Madame Marghem, indignons-nous!

©Photo News

Votre décision de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires Doel1 et Doel2 s’impose et ne peut être mise en danger ni par des propos incongrus et inconséquents ni par une pollution politicienne de bas étage qui cachent le vrai problème: assurer notre sécurité d’approvisionnement électrique pour cet hiver et les hivers prochains.

Il faut passer outre car si, cet hiver, il y a rupture de fourniture de courant (haute probabilité), c’est vous qui en assumerez la responsabilité. Déjà, le retard pris dans la mise en application de votre décision rend, faute de combustible livré à temps, l’unité Doel1 indisponible pour l’hiver 2015-2016.

Par ailleurs, il reste une incertitude quant à la disponibilité de Doel3 et de Tihange2.

©BELGA

Ceci signifie, suivant les calculs d’Elia, gestionnaire du réseau à haute tension, qu’il est nécessaire de prévoir des réserves stratégiques comprises entre 1.500 et 1.700 MW si Doel2, Doel3 et Tihange2 sont opérationnels et comprises entre 3.500 et 3.700 MW si Doel3 et Tihange2 sont indisponibles.

Ces calculs ont été faits dans les hypothèses où les importations pourraient atteindre 2700 MW, où la croissance annuelle de la demande serait tombée de 1 à 0,31% et où l’accord de prolonger la durée de vie de Doel2 serait acquis.

Or on sait que, par grands froids, il ne faut pas compter sur des importations françaises sachant que leur sensibilité au froid est de -2.300 MW/°C (la nôtre n’étant que de -110 MW/°C) et que, d’autre part, la capacité physique de transfert vers nos voisins hollandais n’est que de 2.750 MW.

©Photo News

Enfin, si la croissance annuelle est de 1% au lieu de 0,31%, il faut ajouter, aux réserves stratégiques calculées, 500 MW et 433 MW, si Doel2 est indisponible. Soit un déficit entre offre et demande qui atteint, dans le pire des cas, 4.633 MW.

A titre indicatif, notre production centralisée en 2015 est de 9.400 MW si Doel2, Doel3 et Tihange2 sont disponibles et 7000 si elles ne le sont pas. La production décentralisée, en majeure partie intermittente et donc non certaine, couvre 9% de la demande. Cela signifie que, dans le plus mauvais scénario, les réserves stratégiques nécessaires voisineraient les 60% de notre capacité de production.

Conclusion: comme il est impensable de geler 60% de notre parc de production pour ne l’activer qu’en cas de pénurie, il est certain que, si nos unités nucléaires ne sont pas disponibles, la seule solution pour préserver, cet hiver, l’équilibre de notre réseau sera le délestage forcé.

Comme il est impensable de geler 60% de notre parc de production pour ne l’activer qu’en cas de pénurie, il est certain que, si nos unités nucléaires ne sont pas disponibles, la seule solution pour préserver, cet hiver, l’équilibre de notre réseau sera le délestage forcé.

Or le Bureau du Plan a calculé que le coût d’opportunité d’un délestage s’élevait à 8.300 EUR/MWh. Ce qui signifie que si on déleste le réseau de 2.300 MW (moitié de la réserve stratégique maximale), une heure de délestage représente un coût de 19 millions d’euros.

Il est donc essentiel que votre décision de prolonger l’exploitation de nos unités nucléaires soit fixée rapidement.

Un calcul écologique

Une autre raison est purement écologique et, par là même, économique.

Si Doel1, Doel2, Doel3 et Tihange 2 sont opérationnels, leurs émissions annuelles de CO2 s’élèvent à: 2880 MW x 0,9 x 8.760 h x 5,9.10-3 tCO2/MWh = 133.965 t CO2.

Si ces unités nucléaires sont remplacées par des centrales à gaz TGV fonctionnant à leur puissance nominale (car, si on veut remplacer des unités nucléaires, il est infiniment plus rentable de le faire uniquement avec des centrales TGV tournant à plein qu’avec des éoliennes couplées à des centrales TGV bridées), les émissions annuelles de CO2 s’élèvent à 2.880 MW x 0,9 x 8.760 x 440.10-3t/MWh = 9.990.640 tCO2, soit une différence par rapport au nucléaire de 9.856.675 tCO2.

Quand on sait que le gouvernement a décidé de payer 65 euros des certificats verts (CV) pour récompenser les non-pollueurs et qu’un CV représente un non-envoi de 0,456 tCO2 dans l’atmosphère, le gâchis sur le plan économique que représenterait la non-utilisation des unités nucléaires précitées s’élèverait annuellement à: (9857.103 tCO2/0,456) x 65 EUR = 1,4 milliards EUR/an.

Ce sont toutes ces raisons – techniques, économiques et écologiques – qui justifient mon souhait de vous communiquer mon indignation.

Par Pascal Wets, ingénieur civil.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés