Le Powerwall de Tesla est-il vraiment une révolution?

Elon Musk lors de la présentation de Powerwall ©REUTERS

Début du mois, Elon Musk, CEO de Tesla Motors a présenté une nouvelle batterie domestique. Les médias du monde entier ont directement accueilli le Powerwall comme une révolution. "Les fournisseurs d’énergie peuvent faire une croix sur leur modèle d’entreprise", ai-je parfois lu.

Cela semble en effet être l’objectif de Tesla: l’entreprise veut que les consommateurs produisent massivement de l’énergie avec des panneaux solaires pour ensuite stocker cette énergie sur place dans des batteries et la consommer. Cela doit permettre à terme de supprimer toutes les centrales de production d’énergie qui fonctionnent aux combustibles fossiles et rejettent du CO2.

Et quand Elon Musk fait un choix, il y met les grands moyens. Dans son usine gigantesque au Nevada, Tesla veut produire chaque année quelque 50 millions de kWh de batteries d’ici 2020 – soit plus que ce qui est produit dans le monde entier à l’heure actuelle.

Du buzz à la réalité

Il convient toutefois de savoir où se termine la réalité et où commence le buzz.

Il est vraisemblablement encore trop tôt pour dire adieu à notre fournisseur d’énergie. Les batteries présentées par Tesla sont actuellement intéressantes comme solution de secours en cas de panne d’électricité. Elles conviennent moins s’il faut les charger tous les jours (lorsque le soleil brille) et ensuite en consommer l’énergie (pour cuisiner ou regarder la télévision).

Il est vraisemblablement encore trop tôt pour dire adieu à notre fournisseur d’énergie

Pour être tout à fait honnête, un générateur de secours au gaz naturel est une solution de secours meilleur marché qu’une batterie onéreuse.

Le Powerwall représente-t-il dès lors une percée technologique? Non. Tesla utilise actuellement des batteries lithium-ion standard qu’elle achète chez Panasonic. La technologie est donc connue depuis bien longtemps. De surcroît, de nombreuses entreprises commercialisent déjà des batteries similaires.

Il est vrai que le Powerwall est bon marché – 3.000 dollars pour une installation d’une capacité de 7 kWh et 3.500 dollars (environ 3.100 euros) pour la batterie d’une capacité de 10 kWh.

Mais c’est sans compter sur les frais d’installation et l’inverseur dont vous avez besoin pour raccorder la batterie à votre installation. Le coût total d’une installation tourne plutôt autour des 7.000 à 7.500 dollars (6.200 à 6.700 euros).

Un investissement vite récupéré?

Tesla suggère que les batteries seront rapidement rentables, car vous recevrez un peu partout des subsides pour les installer. Le problème est que tous les pays n’offrent pas de subsides pour une capacité de stockage. Ce n’est, par exemple, pas le cas en Belgique.

Cela n’a en outre aucun sens d’acheter des batteries si vous habitez dans une zone où s’applique le Net Energy Metering. Net Energy Metering signifie qu’en tant que propriétaire de panneaux solaires, vous recevez autant d’électricité que vous injectez sur le réseau. Cela permet aux propriétaires de panneaux solaires d’utiliser le réseau électrique comme "batterie gratuite". Il est dans ce cas inutile d’acheter des batteries.

En Belgique, nous avons (pour le moment) ce système – raison de plus pour ne pas acheter de Powerwall.

Nous pensons toutefois que le système de Net Energy Metering ne durera pas, car il est très cher et trop généreux pour les propriétaires de panneaux solaires. À terme, on estime que davantage de pays proposeront des subsides pour installer des batteries.

Intéressant… à Hawaii

À l’heure actuelle, les conditions préalables à la rentabilité d’une batterie sont encore nombreuses. Tout d’abord beaucoup de soleil pour vos panneaux solaires. Ensuite, des prix de l’énergie élevés. Et enfin, comme nous l’avons déjà expliqué, un système sans Net Energy Metering.

Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’Hawaii est un des premiers endroits où un Powerwall est véritablement intéressant. Il y fait beaucoup plus ensoleillé que chez nous, on y octroie des subsides pour installer des batteries et il s’agit d’une des régions les plus chères du monde pour l’électricité: les consommateurs y paient pas moins de 310 euros par MWh (à titre de comparaison: nous payons 220 euros par MWh).

Le Powerwall est-il dès lors promis à un bel avenir? Nous ne le savons pas. Aujourd’hui, le Powerwall est tendance et Tesla a commercialisé ce produit de manière brillante. Nous ne savons pas encore comment le produit sera accueilli.

Mais si le prix des batteries et le paysage énergétique évoluent comme nous le prévoyons, Tesla peut prendre un bel avantage en misant d’ores et déjà sur cette évolution. Tesla fait un énorme pari, mais s’il réussit, l’entreprise peut redessiner le paysage énergétique mondial.

Par Christophe Brognaux,
Senior Partner et Managing Director de The Boston Consulting Group

 

 

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