chronique

Les assureurs ne veulent plus des centrales nucléaires

Electrabel ne cotise donc à l'heure actuelle que pour 0,1% de la potentielle facture d'un accident nucléaire. Mais pour eux, c'est déjà trop.

Alors que nos réacteurs nucléaires croulent sous les procès, ce sont maintenant les compagnies d’assurance privées qui ne leur font plus confiance. Les risques sont sans doute trop élevés. Ce sera donc, selon la proposition de la ministre Marghem, à l’État de couvrir le moindre frais résultant de l’accident d’une centrale. Oui, oui, les nouveaux assureurs des centrales, à partir du premier euro, ce seront bien vous, citoyens…

Alors que Greenpeace attaque la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires de Doel 1 et 2 devant le Conseil d’État; qu’Inter-Environnement Wallonie (IEW) et BBL son homologue flamand ont introduit un recours en annulation devant la Cour constitutionnelle pour cette même décision; que de l’autre côté de nos frontières, Aix-la-Chapelle et Maastricht exigent la fermeture du réacteur fissuré de Tihange 2; et que lundi, Ecopower et sept autres coopératives d’énergie renouvelable ont déposé plainte auprès de la Commission européenne contre l’aide d’État dont bénéficient Tihange 1 et Doel 1 et 2; aucune compagnie d’assurance privée n’accepte aujourd’hui d’assurer ces centrales vieillissantes.

©Tim Dirven_Greenpeace

Prétendre que s’opposer aux centrales nucléaires relève de l’idéologie fantaisiste de quelques allumés qui portent de vieux pulls en laine n’est plus à l’ordre du jour. Les risques de sécurité et de ravitaillement en énergie nucléaire commencent à piquer les yeux. La section liégeoise du MR – qui est pour rappel le parti de la ministre de l’Énergie, Madame Marghem –, a remis une motion contre la réouverture du réacteur de Tihange 2. Quant aux assureurs, donc, ils trouvent le risque d’incident grave si élevé, qu’aucun ne veut plus assurer les centrales ("L’Echo" du 24 février). Et en analyse de risques, qui est meilleur qu’un assureur?

Sans assurance auto, on ne peut pas prendre le volant

Electrabel ne cotise donc à l'heure actuelle que pour 0,1% de la potentielle facture d'un accident nucléaire. Mais pour eux c'est déjà trop.

Qui n’a pas d’assurance familiale préfère rester à l’écart des pistes de ski et celui qui n’a pas d’assurance auto ne peut pas prendre le volant. Par contre, quand personne ne veut assurer les centrales nucléaires, Electrabel tire un peu la manche de madame la ministre Marghem et voilà le gouvernement qui sort une garantie d’État de sa poche.

Actuellement, Electrabel n’est assuré que pour 1,2 milliard d’euros seulement, tandis que quelques assureurs internationaux couvrent 300 autres millions. Tous les frais supplémentaires sont déjà sur le dos de l’État et donc du contribuable.

Et ces frais ne sont pas des moindres! Un grave accident nucléaire à Doel pourrait coûter jusqu’à 1.400 milliards d’euros, comme une étude réalisée en 2014 par Greenpeace l’étaye.

©Photo News

Electrabel ne cotise donc à l’heure actuelle que pour 0,1% de la potentielle facture d’un accident nucléaire. Mais pour eux, c’est déjà trop. Désormais, même ce 0,1% sera à charge de l’État, aucune compagnie n’ayant voulu proposer une police d’assurance à Electrabel. Le citoyen sera le seul assureur du moindre accident dans une centrale nucléaire.

La pensée d’un pessimiste écologiste

Pour preuve qu’un pareil incident n’est pas que la pensée d’un pessimiste écologiste, le énième incident que vient de subir Tihange 1. Depuis mardi, voilà ce réacteur à nouveau à l’arrêt à cause d’une pompe défectueuse dans le circuit de refroidissement primaire ("L’Echo" du 24 février).

Il ne s’agit plus là "d’une anomalie dans la partie non-nucléaire de la centrale" donc, mais bien d’un système essentiel qui doit veiller à ce que les combustibles radioactifs ne surchauffent pas.

Le 11 mars, cela fera exactement cinq ans que des systèmes de refroidissement défectueux ont mené aux fusions des cœurs de trois réacteurs de la centrale de Fukushima, au Japon.

Cela a heureusement été anticipé à Tihange, mais ce vieux réacteur de plus de 40 ans, qui sera hors d’usage à la date de ce triste anniversaire, ferait bien d’être envoyé à la retraite. Car quand les grands assureurs se retirent, cela n’est guère bon signe…

Par Eloi Glorieux, chargé de mission Énergie Greenpeace Belgique

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