Liquidité ou stabilité?

Faut-il choisir entre liquidité et stabilité, demande Baudouin Dubuisson? Qui constate que le système financier creuse toujours davantage un déséquilibre économique.

La monnaie a toujours posé un problème délicat aux économistes. Longtemps considérée comme un "voile" dissimulant l'économie réelle, elle a fini par imposer son rôle déterminant dans l'équilibre économique. Guidée par le courant monétariste, la FED s'est efforcée, tout au long du règne d'Alan Greenspan, de développer la base monétaire et favoriser la croissance, mais les changements structurels qui ont lentement mais sûrement transformé le monde économique et financier au cours de ces vingt dernières années sont passés inaperçus.

Avec un système monétaire cohérent, tout ceci n'aurait pas porté à conséquence, car la "main invisible" aurait rempli sa mission, mais avec des observateurs de plus en plus branchés sur le court terme, une variable, et non la moindre, n'a probablement pas été suffisamment prise en considération: l'explosion de la masse monétaire.

Un Puits sans fond

Le double déficit abyssal des Etats-Unis a, avec la complicité de pays émergents soucieux de ne pas laisser le dollar se déprécier, déversé des liquidités dans un puits sans fond. Et, comme si cela ne suffisait pas, dérégulation oblige, le pouvoir de démultiplier la monnaie est progressivement passé entre les mains des banques privées. De création monétaire en nouveaux produits financiers, nous en sommes arrivés à une situation telle les deux tiers de l'argent qui circule sur la planète n'ont plus de point de chute dans l'économie réelle.

Et nous ne pouvons même pas compter sur l'inflation pour résorber le déséquilibre, l'inflation ne mesurant que l'évolution des prix de la consommation de biens et services, donc, uniquement l'argent qui circule dans l'économie réelle!

En dehors de l'économie

La bulle financière s'est développée en dehors de l'économie en combinant produits financiers de plus en plus déconnectés de la réalité et des techniques dont la logique au service de l'économie est douteuse: on vend des actifs qu'on ne possède pas, on simule des achats pour les annuler en quelques centièmes de seconde, on achète des couvertures pour des risques qu'on ne court pas...

Le tout provoque une instabilité telle que, tétanisé par les risques croissants, plus personne n'ose bouger. Trop de liquidité a fini par tuer la liquidité: les marchés se sont figés, les placements financiers font peur aux petits épargnants et les acteurs financiers, eux-mêmes cotés sur les marchés boursiers, ont fini par périr par où ils avaient péché: ils sont devenus, à leur tour, victimes des marchés qu'ils ont contribué à façonner!

Comme dans tout système incontrôlé, les effets pervers sont devenus prédominants.

Tout cela n'a pas découragé les défenseurs du dogme de la liquidité des marchés, ceux-là mêmes qui, concentrés sur le court terme, n'ont pas vu le piège du déséquilibre croissant entre la masse monétaire et les besoins de l'économie. Aujourd'hui, la coexistence de deux réalités différentes, l'une économique, l'autre financière, éclate au grand jour.

La liquidité s'est retournée contre ceux qu'elle devait servir et, élément plus préoccupant, compromet la stabilité de l'économie.

Le manque d'industrie

Les systèmes économique et financier se complètent et ne sont compatibles que dans un contexte d'équilibre entre les besoins monétaires de l'économie et l'argent disponible. Que cet équilibre soit brisé, loin de contribuer au rétablissement de l'équilibre, le système financier creuse toujours plus les déséquilibres. Aujourd'hui, avec sa capacité d'enfoncer sans limite les plus faibles au lieu de les aider à se redresser, la finance joue contre l'économie.

La volatilité des prix des matières premières, des taux de change ou le coût du crédit est telle qu'investir à moyen ou long terme devient de plus en plus risqué pour un acteur industriel, et, sans investissement, l'économie est condamnée. Pourtant, ce n'est pas le fruit du hasard si les pays qui résistent le mieux à la crise sont ceux qui ont développé ou conservé leur base industrielle: l'Allemagne, la Suisse, la Chine.

Inversement la Grèce, qui n'a plus que 7 % de sa population active dans l'industrie, les Etats-Unis ou la Grande Bretagne qui ont laissé démanteler leur tissu industriel n'arrivent plus, faute d'exportation, à résorber leur déficit extérieur.

La question est dès lors de savoir si liquidité et stabilité sont encore compatibles? Poser la question, c'est sans doute déjà y répondre. Les mesures à prendre sont connues: seuls le courage et le consensus politique manquent.

Baudouin Dubuisson

Administrateur de sociétés et entrepreneur

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