Obama veut des énergies propres mais à quel prix?

©REUTERS

Le plan américain pour une énergie propre a été présenté il y a quelques semaines par Barack Obama. Il fait suite à un accord international selon lequel chaque pays doit chiffrer son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Le président américain, pour qui "le changement climatique constitue une menace majeure pour notre monde et pour les générations futures", a décidé de diminuer la quantité des gaz à effet de serre (GES) rejetés par les Etat-Unis. Le second plus grand producteur de CO2 au monde envisage une réduction de 32% d’ici 2030 (par rapport à 2005) des émissions de GES des centrales au charbon, qui produisent encore environ 40% de l’électricité américaine.

De plus, la part du renouvelable (éolien et photovoltaïque) doit passer de 13% en 2014 à 28% d’ici 2030.

S’il est vrai que les centrales au charbon sont plus polluantes que celles au gaz, la décision de promouvoir uniquement les énergies renouvelables interpelle.

En effet, les nombreux inconvénients de l’éolien et du photovoltaïque sont bien connus et le choix de Barack Obama soulève donc deux questions essentielles: quel sera l’impact de l’augmentation de la part du renouvelable sur la facture énergétique du citoyen américain et pourquoi préférer l’éolien et le photovoltaïque au gaz, qui était, il y a peu, l’option favorite de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA)?

L’électricité chère est en Allemagne et au Danemark

Pour comprendre l’influence du renouvelable (éolien et photovoltaïque uniquement) sur la facture énergétique par habitant, nous pouvons examiner les données d’Eurostat, l’office de statistiques de l’UE.

Celles-ci nous permettent d’accéder aux coûts de l’électricité par pays ainsi qu’aux proportions relatives des différentes sources de production d’électricité: nucléaire, charbon, gaz, vent et solaire.

On y observe que l’électricité est la plus chère en Allemagne et au Danemark (0,298€/kWh et 0,304€/kWh respectivement) tandis qu’elle est la moins chère en Hongrie, Croatie et Pologne (0,12€/kWh, 0,131€/kWh et 0,142€/kWh).

L’Allemagne et le Danemark sont les deux pays où la part du renouvelable est la plus élevée: 969 MW et 956 MW de capacité installée par million d’habitants.

En d’autres mots, plus la part du renouvelable est importante, plus le coût de l’électricité est élevé.

En ce moment, 4% de l’électricité américaine est produite par le vent et le soleil et la capacité installée est de l’ordre de 231 W/personne. Le plan Obama requiert 28% de renouvelable d’ici 2030 (7 fois plus), ce qui correspond à une capacité installée d’environ 1537 W/personne et un coût de l’ordre de 0,40€/kWh, soit quatre fois plus qu’aujourd’hui.

Les conséquences pour la population américaine la plus pauvre seraient tout simplement catastrophiques. Rappelons que l’Europe suit déjà ce chemin qui conduit à une paupérisation accrue des personnes les moins privilégiées: en Allemagne, plus d’un million de familles sont incapables de payer leurs factures énergétiques et plus de 24.000 Britanniques, n’ayant pas assez d’argent pour se chauffer correctement, meurent chaque année en hiver.

La barrière des + 2°C

Un tel résultat a coûté aux citoyens européens la somme de 1.000 milliards d’euros (éolien et solaire uniquement), pour une production d’électricité de 3,8%… Un résultat dérisoire.

Cet immense gaspillage de nos ressources financières vise à éviter une augmentation de + 2°C de la température moyenne de notre monde. Cette barrière des + 2°C a, pour rappel, été proposée par un groupe de climatologues allemands dirigé par le Pr. Schellnhuber (directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research) sous la pression d’Angela Merkel. Schellnhuber qui a du reste lui-même déclaré que "cette limite de +2°C n’a rien de magique; c’est seulement un but politique. Le monde ne disparaîtra pas immédiatement, même en cas de réchauffement plus puissant".

Le plan Obama s’apparente donc à de l’opportunisme politique plutôt qu’à une volonté réelle d’offrir de l’électricité bon marché et de manière fiable à la population américaine.

La promotion de l’éolien et du photovoltaïque repose sur le souhait de réduire la concentration de CO2 anthropique. Hélas, se focaliser sur la production d’énergies renouvelables pour diminuer les émissions de CO2 est un leurre qui ne résiste pas à l’analyse des données de Eurostat. Depuis 1995 et l’engouement pour les énergies renouvelables en Allemagne, leur production a été augmentée de 540% tandis que les émissions de CO2 ont baissé de quelques pourcents à peine.

István E. Markó, professeur à l'UCL

* L’auteur s’exprime à titre personnel

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés