chronique

Le Covid-19 s'attaque-t-il aux profits?

Cofondateur et économiste, Orcadia Asset Management

La crise ne nous fera pas voir la fin du capitalisme. Une chronique d'Etienne de Callataÿ.

Comment expliquer la si vive remontée des bourses depuis le mois de mars? Quatre éléments explicatifs émergent:

 

-          l’apaisement des craintes sanitaires;

-          les signes d’un rebond de la conjoncture, aidé par la vigueur de la politique de soutien des pouvoirs publics;

-          le verrouillage des taux d’intérêt à un niveau plancher;

-          l’empressement des gouvernements à voler au secours des actionnaires privés en recapitalisant les entreprises à des conditions de très grande faveur.

©Peter Kneffel/dpa

Ce dernier point est frappant. En échange de ses milliards, l’État allemand a obtenu une participation minoritaire dans Lufthansa alors que sur la seule base du cours de bourse actuel, avec cet apport, il aurait dû en devenir l’actionnaire majoritaire. Et le raisonnement est "a minima", car le cours de bourse en question incorporait déjà une haute probabilité de ce sauvetage.

De manière plus fondamentale, comment la crise économique liée au confinement va-t-elle affecter la profitabilité des entreprises?

Il y a des facteurs qui vont exercer une pression baissière sur les profits. Parmi ceux-ci, mentionnons-en trois.

Premièrement, la contraction de l’activité économique va, c’est bien évident, amputer les bénéfices de 2020, et le rattrapage conjoncturel de 2021 ne suffira pas pour recouvrer le niveau qui aurait été atteint sans pandémie. Et même à moyen terme, la crise va laisser des traces dans la croissance tendancielle.  

©AFP

Deuxièmement, les entreprises vont devoir davantage se soucier de leur résilience, au détriment de la compression des coûts. Il s’agira pour elles de maintenir des stocks, "just in case", là où le "just in time" régnait. Il s’agira aussi de diversifier les approvisionnements, quitte à perte en pouvoir de négociation avec les fournisseurs. Il s’agira encore de maintenir une palette d’activités diversifiées, et non plus se concentrer sur son seul "core business" comme cela a été le diktat managérial, aidé en cela par des consultants stratégiques et des banques d’affaires désireux de faire de bonnes affaires.

Troisièmement, une possible hausse de la pression fiscale est à envisager. Ainsi, le financement du package européen de 750 milliards d’euros annoncé par la Commission inclut de potentielles nouvelles taxes sur les multinationales du numérique ou sur le sourcing en provenance de pays à faibles exigences environnementales.

Vous avez dit: "post-capitalisme"?

Toutefois, il est des facteurs qui pourraient, eux, favoriser les bénéfices des entreprises. Mentionnons-en trois également.

"La crise va avoir pour effet de faire disparaître un certain nombre de concurrents, et qui dit moins de concurrence dit a priori marges plus élevées".
Etienne de Callataÿ
Co-fondateur et économiste, Orcadia Asset Management

Premièrement, la crise va avoir pour effet de faire disparaître un certain nombre de concurrents, et qui dit moins de concurrence dit a priori marges plus élevées. S’il ne subsiste que 3 restaurants là où il y en avait 4, le prix du plat du jour risque d’augmenter. Et dans les secteurs portés par la crise, là aussi les marges augmentent. Regardons ce qui s’est passé dans les supermarchés!

Deuxièmement, il y a que les États vont s’accommoder d’une concurrence moins vive. On l’a vu avec le relâchement des règles en matière d’aide d’État.

Troisièmement, si certains coûts, en termes organisationnels, sont appelés à augmenter dans les entreprises, en revanche, qu’il s’agisse de salaires, de matières premières, de loyers ou de taux d’intérêt, les coûts de production vont être tempérés du fait de la crise.

La crise ne nous fera pas voir la fin du capitalisme. Il y aura ici et là des signes d’interventionnisme accentué des pouvoirs publics, qu’il s’agisse de taille de la dette publique, de l’activisme des banques centrales, de la présence de l’État dans l’actionnariat de grandes entreprises ou de nouvelles règles visant à réduire quelque peu la dépendance au commerce international. Cependant, ceci ne signifie en rien le passage à une société qui serait "post-capitaliste" ni n’annonce des vaches maigres pour le monde de l’entreprise.

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