carte blanche

Pourquoi une relance verte mènera à une croissance plus élevée

Economiste Banque Degroof Petercam

Selon de nombreux experts, une relance "verte" est à privilégier si l’on veut non seulement atteindre nos objectifs climatiques, mais aussi bénéficier d’une croissance économique durable dans les années à venir.

Une étude récente menée auprès de 230 des meilleurs économistes du monde, par entre autres, Nicholas Stern et Joseph Stiglitz, montre que la majorité des experts considèrent qu’une relance plus écologique rimerait avec une relance économique supérieure. Suivre la doctrine de "privilégier la relance économique peu importe le coût environnemental", qui a brillé lors de crises précédentes, serait en effet une erreur pas seulement écologique, mais aussi économique.

Celine Boulenger

Economiste Degroof Petercam

 

Après la crise de 2008, de nombreux pays ont malheureusement privilégié une relance rapide et polluante, au détriment de leurs objectifs climatiques, mais aujourd’hui, il serait absurde de suivre à nouveau ce chemin dangereux. Cette fois-ci, les dépenses publiques doivent absolument favoriser les investissements dans des infrastructures écologiques, dans la recherche et le développement de nouvelles technologies vertes, et dans notre capital naturel.

Croissance plus élevée

Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles une relance verte peut amener à un niveau de croissance économique plus élevé.

Premièrement, la production économique d’un pays dépend de plusieurs facteurs de production, à savoir, le capital physique (les machines, bureaux, etc..), le capital humain (les travailleurs), mais aussi le capital naturel (toutes les ressources naturelles à notre disposition). Une façon évidente d’augmenter la production économique est tout simplement d’augmenter un ou plusieurs de ces facteurs de production. L’avantage des politiques écologiques réside dans leur capacité à augmenter l’entièreté de ceux-ci. Par exemple, mettre des mesures en place pour réduire la pollution va améliorer l’état de santé des citoyens, et va donc augmenter la qualité et la quantité du capital humain.

"Le taux de pollution dans l’air est positivement corrélé au taux de mortalité du virus. Cela veut dire qu’enclencher la transition écologique aujourd’hui, nous aiderait à faire face à de nouvelles pandémies demain."
Celine Boulenger
Economiste Degroof Petercam

Deuxièmement, certaines politiques environnementales peuvent augmenter l’efficacité de l’utilisation de ces facteurs de production, par exemple en aidant les ménages et les entreprises à réduire leur consommation d’énergie. Privilégier les investissements dans des infrastructures vertes limiterait le gaspillage de ressources naturelles, et l’on pourrait donc produire plus avec la même quantité de ressources.

Troisièmement, un effet de stimulus existe lors d’une récession économique. Effectivement, promouvoir les investissements dans des projets écologiques peut augmenter la demande domestique et donc l’emploi, favorisant une relance de l’économie.

Quatrièmement, naviguer vers une transition écologique va promouvoir l’innovation technologique, ce qui pourrait augmenter la productivité du capital physique, humain et naturel. Les possibilités de production se verraient donc agrandies. De nouvelles technologies permettraient aussi la diffusion des connaissances entre individus et entre nations.

Enfin, une relance privilégiant les investissements durables pourrait engendrer des effets de redistribution de la richesse, c’est-à-dire réduire les inégalités sociales et la pauvreté, alors que les politiques aidant les entreprises polluantes ont tendance à être bénéfiques pour quelques chanceux au détriment de tous les autres (par exemple les bailouts de compagnies pétrolières).  

Résilience aux chocs externes

Si l’on veut limiter les dégâts, tant sur le court que le long-terme, la transition écologique doit commencer dès demain. Tout d’abord, la pandémie qui nous touche aujourd’hui est globale dans sa nature, tout comme le changement climatique. Le manque de préparation à la crise, flagrant dans de nombreux pays, montre qu’il faut absolument augmenter notre résilience aux chocs externes.

8%
Réduction des émissions de CO2
L’Agence d’information sur l’Energie (EIA) s’attend à une réduction de 8% des émissions de CO2 cette année grâce aux mesures de confinement, une réduction impressionnante qui, si elle est répétée pendant les 10 prochaines années, nous permettrait de limiter l’augmentation des températures mondiales à 1.5ºC,

Plusieurs études montrent que le changement climatique et la pandémie de coronavirus sont liés. Cela parce que le taux de pollution dans l’air est positivement corrélé au taux de mortalité du virus. Cela veut dire qu’enclencher la transition écologique aujourd’hui, en réduisant, entre autres, les émissions de gaz à effet de serre, nous aiderait à faire face à de nouvelles pandémies demain. L’Agence d’information sur l’Énergie (EIA) s’attend à une réduction de 8% des émissions de CO2 cette année grâce aux mesures de confinement, une réduction impressionnante qui, si elle est répétée pendant les 10 prochaines années, nous permettrait de limiter l’augmentation des températures mondiales à 1,5 ºC, diminuant l’intensité des chocs climatiques auxquels nous devrons faire front dans les décennies à venir.

Ensuite, de nombreuses études montrent que la pandémie va accélérer la montée des inégalités sociales, et pourrait engendrer une pandémie de la faim dans de nombreux pays. Des politiques environnementales ciblées pourraient donc être choisies pour leur effet de redistribution.

De plus, on sait que la relance économique sera compliquée, principalement parce que la demande est asphyxiée. On sait qu’un des effets d’une relance verte est de booster la demande à travers les investissements publics et privés.

Enfin, une relance verte est d’actualité tout simplement parce qu’il est plus qu’urgent de répondre à la crise climatique et de respecter nos engagements environnementaux. L’Union européenne, par exemple, parle depuis quelque temps d’atteindre une économie zéro carbone d’ici 2050, et il n’y aucune raison de modifier cet objectif. La pandémie du coronavirus ne doit pas nous encourager à mettre nos ambitions climatiques de côté, au contraire, elle offre une opportunité incroyable d’en faire notre priorité.

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