start-ups carte blanche

Les start-ups de la finance vont-elles dégommer les banques?

Start-Up Financial Architect

La profession bancaire est enchantée à l'idée d'utiliser les fintechs comme cobayes.

Par Carl-Alexandre Robyn,
Startup Financial Architect, associé fondateur du Cabinet Valoro

Il y a beaucoup de marketing autour de l’alternative, de l’innovation disruptive, de la créativité, de la productivité nouvelle qu’engendreraient les start-ups fintech. Pourtant, malgré une "com très provoc", elles cachent souvent une histoire entrepreneuriale plus banale.

Depuis quelques années, une myriade de jeunes pousses viennent contester l’hégémonie bancaire en venant s’intercaler entre les établissements traditionnels et leurs clients, en leur proposant de nouveaux usages. En jouant sur l’image écornée du secteur par la crise financière pour attirer des clients à la recherche de tarifs moins chers et d’un service plus simple et réactif, avec leurs applications mobiles séduisantes. En captant des marges qui devenaient injustifiables, en s’adressant à des clientèles qui n’étaient pas couvertes ou pas satisfaites.

Ainsi les fintechs sont des entreprises innovantes, plutôt jeunes, utilisant les technologies du numérique, du mobile, de l’intelligence artificielle, etc., pour fournir des services financiers de façon plus efficace et moins chère.

Peu de fintechs sont pérennes

Mais il est probable que la plupart de ces jeunes pousses disparaîtront. D’autant plus qu’elles semblent être des clones les unes des autres. Tous ces nouveaux entrepreneurs ont des idées similaires et leurs business plans semblent des copies conformes, des modèles économiques "me to" de ce qui a marché aux Etats-Unis.

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Si la technologie peut offrir un avantage compétitif, celui-ci ne dure généralement pas très longtemps. À court ou moyen terme, les banques finiront par adopter exactement la même technologie, ce qui signifie que toutes ces fintechs impétrantes, aussi turbulentes qu’elles puissent être, ne sont pas vraiment à même de creuser des douves de protection autour du château de leur avancée technologique et de l’avantage concurrentiel que celle-ci leur procure… momentanément. Remarquons, au passage, que les porteurs de projet fintech ont tendance à sous-estimer les investissements informatiques et de mise en conformité qui sont souvent beaucoup plus lourds qu’attendus.

Les banques ont un appétit d’ogre pour les fintechs

La profession bancaire est enchantée à l’idée d’utiliser les fintechs comme cobayes.

La profession bancaire ne sera jamais ni "ubérisée", ni "ryanairisée": tout au plus bouleversée par des impétrants perturbants, mais pas au point d’être mises réellement en danger mortel, étant donné leur extraordinaire capacité de résilience (cf. la succession de crises financières qu’elles ont surmonté depuis un demi-siècle). A priori, on comprend intuitivement qu’il n’y aura jamais d’Uber de la banque, parce que le secteur est trop complexe, trop réglementé, il repose trop sur la confiance – on ne confie pas son argent à n’importe qui – pour qu’un nouvel acteur inconnu renverse tout sur son passage.

Et puis, la profession bancaire est enchantée à l’idée d’utiliser les fintechs comme cobayes. Des rats de laboratoires qui conçoivent, développent et améliorent de nouvelles méthodes, de nouveaux procédés financiers et avec lesquels bon nombre de banques codirigent des projets expérimentaux, afin de réduire leurs propres risques et de mesurer à quel point elles pourraient déployer, chez elles, la technologie afin d’augmenter leur propre efficacité. D’autres établissements bancaires ont créé des fonds de capital-risque dédiés à prendre des participations dans le capital de ces start-ups alliant finance et technologies, afin de construire des partenariats avec celles disposant déjà d’une solide courbe d’expérience.

La révolution bancaire (si vantée) n’est qu’un pétard mouillé

Une kyrielle de signes montrent que la "disruption" du monde bancaire que beaucoup de fintechs annoncent ou appellent de leurs vœux, n’est pas pour demain.

Exemple: le rachat en avril 2017, pour plus de 200 millions d’EUR, de Compte Nickel par la BNPParibas. Ce projet (devenu une formidable réussite entrepreneuriale ayant créé, ex nihilo, un réseau destiné originellement à des personnes "non bancarisées") se revendiquait, à l’origine, "antisystème" et se voulait clairement une alternative aux banques traditionnelles; il a fini par tomber dans l’aumônière d’une banque de l’establishment.

Autres exemples. La start-up toulousaine Morning (une néobanque), qui voulait "réveiller la banque", s’est adossée en février 2017 à la Banque Edel (filiale du distributeur E. Leclerc). L’été dernier (juillet 2016), c’était la start-up allemande Fidor (banque mobile), l’une des plus atypiques (les clients et les membres de la "communauté" peuvent obtenir la commercialisation de nouveaux services et le taux d’intérêt du livret d’épargne dépend du nombre de "like" sur Facebook) et des plus prometteuses d’Europe qui se faisait avaler, pour une centaine de millions d’euros, par le groupe Banques Populaires Caisses d’Epargne.

La cagnotte en ligne Leetchi, quant à elle, a été rachetée pour une cinquantaine de millions d’euros par Crédit Mutuel Arkéa en septembre 2015.

On voit bien, et c’est une généralité, que l’espoir de révolution bancaire que font naître toutes ces fintechs, qui s’attaquent à tous les métiers de la banque, n’est en réalité qu’un pétard mouillé. On retrouve à des degrés divers (jusqu’à 100%), dans le capital de la majorité de nos fintechs, des banques et des compagnies d’assurances classiques. C’est une évidence, le métier bancaire étant très capitalistique, toutes ces fintechs sont, à un moment ou à un autre, obligées de se trouver des partenaires financiers solides, des actionnaires qui comprennent le métier et les contraintes.

Les banques classiques ont donc une stratégie défensive astucieuse, en considérant les fintechs comme des laboratoires qui, une fois le produit testé et approuvé par le marché, sont absorbés (un peu comme les biotechs sont gobées par les groupes pharmaceutiques).

Aucune marque nouvelle

Les start-ups mariant finance et technologies fanfaronnent en se positionnant de manière assumée comme "disruptives". Elles comptent révolutionner le secteur bancaire dans son ensemble, avec ce côté désagréable des "disrupteurs", des perturbateurs qui veulent déstabiliser un modèle extrêmement réglementé, frôlant ainsi en permanence l’illégalité.

Pourtant, aucune marque grand public nouvelle dans le monde bancaire n’a émergé de cette révolution technologique, à part les banques en ligne, qui sont toutes des filiales de banques classiques.

Du reste, à force de campagnes publicitaires très coûteuses et de primes offertes à l’ouverture d’un compte, surfant sur l’appétit des usagers pour une relation bancaire à distance, les établissements bancaires sans agences sont, certes, parvenus à conquérir quelques centaines de milliers de clients. Mais il s’agit d’une progression lente, qui n’a pas créé de rupture ni provoqué une adhésion de masse à leur modèle.

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