chronique

Les nouvelles technologies attendues (ou pas) en 2016

École Polytechnique, ULB.

Après le paiement mobile sans contact, voici le paiement one touch pour les achats compulsifs. L'idée est de pouvoir acheter sans passer par des procédures d'enregistrement ennuyeuses.

Que réserve 2016? L’émergence d’un marché à 17 milliards d’EUR, celui de la seconde main pour les smartphones! Que deviendront les 120 millions de smartphones à remplacer, en 2016, au prix moyen de 140 USD. Oui, il s’en vend en seconde main, de particulier à particulier ou par retour/reprise des opérateurs. La seconde main est un outil de différenciation des opérateurs des pays en développement où on ne peut se payer des iPhones neufs. Chez nous, la seconde main inciterait les clients à privilégier les smartphones d’occasion. Mais c’est alors plus de budget à dépenser en trafic. Un choix cornélien pour l’opérateur qui s’y lancera le premier.

En 2016, 26% des utilisateurs de smartphone ne passeront plus un seul appel, que des données. C’était 11% seulement en 2012. Les smartphones prolifèrent d’options pour communiquer sans parler, souvent en asynchrone (on choisit quand répondre). La génération des 18-24 ans y est pour beaucoup: ils ont l’ancien smartphone de leurs parents qu’ils n’ont pu utiliser qu’en WiFi. Ils se sont habitués à utiliser les applications OTT. Cela explique la stratégie des sociétés: ne pas tout miser sur les call centers: ils privilégient les apps et les réseaux sociaux pour communiquer avec leurs clients.

Fin des réseaux voix

©EPA

On verra le début de l’extinction des réseaux mobiles dédiés à la voix, qui ne sera qu’un service parmi d’autre sur les réseaux data 4G (VoLTE). Pour l’opérateur, c’est tout bénéfice, car il n’a pas à maintenir deux infrastructures séparées. Un bon marketing sur la VoLTE et les efforts des opérateurs pour améliorer la couverture indoor à la maison, une tendance avec les femtocells (réseau de faible puissance), le tout géré par l’opérateur avec une qualité qui permettra de reprendre la main sur la cannibalisation par des services Skype et autre What’s App, pense Deloitte.

Photos par trillions

©BELGAIMAGE

Autre marché inouï peu visé par le big data, celui (du partage) des photos. En 2016, 2,5 trillions de photos seront en ligne, 15% en plus que 2015. Il y a plus de 2.000 applications pour partager ses photos. Elles émulent les réseaux sociaux: elles génèrent plus de réactions. La folie ne risque donc pas de s’arrêter, mais les fabricants de smartphones ne rivalisent plus par mégapixels interposés. Car les photos sont visionnées sur des petits écrans où la différence de qualité entre 10 et 20 mégapixels ne se voit pas. Ce sont des applications de traitement d’image automatisé pour les panoramas, pour les effets spéciaux qui manquent encore. Il y a aussi beaucoup à faire pour cataloguer (automatiquement) les photos. La reconnaissance d’image, de visage, bref l’intelligence artificielle, à cet égard, reste à développer. L’indexation automatique des photos reste rudimentaire.

La course au Gbits/s

A-t-on besoin d’une connexion à 1 Gbit/s à Internet si aucun site n’accepte de dédicacer de tels débits individuellement? N’est-ce pas frivole? Non: ce n’est plus un seul appareil qui est connecté à Internet chez soi, mais des dizaines. Et chacun veut sa ration. Le coût pour améliorer, à 1 Gbits/s, une connexion câble est d’à peine 22 USD par maison. Deloitte met en garde les ISP qui proposent trop vite du 1Gbits/s à leurs clients, car ces clients pourraient ne pas comprendre et demander moins. Bonne chance pour les persuader de repasser au pack supérieur plus tard!

Sur la fin annoncée des PC/laptops, Deloitte n’y croit pas. Aux USA, en France et au Canada, la génération 18-24 ans a plus accès aux laptops qu’aux smartphones. Smartphones et PC/laptops sont complémentaires. Dans les auditoires, c’est sur laptops que les jeunes prennent des notes, téléchargent leurs polycopiés. Pour des films, des émissions TV ou des vidéos de plus de 20 minutes, les statistiques sont sans appel: les écrans PC sont utilisés le double du temps des smartphones et des tablettes. Pour Deloitte, avoir une stratégie "mobile only" est dangereux, si elle se base sur l’idée que les jeunes se débarrassent des PC et laptops.

Paiements mobiles

©Patrick Post

Après le paiement mobile sans contact, voici le paiement one touch pour les achats compulsifs. L’idée est de pouvoir acheter, sur le site d’un commerçant, avec une seule touche "buy" sans passer par des procédures d’enregistrement ennuyeuses: 80% des clients potentiels renonceraient à des achats sur internet, sur des sites jamais accédés auparavant (mais renseignés par la pub). Il y a là tout un potentiel d’apps "shopping" spécialisées. Ces apps s’occuperaient, en arrière-plan, des procédures d’enregistrement, du détail des cartes de crédit et adresses, etc.

Technologies cognitives

Autre révolution pour 2016, les technologies cognitives qui améliorent la digitalisation des entreprises. Ce sont: l’apprentissage (intelligence artificielle), l’intégration du langage naturel et la reconnaissance vocale. L’intelligence artificielle est cette capacité des ordinateurs à s’auto-améliorer sans qu’un programmeur ne doive intervenir (par ex.: détection des fraudes). L’intégration du langage naturel peut extraire, des textes humains, non seulement leur sens propre, mais aussi l’humeur de celui qui l’a écrit, histoire de déceler la satisfaction client sur le Net. Ces technologies seront à l’œuvre dans le recrutement des bons candidats. Enfin la reconnaissance vocale permettrait de se débarrasser des claviers et d’avoir les mains libres au sens propre comme au sens figuré en termes de digitalisation…

Réalité virtuelle

©BELGA

Parlons-en des mains libres, la réalité virtuelle pourrait décoller, prédit Deloitte, avec son premier milliard de dollars en 2016. Il y a la réalité virtuelle appliquée aux jeux, pour les accros sur PC/console, pas pour les joueurs occasionnels sur mobile, car un casque de réalité virtuelle, c’est 300 USD. C’est au niveau business que la réalité virtuelle apportera plus: pensons aux architectes, aux équipes d’intervention d’urgence qui doivent s’entraîner, aux applications médicales et aux MOOC, sans parler des applications militaires. Attention aux effets de mode: les Google Glass en ont fait l’amère expérience. En tout cas, les prévisions extravagantes sont au rendez-vous: Digi Capital annonce un chiffre d’affaires de 30 milliards de dollars en 2020 pour la réalité virtuelle, 120 pour la réalité augmentée et, en 2025, 60 dans le seul marché des jeux en réalité virtuelle.

Jeux mobiles: peu d’élus

Attention aussi, dit Deloitte, à la bulle des jeux mobiles: les jeux sur smartphones représenteront 35 milliards d’EUR en 2016, 20% de plus par rapport à 2015, à égalité avec les jeux sur PC (32 milliards) et plus que les 28 milliards de jeux pour consoles. Si un jeu sur console rapporte 4,8 millions de dollars, un jeu sur PC 2,9 millions, ce ne sont que 40.000 dollars par jeu mobile. C’est la loi des nombres qui joue: en 2016, il y aura, sur les AppStore et autres Google Play, 800.000 jeux mobiles contre 17.000 en tout pour les consoles et les PC. 500 jeux sont lancés tous les jours sur mobile. Le développeur doit payer, à la plate-forme qui l’héberge, quelques dollars par téléchargement, alors que le jouer ne paiera rien. Les mouvements ont déjà commencé fin 2015 avec le rachat, par Activision, éditeur de "Call of Duty" et "World of Warcraft", de King et son célèbre "Candy Crush", pour 5,9 milliards de dollars, sans compter Vivendi qui est entré au capital de Ubisoft.

Mobile ad blocker

©BELGAIMAGE

Les mobile ad-blockers ne semblent pas une menace, car, sur mobile, tout se passe souvent par apps. On surfe de moins en moins sur des sites avec son mobile. Pour Deloitte, seulement 0,3% des propriétaires de smartphones ont téléchargé un "mobile ad blocker". Pourtant, un ad blocker améliore le temps de téléchargement des pages web, qui est de 10 à 15 secondes, vers un fraction de seconde. Un texte de 500 mots peut, par le jeu des appels à d’autres sites pour la pub, générer jusqu’à 20 MB de quantité supplémentaire à télécharger. Le risque vient plutôt, explique Deloitte, des opérateurs qui se mettraient à bloquer les publicités au niveau du réseau, une entrave à la neutralité du Net.

Les start-ups candidates seraient bien inspirées de lire ce rapport pour ne pas foncer dans une mauvaise direction…

Par Charles Cuvelliez & Jean-Marie Dricot | École Polytechnique, ULB.

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