Le PS est-il encore un parti de gouvernement fédéral ?

Depuis 9 mois le PS refuse de gouverner avec la N-VA, tout en étant incapable d’envoyer les signaux suffisants – tant sur la forme que sur le fond – au CD&V. La seule conséquence logique de cette situation est un retour aux urnes. Mais dans ce cas, quel message le PS pourrait-il porter s’il s’avère incapable d’être acteur de la formation d’un futur gouvernement ?

La Belgique se verra bientôt dotée d’un gouvernement à la fois de plein exercice, minoritaire, limité dans le temps, avec des pouvoirs spéciaux, et dont l’action doit se limiter à la lutte contre le coronavirus et ses conséquences socio-économiques. Ces éléments tout à fait exceptionnels ne font que mettre entre parenthèses la crise de formation gouvernementale que nous connaissons depuis neuf mois.

Vincent Laborderie

Politologue UCLouvain

Dans la séquence qui vient de se clore, l’attitude du Parti socialiste mérite d’être analysée. En effet, il semble bien que, alors que la mise en place d’un gouvernement dans une coalition "bourguignonne" était pressentie, celui-ci a été refusé par le bureau du PS tenu dimanche matin. Paul Magnette et certains ténors du parti (Elio Di Rupo, Laurette Onkelinx) auraient dû céder face aux reproches de "trahison" visant l’association avec la N-VA. Si, dans une crise telle que le coronavirus, il n’est pas possible au PS de monter dans un gouvernement fédéral, quand le fera-t-il ? Il est dès lors pertinent de s’interroger sur la relation du PS avec ce niveau de pouvoir, d’autant plus que ce parti est un acteur central du système.

Historiquement, le PS a en effet été le parti de gouvernement par excellence. Incontournable en Wallonie, il l’était aussi en Belgique. Rappelons qu’aucune réforme de l’État n’a pu être conduite sans son aval, quand il n’en était pas à l’origine. Au pouvoir à tous les niveaux, il était, en 2014, depuis 25 ans au niveau fédéral.

Mais cette année 2014 marque précisément une rupture. Non seulement parce que le PS se retrouve dans l’opposition, mais surtout du fait de l’interprétation unanime qui fut donnée, à l’époque, de son mauvais résultat. Les socialistes auraient payé leur participation au pouvoir, et singulièrement le poste de Premier ministre d’Elio Di Rupo. S’ensuit alors une législature d’opposition sans concession, symbolisée par l’action de Laurette Onkelinx à la Chambre lors de l’investiture du gouvernement Michel.

Dans l’opposition et concurrencé à gauche par le PTB et Écolo, le PS adopte alors une ligne de plus en plus radicale. Dès l’origine, il ne critique pas seulement la politique du gouvernement Michel (rebaptisé MR/N-VA), mais aussi sa légitimité démocratique, en s’appuyant sur son caractère minoritaire côté francophone. L’objectif est alors de diaboliser la N-VA et, par ricochet, son partenaire MR. Le mauvais score obtenu en 2019 aurait pu conduire à revoir cette stratégie. Mais il n’en fut rien.

Piège rhétorique

Menacé par la montée du PTB, le PS refuse de gouverner avec la N-VA et, de ce que l’on sait, fait des concessions insuffisantes pour convaincre CD&V et VLD de rejoindre une coalition Vivaldi. Pour être précis, il est difficile de reprocher au PS de ne pas vouloir gouverner avec la N-VA. En revanche, il est étrange pour un parti de gouvernement de ne pas entamer des négociations ouvertes et assumées avec ce parti, ne serait-ce que pour rassurer les partenaires flamands.

Si la dernière législature apparaît fondamentale, c’est qu’il semble bien que le PS se soit alors enfermé dans un piège rhétorique qui produit encore ses effets aujourd’hui. En effet, après avoir qualifié la N-VA de parti quasi fasciste durant cinq ans, comment justifier de mener des négociations sincères avec elle ? De même, si les autres partis de la "Suédoise" ont mené une politique ultralibérale, comment s’allier avec eux pour mener une politique qui ne serait pas de rupture ?

En réalité, la question n’est pas de savoir si le PS veut encore aller au pouvoir au fédéral. Il n’a rien contre dans l’absolu. Il s’agit surtout d’estimer quel niveau de concessions ou de sacrifices il est prêt à accepter pour cela. Et il semble bien que ce niveau ait drastiquement baissé au cours des dernières années. Dans un contexte où la gauche est toujours marginalisée en Flandre, cette intransigeance relative ne conduit-elle pas le PS à refuser, dans les faits, le pouvoir au fédéral ?

S’il s’avère bien que le PS n’est plus en mesure de faire les concessions nécessaires, c’est tout le fonctionnement du système politique belge qui serait remis en cause. Dans cette hypothèse, il serait comme grippé, avec une quasi-impossibilité de former un gouvernement, sinon de type « Suédoise ».

Car la question ici n’est pas seulement la force de la N-VA. Celle-ci n’était pas moins puissante en 2011. Mais à l’époque, Elio Di Rupo avait fait suffisamment de compromis pour garder CD&V et VLD à bord tout en conduisant la N-VA à s’exclure. Et il ne lui serait alors certainement pas venu à l’idée de revoir les règles de l’IVG, soit l’un des plus sûrs moyens de braquer le CD&V. Au-delà de ces partis, c’est peut-être avec tout le paysage politique flamand que le PS a pris ses distances. En témoigne le récent agacement du président sp.a quant au revirement de son pendant francophone.

Or, s’il s’avère bien que le PS n’est plus en mesure de faire les concessions nécessaires, c’est tout le fonctionnement du système politique belge qui serait remis en cause. Dans cette hypothèse, il serait comme grippé, avec une quasi-impossibilité de former un gouvernement, sinon de type "Suédoise".

C’est en réalité ce à quoi l’on assiste depuis 9 mois : un PS qui refuse de gouverner avec la N-VA, tout en étant incapable d’envoyer les signaux suffisants – tant sur la forme que sur le fond – au CD&V. La seule conséquence logique de cette situation est un retour aux urnes. Mais dans ce cas, quel message le PS pourrait-il porter s’il s’avère incapable d’être acteur de la formation d’un futur gouvernement ?

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