"plutôt partenariat que coopération"

Entretien avec Rudy Demotte, de retour de Kinshasa après une visite de trois jours pour fêter 25 ans de coopération.

Un petit bureau, une employée à mi-temps, un budget annuel de 10.000 euros… La Communauté française a démarré très modestement sa coopération au Congo, en 1986. Vingt-cinq ans plus tard, la fédération Wallonie-Bruxelles a une déléguée permanente, Kathryn Brahy, un budget de 1,5 million d’euros et pignon sur rue à Kinshasa.

L’entreprise reste modeste, mais elle dure et est visiblement appréciée des Congolais. Rudy Demotte, le ministre-président de la Région wallonne et de la Communauté française, est de retour de Kinshasa ce jeudi, après une visite de trois jours pour fêter ce quart de siècle de coopération.

Les coopérations fédérale et multilatérale ont beaucoup évolué ces 25 dernières années. Qu’en a-t-il été de la coopération francophone belge?

Il y a 50 ans, après l’indépendance, on a d’abord connu un vide dans les relations, une rupture dans tous les domaines. Puis, une coopération essentiellement palliative a commencé à trouver ses marques. La terminologie est intéressante pour observer l’évolution de la relation: la coopération francophone belge avec le Congo a démarré à une époque où l’on passait d’une aide aux "pays sous-développés" à une coopération avec les "pays en voie de développement".

Et progressivement, les projets ficelés en Europe ont laissé place à des projets taillés sur mesure en concertation avec les acteurs de terrain.

On parle encore de "coopération", mais le terme recèle encore dans sa sémantique quelque chose qui fait référence à un acte unilatéral, on sent toujours un reliquat de paternalisme: je préfère le terme de "partenariat".

Ce partenariat doit-il servir les intérêts économiques wallons?

Nous ne sommes pas ici dans une logique "mercuriale" — Mercure étant le dieu de la guerre, du commerce, mais aussi de la diplomatie. Nous ne venons pas "défricher".

Mais il est clair que si l’on mène une action pertinente, cela peut, à terme, participer au développement économique du pays et améliorer les échanges.

En quoi aide-t-on à développer le tissu économique congolais?

Nous soutenons par exemple des microentreprises, des producteurs maraîchers et des éleveurs de canard en leur garantissant l’accès aux filières de microcrédit et de distribution: il est désolant qu’un pays avec un potentiel comme celui du Congo doive importer du poulet congelé du Brésil…
On a aussi développé avec des experts wallons une race de porcs piétrains résistants aux maladies comme la peste porcine qui a ravagé la région de Kinshasa. Enfin, vous savez que le charbon de bois est la source première d’énergie pour la majorité des 10 millions de Kinois, notamment.
Eh bien nous avons développé au Sénégal une technique qui pourra peut-être être transposée ici: un charbon produit à partir d’argile et de résidus agricoles dont le rapport rendement-prix est six fois supérieur à celui du charbon de bois classique.

Cela ne doit pas être évident de parler aux Congolais des bons usages de la démocratie sans prendre un accent paternaliste…

On ne peut pas donner le sentiment de porter un regard de professeur de morale. Mon rôle est donc d’attirer l’attention sur des défis démocratiques qui sont communs à toutes les démocraties. Mais effectivement, on sent toujours une certaine tension qui varie fort d’un interlocuteur à l’autre lorsqu’on aborde ces questions.

Frédéric Rohart à Kinshasa

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