chronique

La rentabilité du gaz naturel américain en question

Hivers moins froids, pétrole bon marché, augmentation du solaire et d'autres facteurs encore concourent à réduire la consommation gazière.

Hivers moins froids, pétrole bon marché, augmentation du solaire, concurrence plus agressive, affaiblissement de la croissance chinoise et d’autres facteurs encore concourent à réduire la consommation gazière.
©BELGAIMAGE

Quelques analystes parmi les plus reconnus dans le secteur de l’énergie restent fondamentalement pessimistes sur la rentabilité du gaz naturel américain à court et moyen termes. Plusieurs raisons commandent ces prévisions décevantes: hivers moins froids, pétrole bon marché, augmentation du solaire dans la production d’électricité, concurrence plus agressive, affaiblissement de la croissance chinoise et d’autres facteurs encore qui concourent à réduire nettement la consommation gazière.

De manière plutôt inattendue jusqu’il y a peu, la faiblesse de la demande américaine en gaz industriel arrive à présent aux premiers rangs des paramètres négatifs. La fameuse renaissance de l’activité manufacturière aux Etats-Unis, prophétisée à la suite du développement spectaculaire de l’exploitation des gaz de schiste, tarde à se matérialiser. Par exemple, dans le domaine de la sidérurgie, une des industries où la consommation de gaz est la plus prévalente. Dans ce domaine, la concurrence chinoise continue à faire des dégâts. Au point que les aciéries américaines tournent actuellement à 69% de leur capacité. On peut encore ajouter aux maux des forges de l’oncle Sam, les niveaux dépréciés du brut qui freinent considérablement les commandes de tubes dans l’industrie pétrolière.

D’après l’American Iron and Steel Institute, la production d’acier locale a diminué de 9,3% en 2015. Enfin, en même temps que la demande en gaz décroît, l’offre, elle, devient surabondante. Avec une production annuelle proche de 700 milliards de mètres cubes, les Etats-Unis se trouveraient en situation de surproduction. Ce contexte explique pourquoi, dès le printemps 2013 et après plusieurs mois de tergiversations, le gouvernement Obama a autorisé les exportations de gaz. Ces exportations avaient été fortement réduites à la suite du premier choc pétrolier de 1973. Dans un premier temps, au départ des terminaux du Texas et de Louisiane, le gaz a pu être acheminé vers des pays d’Amérique centrale, notamment le Mexique.

Aujourd’hui, des cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) peuvent prendre la direction de la Grande-Bretagne et de l’Europe continentale. Il s’agit d’un changement drastique de la politique américaine auquel étaient opposés tant le parti républicain que des organisations environnementalistes, et surtout certains milieux industriels qui craignaient un enchérissement du prix du gaz et un amenuisement des réserves. Le basculement de politique vise plusieurs buts. D’abord, tenter de maintenir le prix du gaz à un niveau satisfaisant, tout en ne lésant pas les intérêts des industriels et des particuliers américains.
Ensuite, contrer la position dominante de la Russie dans l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Le très vaste marché asiatique est également visé par les exportateurs américains, entre autres le Japon et la Chine jusqu’ici très dépendants aussi du gaz russe.

Enfin, et cela n’est pas négligeable pour l’économie américaine, la création d’emplois qu’entraîne toute la mise sur pied d’une chaîne d’exportation gazière. La nouvelle donne semble donc éclaircir un tant soit peu l’avenir des producteurs américains. Pour un investisseur privé, rappelons que le principal ETF en la matière est United States Natural Gas (UNG, NYSE), aujourd’hui au niveau le plus bas des dix dernières années.

Jean-Claude Seynave
Entendu à Wall Street

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés