Les PME et le syndrome de Peter Pan

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Selon Paul Magnette, le ministre-président wallon, les PME souffrent du syndrome Peter Pan: elles n’ont pas envie de grandir.

Selon lui, si les PME restent trop petites, elles ne peuvent pas innover suffisamment, elles ont des difficultés pour obtenir des crédits et elles ont des difficultés pour exporter leurs produits. Il veut que plus de PME croissent plus vite. Avec son plaidoyer pour plus de gazelles, Paul Magnette se rend coupable de la pensée classique de la croissance et se méprend.

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D’abord, la croissance continue est un mythe. Des auteurs de livres de management, qui deviennent parfois des gourous, prétendent régulièrement avoir trouvé la recette miracle pour le succès professionnel. Ils ont sélectionné soi-disant des entreprises excellentes et visionnaires, souvent sur base d’une augmentation forte des mesures financières classiques, et décrivent ce qu’ils y observent.

L’encre de leur publication est à peine sèche que plusieurs de ces entreprises ne sont plus si excellentes ni visionnaires. Elles connaissent une rechute. Ceci est très normal dans une économie qui se caractérise par une destruction créative. De nouvelles entreprises et des entreprises innovatrices rattrapent des entreprises existantes. Une entreprise évolue généralement selon un mouvement yo-yo. De bonnes années sont suivies de moins bonnes.

De la politique basée sur des mythes

La croissance continue n’est pas seulement un mythe, mais aussi un signe illusoire de réussite. La recherche scientifique nous apprend qu’il n’y a aucune relation entre un chiffre d’affaires plus élevé – la mesure la plus utilisée pour la croissance – et de meilleures prestations financières.

Les vraies causes de cette crise sont déjà oubliées: la convoitise effrénée, le culte de la croissance et de la grandeur, et l’obsession de l’aspect quantitatif

Faire de la politique basée sur des mythes contribue à un gaspillage énorme de moyens, à de mauvais stimulants et à du dégât. Les avocats de la croissance rapide pensent à tort qu’une PME stable au sens quantitatif ne connaît pas une évolution, une dynamique et des changements.

En outre, il y a des entrepreneurs portfolio, qui ne réalisent pas la croissance avec une entreprise mais en tant qu’entrepreneur. Ils sont propriétaires de plusieurs entreprises dont chacune reste relativement stable au sens quantitatif.

N’oublions pas non plus qu’une PME n’est pas du tout une grande entreprise en miniature. Par conséquent, une PME qui croît trop vite connaît souvent des problèmes de cash. Une PME est donc le plus souvent servie par une croissance prudente.

L’obsession du quantitatif

Nous sommes obsédés par le quantitatif, convaincus que le plus grand est synonyme de plus beau. La crise financière et economique nous a montré les répercussions de cette glorification de la croissance rapide. Elle laisse échapper le côté mauvais de la vie d’entreprise, le Mr. Hyde.

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La croissance quantitative comme objectif fait d’une entreprise une organisation dénaturée, qui risque de travailler à court terme. La croissance ne peut jamais être l’objectif ou la raison d’être. Elle peut être un moyen et/ou un résultat. Faisons la comparaison avec la nourriture et l’être humain. Nous mangeons pour survivre, mais nous ne vivons pas pour manger.

Albert Einstein nous l’a appris: ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément. Heureusement, il y a des entreprises qui ont bien compris cela. Les petits gérants réalisent que la valeur d’une entreprise ne se laisse pas mesurer par sa taille ou son rythme de croissance. Pour eux, la création de la valeur pour les différentes parties prenantes est l’objectif.

Pour réaliser cela, ils adoptent une vraie stratégie qui indique que l’entreprise est unique et poursuit un objectif qualitatif plus élevé. Le Mittelstand allemand, à qui les adhérents des PME plus grandes aiment se référer, nourrit également leur ADN qualitatif. C’est-à-dire leur caractère familial, leur focus sur une niche prononcée, leur attitude d’artisan et leur accent sur la continuité de l’entreprise.

D’ailleurs, la plus grande différence entre l’Allemagne et la Belgique est que nos voisins orientaux comptent plus de petites entreprises (entre 10 et 50 employés). Quinze pour cent des entreprises en Allemagne sont petites, comparé avec 5 pour cent en Belgique.

Apparemment, nous n’avons pas appris beaucoup de la pire crise financière et économique depuis la Seconde Guerre mondiale. Les vraies causes de cette crise sont déjà oubliées: la convoitise effrénée, le culte de la croissance et de la grandeur, et l’obsession de l’aspect quantitatif.

Le problème n’est pas du tout le syndrome Peter Pan des PME, qui doivent être considérées beaucoup plus comme le cœur et l’âme de notre société. Le vrai problème est que trop de gens souffrent du syndrome Mr. Creosote, qui pensait que la beauté était synonyme de croissance.

Par Johan Lambrecht | Professeur à KU Leuven et directeur du Centre d'Études pour l'Entrepreneuriat Odisee

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