La Wallonie n'a pas besoin de cadeaux

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Sans être exhaustif, on peut illustrer une évolution positive de la Région wallonne par trois constatations ou assertions généralement acceptées: les plans Marshall successifs renforcent les possibilités de développement de la Wallonie en constituant une véritable stratégie de reconversion; la principale capacité de transformation et de développement économique de la Wallonie est dans l’entreprise; le développement régional est une responsabilité collective.

Transversaliser Marshall

Des jalons de la redynamisation de l’économie wallonne ont bien été posés grâce aux plans Marshall successifs et à leur financement. Mais leur principal mérite réside plus dans la mise en contact de personnes créatives, dans la montée en puissance d’une culture de l’évaluation ainsi que dans l’aspect exemplaire d’histoires à succès, suscitant ainsi d’autres envies de projets.

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Au niveau budgétaire et compte tenu des transferts de la 6e réforme de l’Etat, le plan Marshall ne représente plus que moins de 2% des ressources de la Région. L’adéquation et l’efficience de ses interventions constituent évidemment une donnée importante, mais sa transversalité devrait aussi être approfondie. Et ce par la liaison d’autres volets de la politique régionale à ses objectifs, notamment au niveau de l’évaluation des dépenses à l’occasion des travaux budgétaires.

L’entreprise, acteur de développement économique

Les entrepreneurs et les entreprises ne demandent ni "cadeaux", ni effet d’aubaine. Ils souhaitent tout simplement se battre à armes égales avec leurs concurrents ouest-européens sur les différents marchés à l’exportation. On sait que ce n’est actuellement pas le cas et que le handicap réel de ce point de vue (depuis avant 1996) représente 16,5% par rapport à la moyenne pondérée des trois pays voisins. Nos entreprises, ce sont bien sûr aussi ceux qui y travaillent et souhaitent voir l’activité de celles-ci se développer avec autant d’atouts que leurs concurrentes étrangères.

Au niveau budgétaire et compte tenu des transferts de la 6e réforme de l'Etat, le plan Marshall ne représente plus que moins de 2% des ressources de la Région wallonne.

La baisse de cotisations sociales sur le travail, décidée par le gouvernement fédéral, constitue un pas dans la bonne direction, de même que les décisions prises par le gouvernement wallon. Il ne serait néanmoins intellectuellement pas honnête d’affirmer que cela réduira en grande partie le handicap évoqué. Et n’oublions pas que ce qui vaut pour les exportations vaut, plus en amont, pour les investissements étrangers et même pour la situation de nos entreprises en concurrence avec des firmes étrangères sur des marchés publics belges.

Il revient également aux entreprises de s’inscrire dans ce mouvement d’amélioration de la compétitivité, qui vise clairement leur expansion plutôt que le statu quo. On sait que la créativité et le génie à l’exportation constituent aussi des éléments de compétitivité.

Les entreprises exposées internationalement ont ainsi droit à leur dû, et ce sans… "cadeaux".

Le développement régional est une responsabilité collective

Pas de développement régional sans appropriation collective. Et l’appropriation passe par une vision commune et un accord quant à la part à prendre par chaque "stakeholder" dans sa concrétisation. Certes, une telle approche ne remet pas en cause la légitimité démocratique des élus et des gouvernements, sans oublier les services publics relevant de ceux-ci. Mais elle intègre aussi les partenaires sociaux (donc, les entreprises) et la société civile, notamment les associations et réseaux. Comme l’écrit Philippe Destatte, directeur de l’Institut Destrée, il s’agit bien plus que d’une consultation ou d’une concertation formelles ("être ensemble au feu, dans la tranchée, et s’élancer ensemble vers les périls" (1)).

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Un mot sur le risque venant du "court-termisme": cette approche de responsabilité collective le réduit fortement. En effet, en incluant le Parlement, les partenaires sociaux et la société civile tout au long du processus, elle rend plus difficile la remise en cause complète, pour simple raison de différenciation médiatique, en cas de changement de coalition gouvernementale.

On pourrait ainsi reparler de plan Marshall à 10 ans: vive la Wallonie!

Par Philippe Suinen, président de la Chambre wallonne de commerce et d'industrie

(1) "La Wallonie, une gouvernance démocratique face à la crise", Philippe Destatte.

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