chronique

Pour la défense de l'Europe

Vice-président de la Commission européenne et haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

En mars, l'Union européenne fêtera ses 60 ans. Il est temps de prendre notre sécurité au sérieux. Dirigeons-nous vers une Union de la défense digne de ce nom.

La fin de la guerre froide portait en elle une promesse de paix en Europe. Nous avons certes pu tenir cette promesse au sein même de notre Union, mais un quart de siècle plus tard, nous avons appris à nos dépens que l’instabilité à nos frontières avait des répercussions directes sur la sécurité de nos concitoyens. Cela nous a conduits à repenser entièrement la manière dont nous coopérons en matière de défense.

Nous sommes tous d’accord aujourd’hui sur le fait que l’Union européenne ne pourra constituer un espace sûr tant que nous n’aurons pas uni nos efforts. Il existe désormais un consensus sans précédent sur la nécessité de coopérer davantage en matière de sécurité. Au cours de ces tout derniers mois, nous avons mis au point un programme ambitieux dans le domaine de la défense, le "paquet défense", qui s’appuie sur trois piliers.

Premièrement, nous avons la conviction que la sécurité de notre Union peut être renforcée au moyen de l’action extérieure. C’est pourquoi la stratégie globale de l’UE est actuellement assortie de propositions concrètes, telles que le plan de mise en œuvre sur la sécurité et la défense. Ce plan définit une approche européenne de la sécurité consistant à mettre sur pied des partenariats, à soutenir la réconciliation et à renforcer la résilience, afin d’empêcher la survenance de crises.

Partenariat et coopération

Pour y parvenir et agir en garant de la sécurité responsable, l’Union se doit de réagir sans délai, d’améliorer la coordination entre ses missions civiles et militaires et de dépenser mieux. Cela suppose davantage de coopération entre les États membres, ce qui est précisément l’objectif du plan.

Deuxièmement, il nous faut renforcer notre coopération avec nos principaux partenaires en matière de sécurité, à commencer par l’Otan. En décembre, l’UE et l’Otan ont approuvé un ensemble de 42 actions concrètes destinées à mettre en œuvre la déclaration conjointe signée en juillet dernier.

Ces deux premiers piliers resteraient toutefois lettre morte si nous n’investissions pas dans la recherche et le développement des capacités de défense. À cette fin, la Commission européenne a présenté un plan d’action européen en matière de défense, qui constitue le troisième pilier de notre "paquet défense".

Trop longtemps, la passation des marchés de défense a sous-exploité les possibilités offertes par nos petites et moyennes entreprises ou le marché unique. Environ 80% de nos achats en matière de défense se font au niveau national. On estime que l’absence de coopération entre les États membres coûte à l’Union jusqu’à 100 milliards d’euros par an.

L’UE se situe certes au deuxième rang dans le monde pour ce qui est des dépenses militaires: notre budget de défense combiné est moitié moindre environ que celui des États-Unis. Toutefois, la qualité comptant autant que la quantité, l’inefficacité de nos dépenses a pour effet de rendre notre situation à tous moins sûre. La coopération européenne est essentielle pour réaliser des économies d’échelle en matière d’innovation et de passation de marchés.

Dans d’autres secteurs économiques, l’UE a permis d’améliorer les performances en investissant dans la recherche de pointe, en contribuant au financement d’entreprises à forte croissance et en exploitant le potentiel du marché unique pour faire en sorte que les consommateurs bénéficient de conditions plus avantageuses. C’est ce que nous souhaitons faire à présent dans le secteur de la défense.

Nous commencerons par de nouveaux financements consacrés à la recherche. À l’issue d’une phase pilote, qui se terminera en 2020, nous sommes d’avis que le prochain budget de l’UE consacre 500 millions d’euros par an à des technologies innovantes liées à la défense.

Les États membres resteront maîtres de leurs dépenses. Tout en décidant de la destination de leurs investissements et de leur manière d’investir, ils se verront proposer par l’Union un cadre adéquat pour renforcer leurs capacités et en acquérir de nouvelles. Une enveloppe annuelle de 5 milliards d’euros constituerait un budget réaliste, tout en étant bien loin d’être suffisante pour atteindre l’objectif de 2% du PIB assigné aux membres de l’Otan.

En mars de cette année, l’Union européenne fêtera ses soixante ans. Il est grand temps que nous prenions notre sécurité au sérieux. Pour ce faire, dirigeons-nous de ce pas vers une Union de la défense digne de ce nom.

Tribune commune de Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne et de Federica Mogherini, haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne.

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