le principal partenaire commercial l’un de l’autre, leurs échanges se montant à 2 milliards d’euros par jour.

Pour Pieter Timmermans, les campagnes menées par les opposants au TTIP reposent sur la mise en place d’une culture de la peur. ©REUTERS

Les Etats-Unis sont le 5ème marché d’exportation de la Belgique, et son principal investisseur étranger. Près de 500 entreprises belges sont actives aux Etats-Unis. De très nombreuses entreprises belges (principalement des PME) exportent vers les Etats-Unis, et beaucoup sont impliquées dans la chaîne de production de biens semi-finis qui sont ensuite exportés, via un autre pays européen, vers les Etats-Unis. Bref, l’impact positif potentiel d’un accord commercial avec les Etats-Unis sur l’économie belge, pour des milliers d’entreprises et leurs collaborateurs (futurs) et consommateurs en Europe est trop important pour rejeter cet accord en raison d’un défaitisme irrationnel.

Les Etats-Unis ne sont pas le grand méchant loup et l’Europe ne peut endosser le rôle de la grand-mère du petit Chaperon rouge. Je lance donc un appel pour que le débat public sur l’accord de libre-échange soit enfin perçu sereinement sur la base des faits.

En Suède, par exemple, syndicats et employeurs soutiennent ensemble l’élaboration d’un accord commercial entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Ils sont convaincus que cela profitera à la compétitivité de leurs entreprises et aura un impact positif sur le maintien et la création d’emplois dans leur pays. Pourquoi cela n’est-il pas possible chez nous?

Par Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB.

[Pour suivre Pieter Timmermans sur Twitter cliquez ici]

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