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Les mineurs chiliens étaient "briefés"

Très vite, quelques semaines avant leur libération, on apprenait que les 33 mineurs chiliens suivaient un entraînement délivré par un journaliste reconnu, en vue de "leur enseigner à exprimer clairement leurs idées" et "de les mettre en situation afin qu’ils puissent gérer leur stress face aux micros et caméras". Il est vrai que les autorités s’attendaient à accueillir plus de 1.200 journalistes locaux et internationaux pour couvrir l’événement.

par Emmanuel Goedseels, partner Whyte Corporate Affairs

Durant un cours d’une heure par jour, l’expert leur a appris que les journalistes n’étaient pas des ennemis, que le rôle des médias était de rapporter leurs expériences au public et que leur histoire devait être la plus claire possible.

Ils ont donc assimilé tous les trucs et astuces pour gérer au mieux une interview, comme répéter une question quand on ne l’a pas comprise ou éconduire poliment un journaliste auquel on ne veut pas répondre.

Au final, ils s’en sont plutôt bien sortis, se profilant en véritables stars, accueillis comme des héros, ils ont affronté la "meute" de journalistes avec une relative sérénité.

La formule choc

De tout temps, mais aujourd’hui plus que jamais, le poids des mots et le choc des images sont les éléments clés de la communication. Un mot de travers devient un véritable "buzz" et efface tout sur son passage; l’ex-ministre française Rachida Dati en a fait récemment les frais lors d’une interview sur Canal+.

À l’inverse, des phrases chocs préparées et lâchées au moment propice sont d’une redoutable efficacité. Bart De Wever en use et abuse depuis des mois et il est vrai que les exemples sont nombreux et fréquents chez les hommes et les femmes politiques, qui font mouche avec ces formules bien préparées, prétendument spontanées. Il suffit de passer d’un journal télévisé à un autre pour s’apercevoir que la petite touche considérée comme improvisée à la première vision, se révèle souvent être une formule préparée à la seconde près. Mais qui s’en émeut?

L’objectif est bien de faire passer un message et de marquer les esprits.

De nombreuses personnalités politiques suivent régulièrement des "media trainings" pour préparer une interview ou un débat. Il s’agit d’ailleurs d’une démarche légitime puisque les journalistes préparent également leur interview. Il faudrait faire preuve d’une très (trop) grande assurance pour se contenter d’improviser lors d’une action de communication importante et d’oser courir le risque de se prendre les pieds dans le tapis.

La politique, monde unique

Ce qui est vrai pour un homme politique est vrai pour un dirigeant d’entreprise, avec au moins une différence marquante: un élu est, par définition, une personne de communication, des campagnes électorales aux congrès, des interviews aux joutes verbales d’un Parlement, au-delà de ses convictions et de ses propres forces; il n’existe que par la communication. Certains peuvent même passer quasi quotidiennement à la radio ou à la télévision.

Mais quel chef d’entreprise peut-il se targuer d’y passer plus de dix fois par an? Il n’y a pas de doute, les hommes ou les femmes politiques reconnus sont des professionnels des médias. Outre la fréquence plus élevée de leurs apparitions, les élus fonctionnent également dans un cadre de référence très différent du monde économique. Même s’ils représentent un parti politique, ils fonctionnent davantage comme des individus, car ils doivent se démarquer de leurs collègues. Ils doivent exister seuls, par eux-mêmes. Certaines apparitions peuvent être parfois assimilées à de la provocation, à une joute oratoire, à du jeu ou à de la comédie, c’est le théâtre vivant de la politique.

Cette différence explique par elle-même qu’un dirigeant ne peut pas considérer l’homme politique comme un modèle de communication. Le dirigeant doit prendre en considération des contraintes souvent bien plus nombreuses. D’abord, on l’a dit, beaucoup de dirigeants manquent d’expérience en matière d’interviews télévisuelles, et c’est normal, ce n’est pas leur métier.

Ensuite, un dirigeant n’est pas qu’individu, il représente, il symbolise une entité, une entreprise et s’adresse à une multitude de parties prenantes: les actionnaires, les clients, le personnel, les concurrents ou les partenaires qui peuvent sanctionner très rapidement un écart. L’enjeu d’une intervention se révèle donc déterminante.

Des journalistes partagés

Il est donc logique de préparer une intervention. Par contre, les journalistes se montrent très partagés sur le sujet.

D’abord, ils sont nombreux à donner des "media-trainings" "en dehors des heures de bureau", alors que certains rédacteurs en chef s’y opposent.

Ensuite, les journalistes apprécient la préparation d’une interview pour la précision des chiffres et des messages, mais regrettent le manque de spontanéité, voire même l’absence de dérapages verbaux qu’ils espèrent secrètement.

Enfin, ils s’insurgent sur les préparations trop formatées qui rendent les interviewés agaçants, ne sortant jamais du cadre des phrases rédigées dans un argumentaire.

Il y a quelques années, la porte-parole d’une banque en a fait les frais, durant un reportage de la RTBF: alors qu’elle répondait toujours de la même manière à différentes questions, le journaliste excédé a passé ses réponses en boucle au JT pour illustrer l’absurde de la situation...

La clé du "media training" réussi est sans doute "être préparé, sans que cela ne se voit", comme certains hommes et femmes politiques. Oui, il existe quand même des convergences!

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