Pour le transport public, l'État ne peut pas tout

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Le gouvernement bruxellois vient d’abandonner une série de projets d’investissements en infrastructures en arguant notamment que "mener 3 projets de métro en dix ans était dangereux financièrement".

Le plus emblématique desdits projets est sans nul doute celui de l’automatisation des lignes dénommée Pulsar. Ce dernier prévoyait d’automatiser les lignes 1 et 5 du métro afin de doubler la fréquence des rames d’ici à 2023. L’équipe gouvernementale bruxelloise a donc décidé de remettre le projet au mieux dans une dizaine d’années, alors que ce dernier est essentiel pour les usagers. Pour rappel, on notera que la ville de Lille est équipée d’un métro automatisé depuis 1983 et la capitale française en est dotée depuis 2011.

La Région bruxelloise ne peut s’octroyer le luxe d’attendre 10 ans

D’aucuns dans la majorité bruxelloise nous prétendent que ce délai minimum de 10 ans, c’est, en d’autres termes, "demain" (sic). Ce genre de réflexion nous rappelle à quel point la majorité au pouvoir est beaucoup plus pointilleuse lorsqu’il s’agit des délais au niveau fédéral qu’avec ceux de sa politique de mobilité.

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Les décisions prises par le secteur public ne sont pas toujours compatibles avec une planification rationnelle du développement des infrastructures, comme nous le démontre, entre autres, le cas susmentionné de la Stib. En matière d’infrastructures, le pouvoir public ne peut pas tout!

Ce dernier pourrait, par exemple, créer une entité distincte gérant les investissements en infrastructures, qui serait obligée de présenter ses propres comptes devant une assemblée d’actionnaires minoritaires. Cette option ne fut que partiellement entrevue en 2007. En effet, l’actuel ministre de la Mobilité avait, à l’époque, planché sur la constitution d’une société anonyme de droit public dénommée Citeo permettant notamment de déconsolider la dette de la Stib et financer les projets d’infrastructures. À l’époque, Eurostat avait rendu un avis négatif. L’échec de ce dossier relève davantage d’une pâle copie de ce que pourrait faire à lui seul le secteur privé.

Les préjugés n’ont pas leur place en politique

Au regard des nombreux enjeux en matière de mobilité, comment expliquer que le gouvernement bruxellois ne réfléchisse pas à élargir ses sources de financement?

Il est clair que les objectifs fixés par le secteur privé sont à même d’amener à plus de proactivité dans les dossiers d’infrastructures que la lenteur actuelle d’une administration publique malheureusement contrainte par des procédures internes souvent inefficaces et coûteuses. En outre, "les Parlements accordent des crédits d’étude et d’investissement par tranches et pour une durée limitée, en tenant compte davantage des conditions budgétaires courantes que des besoins des usagers. Les projets sont pilotés par des autorités dont le mandat est souvent beaucoup plus court que le délai de réalisation". Le tunnel sous la Manche est un des exemples d’une construction et d’une exploitation privée avec retour ultérieur dans le domaine public. Pourquoi ne pas envisager cette stratégie afin de réaliser les projets d’infrastructures dont nous avons besoin aujourd’hui?

Au regard des nombreux enjeux en la matière, comment expliquer que le gouvernement bruxellois ne réfléchisse pas à élargir ses sources de financement, tel que recommandé par une étude du Crisp?

Des solutions telles que des partenariats publics-privés, l’affectation des recettes issues de l’Agence de stationnement ou encore l’emprunt auprès de la Banque européenne d’investissement constituent des pistes encore inexplorées.

Alors que certains socialistes bruxellois prétendent qu’il ne faut pas perdre son temps avec le secteur privé, réalisent-ils seulement qu’ils font perdre chaque jour du temps aux Bruxellois, et ce uniquement pour des motifs idéologiques datant du siècle passé?

Par Boris Dilliès, Député bruxellois, président de la commission Infrastructure

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